35.000 mineures convolent, au Maroc, en (in)justes noces !

35.000 mineures convolent, au Maroc, en (in)justes noces !
Le Conseil économique social et environnemental vient d’adopter un rapport qui pointe les défaillances rencontrées au niveau de la situation sociale des femmes marocaines qui n’évolue pas de « manière satisfaisante », voire « régresse », dans bien des domaines.
Cette évolution est en contradiction avec la génération de réformes entamées dans le Royaume dès le début de années 2000. Bien que le pays « s’est progressivement doté depuis le début des années 2000, d’une législation visant à l’égalité des droits entre femmes et hommes (la première décennie du XXIe siècle a vu des réformes importantes du Code de la famille, du Code du travail, du Code pénal et de celui de la nationalité), et que l’égalité des droits et même la parité ont été inscrites dans la Constitution de 2011, la situation sociale des femmes marocaines est loin d’être reluisante, assure le CESE.
Après l’examen par le CESE de ses précédents rapports consacrés au volet institutionnel (2012) et à la dimension économique (2014), il s’est attaqué aux dimensions sociales de l’égalité hommes-femmes, là où de multiples régressions ont été constatées, malgré les réformes constitutionnelles et législatives. Une somme de reculs qui font peur : inégalités persistantes au niveau de l’éducation et de la formation, la vulnérabilité des cheffes de ménage, le manque de protection contre les violences à l’égard des femmes, la faiblesse des dispositifs d’accueil et d’assistance aux victimes de violence, due au vide juridique, la persistance du nombre élevé de mariages des mineurs (35.000 chaque année) qui concernent particulièrement les jeunes filles.
Plus, le Conseil alerte sur le recul constant du taux d’activité des femmes en milieu urbain, qui ne dépasse pas aujourd’hui 18%, privant ainsi près de 82% des femmes en âge de travailler d’un revenu propre ou d’un statut social associé à un rôle économique reconnu. Ce point, qui s’accompagne d’une sortie massive du marché du travail, a été peu étudié, voire négligé, par les pouvoirs publics. D’une année à l’autre, le taux d’activité des femmes baisse d’une manière inexorable.
Pour corriger ces tares, le Conseil recommande une série de mesures visant à réaffirmer le droit à l’égalité, à faire de la participation des femmes à l’activité économique une priorité et à renforcer l’efficacité de l’action du système judiciaire à l’égard des femmes et de leurs droits.
Le Conseil prône la mise en œuvre d’un programme national de lutte contre le phénomène des mariages « orfi» (unions par la fatiha), qui permet le développement du mariage des mineurs et de la polygamie et à veiller au respect des dispositions de la Moudawana dans ce sens.
Le CESE considère que l’amélioration de la situation sociale des femmes en milieu rural et urbain passe par la participation des femmes à l’activité économique, contribuant ainsi à l’élimination de la pauvreté et au renforcement des capacités productives du pays et de sa compétitivité économique. Dès lors, encourager l’auto-emploi et déployer des mesures préférentielles en faveur de la formation et l’emploi des femmes en situation de handicap, dont 85% sont inactives, tombent sous le sens. Dans le monde du travail, les entreprises sont appelées à s’engager à proscrire toutes formes de discrimination contre les femmes et à favoriser la promotion préférentielle des femmes aux fonctions de responsabilité tant que la parité n’est pas réalisée.
La refonte du cadre légal de protection des femmes contre toutes les formes de violence en y définissant, d’une manière spécifique, la violence domestique ; est ainsi préconisée par le Conseil qui appelle à doter les centres d’accueil des femmes victimes de violences des moyens nécessaires et de condamner avec sévérité les violences à l’égard des femmes, ainsi que le harcèlement sexuel.
Le CESE recommande d’organiser une réflexion responsable, apaisée entre les diverses parties prenantes, pour apporter des réponses juridiques appropriées aux questions sociétales qui soient de nature à garantir l’égalité des chances, des droits et des traitements entres femmes et hommes et de favoriser la participation de la composante féminine qui représente plus de 50% de la population à l’essor du pays.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrer votre commentaire!
Veuillez entrer votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire le pourriel. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.