Abdelkrim Benatik au front dans la gestion des dossiers des MRE et de la migration: «Il faut s’adapter et anticiper les besoins»

Abdelkrim Benatik au front dans la gestion des dossiers des MRE et de la migration: «Il faut s’adapter et anticiper les besoins»

La saison estivale est marquée du sceau des départs en vacances d’une bonne partie de la diaspora marocaine établie à l’étranger. Le déploiement par le Maroc de l’Opération Marhaba répond donc aux attentes des MRE qui renouent avec la mère-patrie. Sur le dossier des MRE comme sur la nouvelle politique migratoire adoptée par le Royaume, Abdelkrim Benatik, ministre délégué aux Affaires étrangères chargé des MRE, apporte les éclairages nécessaires. Anticipant les desiderata et besoins exprimés en la matière, la politique déclinée par le Royaume se drape d’un caractère proactif.

Perspectives Med : Comment s’annoncent les préparatifs pour l’accueil des MRE durant cette année? Y-a-t-il des améliorations apportées à la traditionnelle «opération Marhaba»? et comment est gérée cette grande opération humaine qui implique plusieurs intervenants?
Abdelkrim Benatik : Comme vous le savez, l’opération Marhaba constitue un modèle au niveau international. En effet, les moyens mobilisés et les dispositions prises pour réussir cette opération sont considérables et importants, pour la gestion et le transit dans de bonnes conditions, d’un flux de près de 5 millions de MRE dans les deux sens.
Cette opération qui a pris ses jalons au fil des années sous la présidence effective de SM le Roi Mohammed VI que Dieu le Glorifie, est le signe de l’intérêt et de l’attachement très fort des marocains du monde à leur pays d’origine, démontré manifestement par leur retour massif pendant la saison estivale et leur participation aux festivités nationales organisées à cette occasion.
Ces réalisations sont bien évidement acquises grâce aux efforts de tous les intervenants, dont en particulier la Fondation Mohammed V pour la Solidarité, qui mobilise des moyens importants pour assurer l’accueil, l’assistance et la proximité avec les MRE durant leur transit.
L’Opération de transit «Marhaba» comporte un volet organisationnel très important, pour lequel la commission nationale de transit, présidée par le ministère de l’Intérieur coordonne son travail tout le long de l’année, dans un esprit de partenariat et d’engagement, pour préparer et évaluer le dispositif mis en place par tous les intervenants. Des réunions de coordination sont organisées avant l’opération, pour finaliser le dispositif organisationnel qui sera mis en place, mais aussi après l’achèvement de l’opération, pour faire une évaluation globale de son déroulement.
Parallèlement à ce processus interne, mené au niveau national, un mécanisme de coopération et de concertation est mis en place entre le Maroc et l’Espagne, à travers lequel ils coordonnent leurs actions pour préparer un dispositif qui repose sur trois composantes essentielles, à savoir la fluidité, la sûreté et Sécurité et enfin la proximité et l’assistance aux MRE.
En terme de fluidité, un accent particulier est mis sur le transport maritime qui constitue un axe central de transport des MRE durant le transit et qui représente près de 42% des flux. Le plan de flotte mobilisé cette année est constitué de 27 navires reliant les ports marocains et espagnols. Il permettra d’assurer une capacité d’accueil journalière de 63.000 passagers, soit une augmentation de près de 8% par rapport à l’année dernière. Il y a lieu également de préciser qu’un bateau de réserve est mis en place par le gouvernement, afin de faire face aux situations d’encombrement lors des périodes de PIC.
Pour les réaménagements portuaires et l’amélioration des services des passagers, une enveloppe de 55 MDH a été mobilisée dont 30 MDH pour le Port de Tanger Med.
Au niveau du transport aérien, un important dispositif a été mis en place pour assurer de meilleures conditions de confort et garantir toutes les conditions de sécurité aux voyageurs. Dans le cadre de son programme 2017, la compagnie nationale RAM a élargi son dispositif par le renforcement de la fréquence des vols et la capacité de transport, à travers l’ouverture de nouvelles lignes et l’exploitation de certaines lignes par des vols supplémentaires.
En termes de transport routier, plus d’une centaine de lignes régulières sont gérées par des entreprises marocaines et étrangères pour faire face à la demande croissante. Un guide sur les entreprises de transport routier officiellement agréées a été élaboré et distribué.
Sur le volet d’accompagnement et de sécurité, un important dispositif a été mis en place. Il s’agit d’abord de renforcer les moyens humains et matériels dans les postes frontières qui sont dotés de matériels de détection électronique et de scanners.
Dans ce sens, je réitère le rôle central de la Fondation Mohammed V Pour la solidarité qui a mis en place un dispositif d’assistance multiforme : 17 espaces d’accueil au Maroc et à l’Etranger; (409 Assistantes sociales, 122 Médecins, 138 Infirmiers, 47 ambulanciers vacataires) et la mise en place d’une Brochure Marhaba unifiée : multi-informations.
Au niveau de l’accompagnement des MRE durant leur séjour estival, le ministère a mis en place un dispositif qui concerne l’accueil et l’orientation en coordination avec les administrations et les institutions concernées, la mise en œuvre d’un plan de communication destiné à fournir toutes les informations nécessaires et utiles, ainsi que l’organisation et la participation aux manifestations à caractère économique, culturel, social et éducatif qui permettent de consolider les liens d’appartenance des MRE avec la mère patrie.

