Algérie: Fini les manœuvres et bonjour la violence !
Algérie: Fini les manœuvres et bonjour la violence !

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Après quatre mois de contestation en Algérie, l’analyse objective de l’évolution de la situation indique que c’est d’une crise profonde touchant aux fondements politiques du système qu’il s’agit. Et point d’une question constitutionnelle ou sociale.
En somme, un conflit oppose le commandement de l’armée représentée par 22 officiers supérieurs au peuple algérien.

A cet effet, le rapport de force commence à s’installer entre les deux parties antagonistes.  Après les menaces considérant les manifestants comme des égarés et manipulés par la main étrangère, le chef de la junte militaire et devant l’ampleur du soulèvement, avait opéré un coup d’état blanc le 4 avril contre l’ex-président Bouteflika et son clan pour satisfaire les revendications politiques de la population algérienne qui ne voulait ni du 5ème
mandat ni de la prolongation du 4ème.
En coupant les branches mortes du système, l’institution militaire n’a pas réussi à apaiser des revendications politiques clairement déclarées lors de chaque vendredi et dans les 48 wilayas du pays
La seule revendication qui revient c’est le dégagement de tous » troho gaa » et la fin de la primauté du militaire sur le politique.
Comme disait Mohamed HARBI « tous les Etats ont crée leurs propres armées et l’ANP a crée l’Etat algérien ».

Devant ce rapport de force musclé et dangereux parfois, le commandement militaire a utilisé toutes les manœuvres et les ruses possibles et imaginables pour faire avorter cette révolution du « sourire ».
Les militaires avaient misé premièrement dans leur feuille de route sur la constitution, d’ailleurs violée à plusieurs reprises, notamment l’article 102 qui définit la vacance du pouvoir.
Ce mécanisme visait beaucoup plus à ne pas lâcher l’autorité et ses privilèges mais plutôt en recyclant le système avec de nouveaux visages.
L’autre mesure consistait sur l’affaiblissement dans le temps du mouvement protestataire et son essoufflement pendant le mois de ramadan.
La température et la canicule estivale n’ont changé en rien la détermination du peuple de changer radicalement le système « corrompu et assassin ».

Devant cette résistance, l’institution militaire, afin de créer une certaine popularité, allait utiliser trois armes redoutables et amplement médiatisées : l’activation de la justice et mettre en tôle les anciens symboles de l’aire Bouteflika militaires et civiles (opération mains propres).
Mesure applaudie par l’ensemble des algériens, néanmoins insuffisante car elle avait épargné les barons de la corruption proches du chef de l’Etat major et vice ministre de la défense, le Général du corps de l’armée Ahmed GAÏD SALAH, présenté comme l’officier supérieur le plus corrompu de l’Afrique et le plus proche de la France et des Emirats.
Sans oublier la malversation et la corruption du numéro deux de l’Etat major et commandant de la gendarmerie nationale Ghali BELKCIR.

La deuxième mesure était celle de la mobilisation des médias publics et privés ainsi que les réseaux sociaux avec l’appui des médias étrangers notamment ceux du Golfe et d’Egypte, ce que l’opposition appelle les mouches électroniques.
Cette nouvelle arme demeure toujours limitée et boycottée par la masse à cause de son discours non structuré et non attrayant, particulièrement pour les jeunes Algériens.

La dernière initiative des militaires utilisée comme arme de destructive massive et qui porte les germes de la violence et du chaos de l’Algérie c’est l’arme du régionalisme et de l’amazighité.
Les militaires algériens accusent les manifestants de « zouaves » et de « harkis » (grande insulte en Algérie) à cause de leur attachement à leur identité millénaire, et culturelle berbère.
L’interdiction de l’utilisation du drapeau amazigh avait déclenchée un véritable Tsunami au sein de la population algérienne qui la considère comme une manœuvre venant de la part des militaires.

La quatrième mesure serait que les militaires Algériens ont été avertis solennellement par les USA et la France que toute utilisation de la violence ouvrira la porte de l’enfer sur l’Europe occidentale par une immigration clandestine sans précédent.
L’Algérie n’est ni le Soudan et encore moins l’Egypte.
Le modèle du coup d’Etat Turc ainsi que la décennie noire hantent toujours les esprits des militaires Algériens.

Force est de constater que l’Armée Nationale et Populaire compte un demi million de soldats, de sous officiers et d’officiers lourdement armés.
La majorité d’entre eux ne partagent pas les sentiments du commandement ni sa feuille de route qui a été déjà tracée secrètement.
A cela s’ajoutent le mécontentement et la colère répandus dans les rangs de la police et la gendarmerie.
Dans ce cadre il semblerait que le futur Président du pays est d’ores et déjà désigné.
Ce plan caché de sortie de crise multiforme par des militaires vient d’être dénoncé par le Commandant Lakhdar BOURGAÂ chef historique de la quatrième région de l’ALN homme respectable et respecté par l’opposition et les militaires. A cause de sa sortie médiatique il est  incarcéré.

L’alliance objective et stratégique entre les laïcs et les islamistes, la mobilisation active des cellules dormantes du DRS et des étudiants, la présence de près d’un demi million des retraités de l’ANP, sont autant d’acteurs qui ont déjoué toutes les mesures rusées du commandement de l’armée.
Il semble que l’institution se trouve réellement dans l’impasse et la panique totale.

L’utilisation de la force durant le 19ème vendredi de la police et de l’armée, le siège de la capitale, l’incarcération de plusieurs militants prouve que le pouvoir militaire est aux abois. Devant cette situation, et selon des sources concordantes algériennes le commandant des forces aériennes Hamid MAIZI aurait tenté un coup de force contre le chef d’Etat major à partir de l’hôpital miliaire de Ain Nadja le 26 juin passé à la manière soudanaise.
Ce putsch fut avorté à la dernière minute par la mise aux arrêts de plusieurs officiers et sous officiers sous prétexte de la lutte anti corruption.

En conclusion, l’opposition laïco-islamique demeure toujours active dans l’orientation des manifestants par le biais des réseaux sociaux.
Il paraît que le hirak s’est atomisé en plusieurs mouvements de contestation.

Le 5 juillet prochain, date de l’indépendance de l’Algérie, connaîtra des événements majeurs qui détermineront le destin de ce pays.
L’extrémisme qui caractérise les relations entre les deux parties risquerait de déraper et conduire vers le chaos.

Le chef d’Etat major demeure un élément de blocage.
Il devient également encombrant pour ses propres collègues qui le sacrifieraient incessamment sur l’autel du changement.
Le forum de dialogue initié par le système le 6 juillet prochain des partis politiques et la société civile a déjà reçu une fin de non recevoir de la part de la diaspora ainsi que de
l’opposition en exil qui demeure le dynamo et le fer de lance de cette révolution dite du « sourire ».

Pr. Abderrahmane MEKKAOUI, politologue.

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