Abderrahmane Mekkaoui : « I. Ghali, une marionnette des généraux algériens »

Abderrahmane Mekkaoui : « I. Ghali, une marionnette des généraux algériens »
En portant à la tête du Polisario un irrédentiste comme Ibrahim Ghali, l’Algérie confirme sa ligne de conduite à l’endroit du Maroc. Sur ce dossier, comme sur l’évolution des relations entre le Royaume et les pays africains, Pr Abderrahmane Mekkaoui, algérianiste de la première heure et spécialiste dans les affaires géopolitiques et de défense, apporte des éclairages appropriés. Edifiant !
Perspectives Med : En portant à la tête de la RASD un personnage comme I. Ghali, le message algérien se veut des plus clairs à l’endroit du Maroc. Quelle lecture pourrait-on faire de cette initiative?
Abderrahmane Mekkaoui : Il faut dire que RASD, assimilée à juste titre par feu Hassan II à « Rien à signaler dans le désert » n’est pas l’émanation d’un authentique mouvement national de libération. Le Polisario ne peut prendre ni une décision de guerre ni un engagement pour la paix. Il s’agit d’un bras supplétif de l’Armée populaire algérienne (APN). D’ailleurs, les soldes de cette milice proviennent de l’état-major algérien et ses cantonnements sont sous surveillance de la gendarmerie et de la police militaire algériennes. Même ses mouvements et manœuvres ne se font que via l’autorisation expresse du chef de la 3è région militaire algérienne. Voilà pourquoi la désignation de Brahim Ghali en tant que SG du Polisario n’est pas pour surprendre. Il s’agit d’un acte prévisible depuis que feu Mohamed Abdelaziz avait sombré dans le coma à Cuba. Les décideurs en Algérie ont mis beaucoup de temps à valider la candidature de I. Ghali. Les chefs des huit régions militaires avaient le dernier mot dans cette mascarade de désignation. S’après une source militaire algérienne à Paris, c’est la réunion de tous les chefs militaires de région qui a appuyé la candidature d’I. Ghali, contrairement à ce qu’on faisait auparavant en sous-traitent le dossier auprès du puissant DRS du général major Med Lamine Meziane. Donc, on est en présence d’une décision militaire collégiale. I. Ghali continuera à jouer le rôle de marionnette entre les mains du Général-major Othmane Tartag, Alias Bachir, du général de la 3è région militaire et les généraux de la sécurité et de la gendarmerie responsables de la sécurité des camps de Tindouf. N’oublions pas que I. Ghali avec d’autres membres du BP du Polisario avait rencontré à Marrakech le Roi, à l’époque prince héritier, et que c’est l’actuel patron du Polisario qui avait fait preuve de radicalisme vu qu’il occupait les fonctions de ministre de la Défense de la fantomatique RASD au regard de son parcours au sein de la légion étrangère espagnole et comme indicateur de la Sécurité Militaire algérienne conduite à l’époque par le Colonel Kasdi Merbah.
Le message que l’on a voulu passer à travers cette nomination est que l’Algérie n’est pas encore disposée à revoir ses positions et qu’elle mise sur le statu quo dans ce conflit. Le seul point relevé par les chancelleries occidentales à Alger est que I. Ghali est un aventurier et peut déclencher une nouvelle guerre de maquisards contre le Maroc. Après 1991, I. Ghali avait troqué le terillis contre l’habit civil en entamant une carrière diplomatique en Espagne et Algérie. Dans sa déclaration d’investiture, il a rappelé qu’il était disposé à recourir aux armes si le Maroc continue de refuser la partie politique de la Minurso. A ce sujet, plusieurs associations des droits de l’homme espagnoles ont condamné le retour en force d’I. Ghali poursuivi devant un tribunal espagnol pour viol d’une jeune saharaouie.
Doit-on craindre le pire dans la région sahélo-saharienne au vu des liens désormais avérés entre le Polisario et des groupes terroristes téléguidés par des intérêts régionaux?