Votre Département compte-t-il développer une vision pour mettre en valeur la richesse de la diaspora marocaine (plurielle)? En quoi sera-t-elle novatrice et sur quoi s’articuleront les axes d’approche?
L’approche adoptée par le ministère est de s’adapter aux contextes actuels de la migration, mais aussi d’anticiper l’impact des évolutions éventuelles de ces contextes sur les marocains résidant à l’étranger.
Effectivement, le ministère a adopté une vision renouvelée, qui répond aux diverses préoccupations, attentes et transformations que connaissent aujourd’hui les questions migratoires, d’une part, et celles des nouvelles générations MRE d’autre part, aussi bien au niveau de la préservation de leur identité, à travers la création de centres culturels destinés à rapprocher les MRE de leur culture d’origine et la consolidation des liens avec la mère patrie, la protection de leurs droits et de leurs intérêts, en mettant en place des programmes d’accompagnement administratif et juridique assurés par les associations de MRE actives dans les pays d’accueil, et bien sûr qu’au niveau de la promotion de leur contribution au développement du pays où le rôle des compétences marocaines s’avère primordial à travers la participation aux chantiers de développement socio-économiques du Maroc. En ce sens, la poursuite de la mise en œuvre des différents plans d’actions et programmes du ministère sont effectués selon des objectifs et des priorités spécifiés en fonction des défis, des contraintes et des besoins liés aux affaires des marocains du monde.
A cet égard, le ministère accorde une importance particulière à ces nouveaux contextes dans les mesures du programme gouvernemental 2016-2021 qui concernent les MRE, en se focalisant d’abord sur : la défense des droits des marocains du monde au Maroc et dans les pays d’accueils; ensuite sur la protection de leur identité culturelle et religieuse, et ce en accordant un intérêt particulier à la préservation de l’identité nationale des nouvelles générations et enfin la mise en œuvre des dispositions constitutionnelles visant l’implication des Marocains du Monde dans les institutions nationales, ainsi que le parachèvement du chantier de la réforme consulaire et le processus de modernisation et d’amélioration des services consulaires et sociaux selon un plan d’action approprié.
Aussi, le raffermissement des liens des MRE avec la mère patrie représente un axe stratégique sur lequel le Maroc compte sur la mobilisation de sa diaspora pour accompagner les chantiers de développement du pays à tous les niveaux.

