Arabie Saoudite: Un Exécutif pour « la Vision 2030 »

Arabie Saoudite: Un Exécutif pour « la Vision 2030 »
Dans les arcanes du pouvoir saoudien, rien ne sera plus comme avant. Le Royaume wahhabite vit, en effet, sous une forte pression depuis que Riyad a choisi de « chambouler» le marché du pétrole pour rendre problématique la réintégration de l’Iran dans la communauté internationale (après l’accord arraché sur le nucléaire) quitte à se faire mal. En effet, sur le plan économique et social, jamais l’Arabie Saoudite n’a souffert autant, le système étant huilé essentiellement grâce à la rente pétrolière.
En tout cas, depuis quelques mois déjà, les choses se bousculent dans ce Royaume. Et les dernières décisions prises par le monarque saoudien, depuis samedi dernier, ont de quoi accélérer l’histoire de ce pays connu pour sa lenteur. En effet, p une série de décrets royaux ont été promulgués dans le but de faire fusionner plusieurs ministères pour répondre aux priorités de l’ambitieux programme « Vision saoudienne à l’horizon 2030 » présenté le 25 avril par le vice-prince héritier Mohammed ben Salmane. Le premier exportateur mondial de brut évoque depuis longtemps la nécessité de diversifier l’économie pour sortir de « l’addiction du pétrole ». Mais l’effondrement des revenus tirés de l’or noir depuis deux ans a accéléré cet effort, sous l’impulsion du jeune prince Mohammed, qui dirige, du haut de ses 30 ans, le Conseil pour les Affaires économiques et de développement.
Ce dernier a annoncé l’intention des autorités de vendre moins de 5% de Saudi Aramco, première compagnie pétrolière au monde, ce qui constituerait la plus grosse capitalisation boursière au monde. Le produit de cette vente contribuera à créer le plus gros fonds d’investissement, doté de 2.000 milliards de dollars et dont les profits pourront offrir une alternative aux revenus pétroliers. Ce n’est donc pas fortuit si le PDG de cette compagnie, Khaled al-Faleh, conforte sa place au gouvernement (il était ministre de la Santé) pour diriger un super-ministère de de l’Energie, de l’Industrie et des Ressources minières. Le Royaume wahhabite a du potentiel dans le solaire et l’éolien. Mais il ambitionne de dynamiser ses industries, notamment pétrochimique, militaire et minière.
En outre, le ministère de l’Eau et de l’Electricité a été remplacé par celui de l’Environnement, de l’Eau et de l’Agriculture. Cela tombe sous le sens si on sait que les Saoudiens sont de plus en plus nombreux à acheter des terres cultivables à l’étranger, notamment en Afrique de l’est. Dans cet élan, les ministères du Travail et des Affaires sociales ont aussi fusionné. Le royaume, qui emploie des millions de travailleurs étrangers, cherche à améliorer les compétences de ses citoyens et à créer de nouveaux emplois pour eux (35% des Saoudiens ont moins de 19 ans). Plus, le ministère du Commerce et de l’Investissement remplace celui du Commerce et de l’industrie, ce qui préfigure de la volonté saoudienne d’attirer davantage d’étrangers vers l’investissement. Même la Banque centrale a eu droit à un nouveau gouverneur en la personne d’Ahmed al-Khulaifi.
La question qui se pose, non sans acuité, est liée à la performance projetée par l’ensemble de ces changements. La société saoudienne, très conservatrice, épousera-t-elle la nouvelle vision ainsi déclinée, le modèle ancien ayant pris des rides, alors que l’attente en termes de libertés est éminemment forte ? That’s a question… Que l’héritier du prince héritier est appelé à gérer à l’heure où le pays est en guerre au Yémen pour asseoir un leadership sunnite au forceps et où le wahhabisme s’exprime, dans sa violence, non seulement hors des frontières du Royaume. Mais aussi à l’intérieur.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrer votre commentaire!
Veuillez entrer votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire le pourriel. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.