A.M : Il y a plusieurs services secrets mondiaux qui ont signalé cette connivence entre le Polisario et trois groupes terroristes qui sévissent au Sahel. Il s’agit des les Mourabitoune de Mokhtar Belmokhtar, le Mujao d’Omar Sahraoui et Ansar Eddine d’Iyad Ghali. Comme il y a beaucoup de membres du Polisario qui, une fois démobilisés, ont rejoint les groupes terroristes pour s’adonner aussi au commerce des armes, des médicaments, de la drogue, etc. L’univers instable dans le Sahel est pénétré par le Polisario et la présence de ses éléments va du Mali au Burkina Faso. Japon, USA et Europe ne sont pas dupes à ce sujet. Ils savent que le Polisario est terroriste même s’il tient à rassurer en déclarant lutter contre le terrorisme. Autre élément à prendre en considération dans ce chapitre-là a trait à l’émergence dans les camps du Polisario d’une aile islamiste proche d’entités comme Daech et Al-Qaida. Des jeunes sahraouis s’y sont même enrôlés.
Comment interpréter la position de la Mauritanie dans le dossier saharien à la lecture aussi bien du message de condoléances adressé au Polisario à la suite du décès d’Abdelaziz qu’après la nomination de I. Ghali à la tête de la RASD?
A.M : La Mauritanie est entrain de jouer un rôle dangereux dans la région sachant que depuis 1960, durant l’ère d’Ould Daddah, la Mauritanie est restée dans un point d’équilibre entre le Maroc et l’Algérie. A Nouakchott, les acteurs politiques savent que tout déséquilibre qui interviendrait dans les rapports entre les deux puissances maghrébines voisines pourrait induire un changement de régime. Le pouvoir mauritanien sait qu’il n’est pas tenable pour la Mauritanie, pays multi-ethnique et multilingue de se livrer à un jeu dangereux qui la condamnerait à l’implosion. La voie de la sagesse intime dès lors aux acteurs mauritaniens d’observer une parfaite équidistance entre Alger et Rabat. Je dirai même que l’occasion est des plus propices pour provoquer une réunion entre Rabat et Nouakchott pour mettre à plat tous les différends politiques avant qu’il ne soit trop tard. Car les Algériens ont laissé beaucoup d’éléments du Polisario à Zouirate pour appuyer la candidature de Ould BAdelaziz, ce qui n’est pas du tout en faveur du Maroc.
La diplomatie marocaine s’active sur la scène arabe, l’Egypte et la Tunisie en particulier. Cela relève-t-il de la démarche prédictive, la diplomatie algérienne étant particulièrement efficace dès lors qu’il s’agit de porter des coups au Maroc?
A.M : Je pense que le Maroc a déployé un effort diplomatique extraordinaire pour contrecarrer les velléités algériennes d’intégrer le Polisario dans la Ligue arabe. Plusieurs tentatives dans ce sens ont été menées depuis que les vents du printemps arabe avaient soufflé sur la région. Mais cette offensive a été rejetée par la majorité du monde arabe. Seule une Association d’amitié entre le Polisario et les Yéménites est à déplorer après celle de la Mauritanie. Au niveau du monde arabe, on peut dire que tout est sous contrôle. En Afrique, énormément d’efforts doivent être déployés pour exclure cette république fantomatique de l’Union Africaine. Malgré les appels et les visites de chefs d’états africains à Rabat, le Maroc n’opérera pas de retour au sein de l’organisation panafricaine tant qu’elle n’a pas rejeté le corps étranger qui la mine. Le nombre des Etats qui continuent à reconnaitre cette entité fantomatique se réduit au fil des jours. Plusieurs Etats ont soit annulé une telle reconnaissance, soit gelé la normalisation en se donnant le temps de réfléchir et de repenser leur position. Il faut reconnaître que la diplomatie active, surtout royale, déployée en Afrique de l’Ouest a permis de marquer plusieurs points en sa faveur. Le souhait du Maroc est de voir le membership de la RASD gelé jusqu’à ce que l’ONU statue sur le conflit en favorisant une solution mutuellement acceptable.