Si un accent particulier sera mis sur l’apport des jeunes, quid des autres générations? et qu’en est-il de l’approche retenue pour la diaspora féminine ?
Comme vous le savez, la diaspora marocaine est connue par sa diversité qui constitue sa richesse principale. Cette diversité se manifeste en termes de répartition géographique à travers le monde où les MRE sont représentés dans plus de 100 pays, en termes de genre, nous avons plus de 46% de femmes MRE et en termes d’âge, où nous avons les jeunes, les moins jeunes, les personnes âgées. Toutes ces catégories rentrent dans la priorité de notre pays. La stratégie nationale des MRE est mise en œuvre selon le principe de ciblage qui permet d’agir en connaissance de cause en fonction des besoins effectifs de chacune de ces catégories.
Pour les jeunes, qui constituent le levier de développement socioéconomique du Maroc et les futurs porteurs de l’identité et de la culture marocaine dans les pays d’accueil, nous avons plusieurs actions et projets qui leurs sont destinés, telle que l’organisation des Universités d’été, des séjours culturels au Maroc et des colonies de vacances, ainsi que l’organisation du forum des jeunes MRE (le dernier a été organisé en mai 2016 à Marrakech avec la participation de plus de 100 jeunes MRE provenant des quatre coins du monde). Pour une meilleure compréhension de cette cible, le ministère a réalisé en 2016 une étude sur les besoins et les attentes des jeunes MRE, qui est déclinée en un plan d’action ambitieux qui sera mis en œuvre au profit de ces jeunes.
En ce qui concerne la femme MRE, outre les programmes transversaux où elle est fortement présente, une part de 50% dans la participation aux différents programmes du ministère lui est réservée, ce dernier a mis en place un plan d’action propre à la diaspora féminine qui vise à protéger et promouvoir les droits de la femme MRE dans les pays d’accueil et préserver leur identité et renforcer leur lien avec le Maroc. Dans ce sens plusieurs actions ont été réalisées au profit des femmes MRE, telles que des actions d’amélioration de l’image de la femme MRE, à travers des rencontres, des journées d’études sur les affaires familiales et la sensibilisation sur toutes les nouveautés juridiques et le code de la famille, le lancement des appels à propositions au profit des associations des MRE. Ces projets sont prioritairement destinés à l’amélioration des conditions de la femme.
Dans ce sens, il est important de préciser que la proportion de femmes à des postes des responsabilité dans les associations des MRE est en augmentation passant de 18% en 2014 à 22% en 2016.
Aussi, l’une des éditions de la journée nationale du migrant qui coïncide avec le 10 aout de chaque année, a été réservée aux femmes MRE, en l’organisant sous le thème «la femme migrante: parcours de réussite et défis d’avenir». Cette journée a été l’occasion de s’arrêter sur le bilan des réalisations en faveur des femmes marocaines à l’étranger et les grands défis futurs.
De même, cette occasion a permis de présenter les expériences réussies de nos femmes à l’étranger dans différents domaines et de sortir avec des propositions opérationnelles à même de participer à l’amélioration de la situation de la femme MRE.
Le ministère a également réalisé une étude sur les mesures d’accompagnement des femmes migrantes vulnérables, afin de préserver les droits de la femme MRE dans les pays d’accueil.
Cette étude a débouché sur un programme d’action très vaste qui sera mis en œuvre par le ministère, telle que la mise en place d’une stratégie de communication, d’information et de veille sur les conditions des femmes MRE et d’un dispositif d’assistance et d’accompagnement juridique notamment des victimes de violences / abus ou les travailleuses en conflit avec leurs employeurs.
En outre, le ministère est membre de tous les organes de gouvernance de la question du genre dans notre pays, notamment, le programme gouvernemental d’égalité, où la question des femmes MRE est également présente.
En somme, la femme MRE est un axe prioritaire dans la politique migratoire du ministère.
Un autre volet d’intérêt du ministère concerne la situation des retraités MRE à l’étranger et la nécessité de défendre leurs droits légitimes et préserver leur accès aux droits sociaux.
C’est ainsi que le Gouvernement marocain a pris l’initiative en 2015 en proposant d’inscrire cette question parmi les sujets phares de la Réunion de Haut Niveau maroco-française, tenue le 28 Mai 2015 à Paris, sous la présidence des deux Chefs du Gouvernement.
Du côté marocain, un groupe de travail a tenu une série de réunions pour préparer les étapes du processus de négociation avec la partie française et les scénarios possibles de mise en œuvre. Le rôle des associations pour l’accompagnement des retraités marocains est de plus en plus valorisé notamment en Europe dans le but de suivre et d’accompagner les personnes qui se trouvent en difficulté sociale.

