Abdelmalek Faraj, DG de l’INRH: Recherche scientifique, anticiper les problématiques

Abdelmalek Faraj, DG de l'INRH
Abdelmalek Faraj, DG de l'INRH

Pour une meilleure gestion de toute pêcherie, la connaissance scientifique est nécessaire. C’est à cette tâche que s’attellent les femmes et les hommes de l’Institut national de recherches halieutiques (INRH) basé à Casablanca. Dans cet entretien, A. Faraj, DG de cette structure, apporte des éclaircissements sur les principales réalisations menées dans le cadre de la pérennité de la biomasse.

Quelles sont les principales actions menées par l’INRH au cours de ces dernières années et quels ont été les objectifs visés?

Il s’agissait pour l’INRH de mettre à niveau la recherche halieutique pour qu’elle puisse répondre aux attentes grandissantes du secteur et surtout anticiper les problématiques. Quand on voit l’étendue des impacts de la pêche dans le monde sur les écosystèmes marins à l’échelle du globe, on imagine l’ampleur de la tâche pour un pays comme le Maroc, qui a une politique volontariste de développement de la pêche tout en mettant la durabilité comme condition sine qua non.

L’INRH a été très actif ces dernières années et ses réalisations sont visibles, mais nous n’en sommes qu’à nos débuts tant la tâche est ardue et probablement sans fin.

Si on récapitule de manière synthétique, nous avons tout d’abord accompagné le Département dans la mise en place des plans d’aménagement des pêcheries. Pour cela, notre mission était clairement définie par l’axe de la durabilité de la stratégie Halieutis. Nous avons systématisé les évaluations de stocks et utilisons quand cela est nécessaire, des modèles et approches de plus en plus complexes intégrant un nombre croissant de paramètres.

Et puis comme vous le savez, l’Institut a un réseau de surveillance du milieu marin qu’il a fortement développé et s’est lancé dans un processus d’accréditation de ses principaux laboratoires. Chose faite pour notre station de Oualidia et pour très bientôt Dakhla et Agadir suivront. C’est très important car cela constitue une garantie du bon suivi du milieu marin qui encourage et favorise l’investissement dans le domaine de la conchyliculture.

Les efforts ont été également réalisés en matière d’océanographie, notamment le renforcement de l’observation de l’océan à travers l’acquisition d’une bouée météorologique et océanographique installée depuis 2016 au large de Dakhla et opérée par l’INRH pour le suivi en continu et en temps réel de l’upwelling sud marocain et le changement climatique. Et l’utilisation de la télédétection spatiale, comme outil de suivi des paramètres océanographiques en temps quasi-réel (SST, chlorophylle a, SSH, données de vent altimétrique), pour le suivi des écosystèmes marins des  façades marocaines atlantique et méditerranéenne.

En termes d’aquaculture, comme pour le secteur de la pêche, l’INRH a accompagné le Département et l’ANDA dans la mise en place des plans d’aménagement régionaux pour le développement de l’aquaculture. Nous avons mis en place d’importantes infrastructures de recherche aquacole (stations spécialisées (M’Diq, Amsa et Dakhla) et fermes pilotes (Dakhla, Agadir, M’Diq et Amsa) ainsi qu’un vaste programme de R&D Innovations en matière de faisabilité zootechnique de divers projets aquacoles  et de surveillance des pathologies et de la santé animale aquatique.

Les professionnels de la pêche attendent beaucoup de l’Institut et de ses évaluations. Quid de l’ampleur de la collaboration?

Attendre beaucoup de la recherche est un bon signe, c’est être conscient que la bonne santé économique du secteur vient également de la connaissance scientifique et de l’innovation. Maintenant, il ne suffit pas d’attendre, il s’agit également d’être acteur du processus, et pas uniquement d’un point de vue financier. Le grand pas se fera lorsqu’il y aura une transmission systématique et exhaustive des données détaillées de pêche telles que demandées par la recherche et pourquoi pas contribuer à la collecte de quelques données environnementales. Je ne dis pas qu’aujourd’hui il y a zéro transmission de données, non, loin de là. Mais cela est fait de manière conjoncturelle, irrégulière et inégale.

Les interactions avec la profession durant ces dernières années ont montré une volonté commune de contribuer au développement durable du secteur halieutique et ont montré surtout la prise de conscience de part et d’autre que nous avons beaucoup à gagner à échanger plus. La recherche doit faire un effort de vulgarisation de la connaissance scientifique et appréhender les problématiques de manière plus globale et multidisciplinaire, en intégrant les considérations socio-économiques, et de l’autre côté, la profession a tout à gagner à être transparente avec la recherche et plus généralement avec l’administration.

Quel est l’état de la ressource dans les diverses zones de pêche? Et comment se comporte la biomasse au regard des prélèvements réalisés aussi bien en Méditerranée que le long de la façade atlantique?

Question bien trop longue pour l’aborder de manière exhaustive. De quel stock on parle ? Je vous laisse le soin de consulter le rapport annuel de l’INRH sur l’état des stocks pour plus de précision, sachant qu’il y a plusieurs dizaines de stocks exploités… De manière générale, sur les stocks évalués, de nombreux stocks sont en situation de pleine exploitation, ce qui veut dire qu’il ne faut pas pêcher plus. Quelques stocks sont surexploités dont les plus importants sont la crevette et le merlu pour lesquels en concertation avec l’administration et la profession, de nouvelles mesures ont été instaurées et il s’agira de voir dans quelles mesures elles sont efficaces.

l’INRH s’appuie effectivement sur la biomasse pour évaluer l’état du stock mais pas seulement. C’est des stocks d’organismes vivants, et leurs structures démographiques et autres paramètres biologiques sont tout aussi importants. Les niveaux de prélèvements impactent forcément les stocks en place mais il n’y a pas que ça. Les conditions climatiques ainsi que l’état de pollution jouent énormément et la pollution devient un problème particulièrement sérieux qu’il s’agira d’appréhender au plus vite.

Quid de la coopération menée par l’INRH avec les partenaires étrangers, notamment africains?

Nous avons une étroite coopération avec les pays africains. Nous travaillons régulièrement avec eux dans le cadre des organisations régionales des pêches mais nous avons également des cadres de coopération bilatérale. A titre d’exemple, nous avons une campagne scientifique conduite par l’INRH de programmée au Sénégal très prochainement.

Les moyens (humains et matériels) dont dispose l’INRH répondent-ils à vos attentes?

Le Département de la Pêche et le ministère des Finances ont fait d’énormes efforts en matière de renforcement des moyens financiers de l’INRH. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, plus d’un milliard de dirhams d’investissement sur les dix dernières années et le budget de l’INRH a presque doublé, et 30% d’effectif renouvelé durant cette période. Je pense que nous sommes dans une bonne dynamique qu’il faudra poursuivre et pourquoi pas faire contribuer un peu plus la profession.

 

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