Affaire Mohcine Fikri : Les Marocains, des « poissons rouges » ?

Affaire Mohcine Fikri : Les Marocains, des « poissons rouges » ?
Il aura fallu attendre le 1er novembre pour que le PJD sorte de son silence autour de la mort tragique du commerçant Mohcine Fikri. Un communiqué de la formation islamiste qui sanctionne une réunion de son secrétariat général s’est contenté de louer l’action de la justice menée dans ce cadre en appelant à ce que l’enquête diligentée dans ce cadre aille jusqu’au bout, tout en mettant en exergue l’attitude responsable observée par les militants du parti en conformité avec l’appel au calme lancé par Abdelilah Benkirane et en rappelant l’envoi chez la famille du défunt d’une délégation du parti conduite par Saad Eddine El Othmani. Voilà donc pour le communiqué de la première formation politique issue des urnes du 7 octobre dernier. Un communiqué qui tranche avec ce qu’exprime l’ex-Président du MUR, bras idéologique du PJD, via une tribune parue sur le site du mouvement. Ahmed Rissouni y fustige un « Etat arrogant » qui, fustige-t-il, doit être jugé. Aux yeux de ce cheikh qui n’a pas coupé les ponts avec le PJD, «la crise que vivent les Marocains est inhérente à l’arrogance de l’Etat et aux méthodes employées par son Administration, ses fonctionnaires, ses auxiliaires civils et militaires. » Est-on face au sempiternel « double langage » dans lequel la formation islamiste excelle ? En tout cas, les Marocains ne sont pas des poissons rouges qui évoluent en vase clos, sans mémoire, ni capacité d’analyse. Ils ne sauraient occulter la capacité des islamistes à jouer sur tous les tableaux, la sérénité d’un côté et la colère noire de l’autre, histoire de rester dans le coup. Un jeu dans lequel les autres composantes du champ politique semblent exclus… Si l’on excepte la réaction du PAM qui, très tôt, a fait part de sa colère contre la transgression de l’Etat de droit dans le regrettable accident d’Al-Hoceima qui a fait sortir les Marocains de leurs gonds. Ou encore le PSU dont la leader a fustigé, en pleurs, cette « hogra » qui interpelle tout un chacun pour exiger le minimum : vivre dans la dignité. Les autres partis ont fait le mort face à la gestion de l’incident par l’Etat, Intérieur et Justice mobilisés, faut-il le rappeler, par le Roi. L’affaire est grave, très grave. Le silence des partis est tellement scandaleux qu’il en devient assourdissant. Et on comprend dès lors les raisons de leurs contreperformances électorales qui se succèdent. Incapables qu’ils sont d’assumer le rôle primaire qui leur échoit : celui de la régulation qui revient à toute force d’intermédiation. Tout au plus on a vu se presser devant les caméras et autres flasch des photographes les cadors des partis invités à la villa des Orangers, siège du PJD à Rabat, pour commenter les tractations en cours pour la constitution du nouvel Exécutif. Triste tableau s’il en est. Comme l’est d’ailleurs la sortie malheuruese d’une fraîche députée de l’UC qui n’a rien trouvé de mieux pour qualifier les Rifains que de leur rappeler le sobriquet d’Apaches qui leut fut collé à une époque d’un Maroc révolu.
Il faut le dire une fois pour toute : se leurrent tous ceux qui persistent à considérer les Marocains comme des poissons rouges. Le peuple a une mémoire vive assise sur des couches de luttes pour que les choses évoluent dans le bon sens. Pour ceux qui ont la mémoire courte il suffirait de rappeler que c’est le bouilllonnement du 20 février qui a fait bouger les lignes dans le Royaume. Gageons que c’est encore et toujours ce peuple-là qui a manifesté son ras-le-bol à l’occasion du drame de trop d’Al-Hoceima qui fera encore bouger les lignes. Tous les espoirs restent permis…

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