Le terrorisme n’épargne pas une partie de la diaspora marocaine (comme cela transparait des attentats déjoués ou non en Espagne, en Belgique, en France, etc.). Comment envisagez-vous l’endiguement de ce phénomène dévastateur?
De nos jours, c’est une question qui soulève de l’intérêt et des préoccupations au niveau international. Les discours de toutes les parties prenantes mettent l’accent sur la gravité de ce phénomène et son impact sur nos compatriotes à l’étranger. Ce discours, qui appelle à la rupture avec toute les formes de violence et à la diffusion des valeurs de paix et de tolérance qui caractérisent la religion islamique, constitue une feuille de route pour nos institutions et pour les Marocains résidant à l’étranger.
Dans ce sens, plusieurs initiatives ont été mises en œuvre par notre pays pour protéger nos compatriotes à l’étranger du radicalisme et du terrorisme, mais aussi des courants islamophobes.
Il y a lieu d’abord de rappeler la réorganisation du champ religieux et l’encadrement religieux des Marocains résidant à l’étranger, à travers un programme de formation des «Imams» mis en œuvre, selon les spécificités religieuses et culturelles de notre pays, par le ministère des Habous et des Affaires islamiques pour transmettre un islam de paix et assurer le dialogue interreligieux. Comme vous le savez, cette initiative saluée par la communauté internationale, constitue un modèle au monde. Le Maroc mène, également, une coopération très fructueuse avec plusieurs pays d’accueil des MRE en matière de lutte contre le terrorisme dans toutes ses formes. Vous n’êtes pas sans savoir le rôle que notre pays a joué ces dernières années dans ce domaine en collaboration avec les autorités de plusieurs pays.
Nous sommes, par ailleurs, confrontés aujourd’hui à la montée en puissance de l’extrême droite dans certains pays. Ceci engendre l’accroissement de l’islamophobie, de la discrimination et de l’extrémisme contre les immigrants en général, qui vivent dans certains pays d’accueil, au sein d’une atmosphère de stigmatisation et de menace. Pour faire face à ce phénomène, le ministère a organisé en mai 2016, une conférence sous le thème «Vivre ensemble entre radicalisme et islamophobie» afin d’entamer une réflexion commune dans l’objectif d’apporter des réponses pour faire face aux conséquences survenues suite à la montée du radicalisme et des actes xénophobes et islamophobes dont sont victimes nos concitoyens résidant à l’étranger, principalement en Europe. Cette conférence qui a regroupé des spécialistes de la question, des intellectuels marocains, vivant au Maroc et à l’étranger, des représentant de la société civile, a débouché sur de précieuses recommandations et conclusions, que nous sommes en train de mettre en œuvre, en étroite collaboration avec les institutions des pays d’accueil. Dans ce sens une rencontre a été organisée en septembre 2016 avec les institutions Belges, dont le ministre flamand de la Culture, des Médias, de la Jeunesse et des Affaires bruxelloises, afin de mettre en place un plan d’action intégré qui permettrait d’endiguer ce phénomène.
Enfin, je reviens sur notre programme culturel destiné aux marocains résidant à l’étranger, qui est très varié et très riche, dont l’objectif est de consolider les liens des MRE avec leur mère patrie, mais également de promouvoir les valeurs de la tolérance et du «vivre ensemble».