La Zambie vient de lâcher la RASD et ses prétentions sécessionnistes, et elle n’est pas la seule à virer sa cuti en Afrique. Comment arriver à vaincre les réticences des autres pays qui ont épousé la thèse algérienne?
A.M : Le Maroc a plusieurs cartes à jouer. Les Etats africains démocratiques ou dans lesquels des processus démocratiques sont enclenchés doivent être approchés. En Afrique du Sud, les Marocains peuvent créer un lobby en leur faveur. Dans l’Ile Maurice, aux Seychelles, au Nigéria, en Ethiopie, au Rwanda, au Tchad, au Mali, au Lesotho, en Angola, c’est ce défi là qu’il faudra relever. Ceci dit, Rabat ne doit pas se contenter des pays francophones, la sphère lusophone doit aussi être investie. Le Maroc doit opérer un retour en Afrique de l’Est ainsi qu’en Afrique australe. Déployer des efforts dans ce cadre-là est primordial. La diplomatie marocaine doit multiplier les tournées pour expliquer et expliciter la réalité du contentieux et défendre ses droits historiques. Ce qui est encourageant c’est que nombre de pays africains commencent à s’intéresser à l’exemple marocain marqué du sceau de la stabilité et de la sécurité. Un effort d’explication et une ouverture sur ces pays, avec beaucoup de doigté, devraient contribuer à lever les équivoques. Et si le projet de visite royale à Abuja se concrétise, ce serait une bonne ouverture sur le Nigéria avec lequel des affinités religieuses et économiques existent. Le Nigéria a besoin de l’expertise marocaine dans la lutte contre Boco Haram. Le déploiement de la diplomatie du soufisme dans ce grand pays de 150 millions d’âmes s’avère porteuse.
Le Maroc vient d’accepter le retour conditionné d’une partie du corps civil de la Minurso. Comment lire ce compromis dans lequel la diplomatie française a joué un rôle déterminant?
A.M : Après le bras de fer avec le Secrétaire Général de l’ONU, les amis du Maroc, France en tête, ont jugé opportun le retour d’une partie du personnel civil de la Minurso pour ne pas envenimer les choses dans la région. Car leur départ avait accéléré processus d’une confrontation avec l’Algérie. Ce retour graduel va permettre une accalmie dans le nord-ouest africain.
Le Japon qui préside le Conseil de sécurité est connu pour sa position tranchée à l’égard du Polisario qu’il considère comme un groupe terroriste. Quel gain pourrait avoir le Maroc dans le cadre des Nations-Unies?
A.M : Le Japon, pays asiatique sage qui entretient de bonnes relations avec l’ensemble des pays du Maghreb a su mesurer la réalité des choses. Les Japonais n’ont pas jugé ce mouvement séparatiste sur la base diplomatique, mais sur une base juridique. Les données vérifiables récoltées par les drones qui survolaient la région ont contribué à forger leur conviction à l’égard du Polisario.
Tokyo considère que le Polisario est responsable du pourissement de la situation dans toute région. Il ne s’agit pas, à leurs yeux, d’un élément satbilisateur, comme présenté par l’algérie, mais d’un facteur perturbvateur qui menace la paix et la sécurité internationale. Le dossier « In Amenas » a été détérminant pour les Japonais, eux qui en ont déduit que ce groupe était impliqué dans tous les vénéments déstabilisateurs que connaît le Sahel. Pourtant, le Japon est un grand partenaire comercial de l’Algérie. Président pour un mois le Conseil de Sécurité, le Japon va attirer l’attention des 5 membres permanents du Conseil sur réalité du Polisario en faisant valoir les éléments en sa possession. Ce pays qui se positionne loin du théatre d’opération nord-africain dispose de beaucoup d’éléments à mettre à la disposition du Conseil de Sécurité pour appréhender la configuration réelle de ce danger. Clarifier le jeu à toutes les nations n’est pas une chose vaine, bien au contraire. A charge pour le Maroc de faire fructifier tout ça pour défendre ses intérêts vitaux.

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