Considérez-vous que l’implication de la diaspora dans le jeu politique national est à même de contribuer dans ce sens? Et que dire des dimensions culturelles et cultuelles?
L’implication des marocains du monde dans la vie politique au Maroc, qui reste l’un des principales attentes des MRE, peut permettre de contribuer, de façon indirecte, aux efforts visant à l’endiguement du terrorisme, à travers la représentation, la défense des droits et préoccupations de la communauté marocaine. Il est à noter que la participation politique des MRE nécéssite d’instaurer un débat national entre les différentes institutions politiques, afin de se concerter sur les mécanismes et les formules adéquates de cette participation.
En revanche, il y a lieu de souligner l’importance de prendre en considération les dimensions culturelles et cultuelles pour lutter contre les causes du terrorisme. Pour cela, Le ministère met en œuvre, chaque année, un programme culturel diversifié au profit des MRE, à travers l’organisation des Universités d’été, de séjours Culturels, des colonies des vacances au Maroc, des troupes théâtrales, des cours d’arabe et des semaines culturelles au sein des pays d’accueil.
Aussi, le ministère des Habous et des Affaires islamiques joue un rôle important au niveau de l’encadrement religieux des MRE en concertation avec les associations et les mosquées, à travers la formation, la désignation des Imams et l’envoie de centaines de prédicateurs et prédicatrices vers différents pays pour assurer une sécurité spirituelle aux membres de la communauté, et en immunisant sa jeunesse contre les pensées déviantes via un enseignement d’un Islam du juste milieu, ouvert, tolérant et respectueux des autres religions et croyances.

Au-delà des poids «économique et social (solidarité familiale pour l’essentiel) de la diaspora, croyez-vous-en la vertu de son «lobbying»?
Comme vous le savez, la communauté marocaine compte actuellement plus de 5 millions et est répartie dans plus de 100 pays à travers le monde. Cette communauté active s’organise en réseaux géographiques ou thématiques tels le réseau des compétences médicales (C3M), le réseau des marocains installés aux USA et celui des Marocains de l’Allemagne (DMK)…Cela sans oublier les associations à caractère social, culturel, professionnel…
Le ministère soutient toutes les initiatives y afférentes qui renforcent les interventions et les activités menées par ses membres, visant à faire rayonner le Maroc au niveau international, défendre les intérêts nationaux et servir les différentes préocupation de la communauté MRE, Et ce en vertu des dispositions du 5ème axe du programme gouvernemental 2016-2021 relatif au renforcement du rayonnement du Maroc à l’international.
Depuis longtemps, la communauté marocaine a toujours représenté un poids consistant pour le développement solidaire du pays, à travers son action militante et engagée pour l’accompagnement et le soutien familial. Le développement de l’action en matière de migration-développement est un modèle au niveau international qui permet aux MRE de jouer leur rôle de plaidoyer relatif aux aspects liés au co-développement et à la défense des intérêts du pays.

Le Maroc a entamé une politique migratoire volontariste et solidaire. Comment capitaliser sur les acquis d’une telle ouverture à l’heure où le pays est appelé à gérer une double contrainte : celle de pays de transit et celle de pays d’accueil ?
Le Maroc par sa position géostratégique a évolué au fil des années d’’un pays d’origine, de transit à un pays d’accueil. Notons que le Maroc a toujours été, et restera une terre de brassage ethnique et un « Carrefour » migratoire où les différentes cultures cohabitent et s’enrichissent mutuellement. Cette tendance migratoire s’explique par le fait que les mutations des flux migratoires vers le Maroc sont déterminées par trois facteurs. D’abord, la stabilité renforcée par l’adoption de la nouvelle constitution en 2011, la modernisation de l’économie et la qualité de la vie au Maroc qui attirent de plus en plus de travailleurs provenant, notamment, des pays européens touchés par le ralentissement économique. Ensuite, le retour récent du Maroc au sein de l’Union Africaine et le renforcement de la coopération du Maroc avec les pays d’Afrique subsaharienne qui positionnent le Maroc comme l’une des principales destinations, notamment des étudiants subsahariens en mobilité internationale. Enfin, le renforcement de la lutte contre l’immigration irrégulière qui a limité les possibilités d’accès aux pays européens faisant ainsi du Maroc un pays de résidence plutôt que de transit.
Partant de ces éléments et tenant compte de sa grande expérience en termes de gestion de l’émigration et de sa sensibilité aux revendications et besoins de ses propres migrants, le Maroc a entamé une profonde refonte de sa politique migratoire. Dans le même sens, le Maroc a plaidé pour la mise en place d’une « Alliance Africaine pour la Migration et le Développement» lancée par Sa Majesté Le Roi Mohammed VI en 2013, traduisant la noble ambition de fonder un nouveau modèle migratoire basé sur une vision africaine commune inspirée des principes du droit international et des droits de l’Homme à même de contribuer à l’aboutissement d’une gouvernance internationale et régionale des migrations.

Où en est-on du processus de régularisation de la situation des migrants qui ont choisi de s’établir dans le pays et qu’en est –il des demandes de naturalisation exprimées ?
A l’instar de l’opération exceptionnelle de régularisation des étrangers en situation illégale au Maroc de 2014 qui a enregistré un taux de régularisation de 83,53% des demandes déposées, le Maroc a lancé une 2ème phase d’intégration des personnes en situation irrégulière en décembre 2016 sur la base des critères les plus souples et qui est actuellement en cours. Cette phase a consisté en la mise en place de 83 bureaux d’étrangers au niveau des Provinces et Préfetures du Royaume pour la réception de demandes de régularisation ainsi que la constitution de commissions locales qui ont été chargées de l’examen des demandes de régularisation avec la participation de la société civile (ONGs et associations de migrants).
A ce jour, plus de 22.000 demandes de régularisation représentant plus de 100 nationalités ont été déposées au niveau de 70 préfectures et provinces. Aucune demande de naturalisation n’a été enregistrée de la part des demandeurs de régularisation. Le processus d’acquisition de la nationalité marocaine est régi par la loi n°62-06 portant sur la nationalité marocaine dont la procédure est gérée par le ministère de la Justice. Par ailleurs, pour statuer sur les demandes de régularisation refusées, la Commission Nationale de Recours présidée par le CNDH, instaurée à cet effet, tiendra prochainement sa première réunion.

Y a-t-il un traitement particulier qui est réservé aux réfugiés politiques et climatiques ?
Il est à rappeler que jusqu’en 2013, et en vertu de l’accord de siège signé en 2007 entre le Maroc et le Haut-commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR), celui-ci procédait à l’enregistrement et à l’examen des demandes d’asile sur le territoire marocain. Depuis septembre 2013, avec l’établissement de la Commission ad-hoc de régularisation des réfugiés, et la réouverture du Bureau des Réfugiés et des Apatrides auprès du ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale, les nouvelles demandes d’asile sont maintenant référées par le UNHCR auprès de cette commission qui auditionne les demandeurs d’asile et statue sur la délivrance du statut de réfugié aux demandeurs d’asile. A ce jour, 766 demandeurs d’asile ont été régularisées et 1089 syriens ont été auditionnés.
Par ailleurs les demandeurs d’asile et réfugiés peuvent bénéficier, selon leur situation, de l’ensemble des services ouverts aux migrants au Maroc et ce, dans le cadre de la nouvelle politique migratoire adoptée par le Maroc en 2013.
Ils bénéficient aussi d’un régime de protection qui prend en considération leur situation et leurs besoins spécifiques et d’une assistance directe apportée par le UNHCR et ses partenaires dans le domaine de l’éducation, de la santé, de l’insertion professionnelle et de l’assistance juridique et judiciaire.
Pour ce qui est de l’expression du réfugié climatique, cette dernière n’a donc pas d’existence juridique. En effet, selon le 1er article de la Convention de Genève, un réfugié est une personne qui, «craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays» De ce fait, la communauté internationale est amenée éventuellement à revoir les instruments juridiques et institutionnels afin de mettre en place des mécanismes adaptés à cette nouvelle forme de migration causée par les changements climatiques. Par ailleurs, le Maroc a relancé la réflexion à ce sujet lors de la COP22 tenue à Marrakech en 2016 et par l’organisation d’un atelier thématique en préparation du Sommet du Forum Mondial pour la Migration et Développement, le 24 mai 2017 à Skhirat sous le thème « Changement Climatique et Mobilités Humaines : Vers des réponses dignes, coordonnées et durables ».

Comment veiller à ce que la dimension humaine de l’insertion des migrants dans le tissu social soit dûment respectée loin des miasmes de la xénophobie voire du racisme ?
Il est à rappeler que la stratégie d’immigration et d’asile, élaborée en 2014, vise à assurer une meilleure intégration des immigrés et une meilleure gestion des flux migratoires dans le cadre d’une politique cohérente, globale, humaniste et responsable apportant ainsi des réponses aux enjeux humanitaires (le respect des droit des migrants et la lutte contre toutes formes de discrimination). Ainsi, plusieurs sessions de sensibilisation sur les questions liées à la migration ont été menées à ce jour, notamment au profit des médias mais aussi au niveau des établissements scolaires. Des activités portant sur les différentes formes d’expression de la diversité culturelle ont été aussi organisées en partenariat avec les organisations de la société civile. Enfin, des événements tels que les semaines du migrants et du réfugié organisés, à l’occasion la journée internationale du migrant et celle du réfugié en partenariat avec les organismes internationaux et la société civile ont été l’occasion de promouvoir les valeurs de la tolérance et du vivre ensemble. Dans le même sens, un projet est en cours de lancement avec l’appui de la Coopération Espagnole sur le vivre ensemble et dont l’objectif est de renforcer les instruments et les politiques publics visant à prévenir le racisme envers la population migrante sur la base de la protection des droits fondamentaux des migrants et ce, afin de promouvoir le vivre ensemble.

Tirez vous profit des actions menées par les ONGs marocaines qui s’impliquent dans le soutien des migrants ?
La société civile est un acteur incontournable dans la mise en œuvre de la politique migratoire. Ainsi une approche participative a été adoptée pour un partenariat solide et pérenne à travers, la mise en place de mécanisme d’information et de concertation, instauré entre le ministère et les représentants de la société civile œuvrant dans le domaine de la migration et d’asile et la participation de cette dernière aux opérations de régularisation (2014 et 2016) dans le cadre des travaux des commissions locales pour l’examen des demandes déposées et au niveau de la commission nationale de recours pour les demandes n’ayant pas été acceptées.
Il est à noter que la société civile participe activement à la mise en oeuvre de la stratégie Nationale d’Immigration et d’Asile, à travers les appels à projets couvrant l’ensemble des événements de vie des immigrés et réfugiés et ayant pour vocation l’amélioration de leurs conditions de vie. Aussi afin de consolider ce partenariat stratégique, plusieurs activités ont été menées visant le renforcement des capacités du tissu associatif sur les plans techniques et organisationnels en vue de bien l’outiller pour identifier des projets répondant aux attentes et spécificités des migrants et de mieux les accompagner dans leur intégration dans la société marocaine.

Quid des rapports que le Maroc entretient avec l’Union Européenne dans la gestion du dossier sensible des flux migratoires ?
Par sa position géostratégique qui l’expose à différentes problématiques migratoires pour lesquelles les réponses sont multidimensionnelles nécessitant une coopération plus dynamique et tenant compte de son statut avancé auprès de l’Union européenne, le Maroc a été le premier pays de la région du Sud de la Méditerranée à avoir conclu un partenariat pour la mobilité avec l’Union européenne. De ce fait, le Maroc œuvre sans relâche pour un partenariat migratoire global, intégré et solidaire entre les deux continents et affirme sa détermination à mettre en œuvre les actions décidées en commun dans le cadre des mécanismes bilatéraux et régionaux existants. Ainsi, des accords d’appuis techniques et financiers ont été conclus avec l’Union européenne, en vue de promouvoir l’intégration des migrants au Maroc, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’insertion professionnelle.

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