Autonomie des Universités: Elan brisé…

Le verdict est aussi sévère qu’unanime : « on a bâclé le projet » d’autonomie des universités. Nombreux sont les enseignants du supérieur à crier au scandale face à l’inanité gestionnaire de L. Daoudi, actuel ministre de l’Enseignement supérieur plus prompt à placer les « siens », proximité géographique et idéologique aidant, qu’à faire fructifier les deniers publics au service d’un enseignement de qualité. Cela explique pourquoi le projet de réforme qu’il a soumis au Conseil supérieur de l’enseignement a été recalé.

Quelle place pour l’autonomie des universités et pour quelle gouvernance ? A cette question, nodale, force est de rappeler que l’autonomie a été pensée pour aller aux devants des textes liés à la régionalisation. Autant dire que pour réussir un tel dessein porteur, décentralisation et déconcentration devaient présider aux choix liés aux engagements consentis par l’Etat central au profit de l’enseignement supérieur qui, faut-il le rappeler, est géographiquement éclaté entre plusieurs universités. Le tout moyennant une contractualisation négociée en bonne et due forme et une gestion soumise, cela va de soi, à la logique de la bonne gouvernance, celle qui s’achève par la reddition des comptes. L’université française devait servir de modèle pour faire avancer le schmilblick. Sauf qu’entre 2000 et 2003, le système LMD devait se révéler plus comme un processus de blocage que comme un vecteur de développement. Car il a été bâclé, le tout ayant basculé d’un coup, dans l’impréparation totale. Et si entre 2008 et 2010, la réforme européenne avait incité le système de l’enseignement supérieur français, convaincu de son classement à la traine, à faire une révolution à 180 degrés, en intégrant l’espace européen d’enseignement supérieur ( Lisbonne 2010), les responsables marocains, eux, ont continué à privilégier le surplace. Une loi nouvelle devait remplacer la précédente jugée conservatrice. Surtout que la fameuse loi 0100 a été goupillée sans décrets d’application charriant, dans son sillage, le flou artistique dans les relations entre la tutelle et l’université. Une petite commission, convoquée d’urgence, a procédé à huit clos et sans concertation avec les opérateurs du système, à des retouches, comme le voulait L. Daoudi. Et l’approche participative a été, une fois encore, sacrifiée sur l’autel de l’impéritie ambiante. Ce qui a nourrit un feu roulant de critiques via le net ( forum mis en place par la tutelle )et conduit le Président du conseil supérieur de l’enseignement à sortir de ses gonds. Pour appeler le ministre Daoudi à revoir sa copie aussi bien dans la forme que dans le contenu.
GESTION HASARDEUSE

La clé de voute de l’autonomie des universités est inhérente à l’adoption d’une gouvernance fiable. Ce qui n’est pas encore le cas dans le pays où le système actuel n’a pas encore digéré les principales vocations de l’Université basées sur un triangle du savoir (enseignement, recherche et innovation) outre les services à prodiguer à la société. « On se focalise encore sur l’enseignement et sur un peu de recherche facultative sans plus » déplore un ex-Président d’université qui suit de près le chantier de la réforme du système éducatif dans son ensemble. A contrario, ce que dicte la pression du moment est lié à l’émergence d’une autre logique de gestion des universités basée sur un « team management », à l’américaine, qui assure une bonne gouvernance au niveau du leadership et au niveau du management. C’est à ce staff là que revient la définition de l’orientation stratégique de l’enseignement à prodiguer dans les différentes structures de l’université. Le tout reposant sur une kyrielle de prérequis allant de la démarche qualité , au système d’information et de gestion (SIG) facilitant le pilotage, en passant par l’audit et contrôle de gestion et à la comptabilité générale et analytique. Mais ces prérequis sont malheureusement inexistants pour l’heure. « On est loin de l’adoption d’un modèle économique où tout le monde est gagnant», constate non sans dépit un autre universitaire qui rappelle les doléances de la DEPP à maintes reprises dans ce sens . Et la politique de « l’accès ouvert» à l’université contribue à une massification de mauvais aloi qui freine la rotation normale des étudiants au sein des facultés (pour une licence de 3 ans, bien des étudiants continuent encore à camper 10 ans aux frais des contribuables livrés à eux mêmes). Le seul «bassin national » à accès régulé a trait aux écoles (ingénieurs , Sciences et techniques, architecture,..) et certaines facultés (médecine, pharmacie, medecine dentaire, sciences et techniques,…). A-t-on fait une étude d’impact de ces établissements sur les régions , notamment les plus lointaine du centre ? A-t-on évalué, au niveau de ce bassin-là, l’impact qui résultera des départs massifs à la retraite des cadres administratifs , techniques et pédagogiques?
Valeur aujourd’hui, le budget alloué aux universités par l’Etat se fait encore au goutte-à-goutte basé essentiellement sur l’Etat avec des ressources propres très insuffisantes . Et plus de 50% des crédits vont au fonctionnement. Quant au budget d’investissement, il faut le négocier chaque trimestre au niveau des crédits de paiement (ce qui suppose sa validation par les Finances), le tout avec un contrôle apriori (abstraction faite du trésorier payeur !). Voilà pourquoi les taux d’engagement dans les universités oscillent entre 30 et 50%. Pourtant, avec l’autonomie, c’est l’économie de toutes ces lourdeurs qui est faite avec un contrôle a-postériori. Et c’est bien à ce niveau-là que le bilan des universités s’avère défendable ou non.
L’Université fait partie des institutions qui doivent influer sur la stratégie de développement nationale et régionale . En collant aux besoins exprimés par les régions et tout en tenant compte des orientations stratégiques nationales. Cette institution doit défendre son positionnement socio-économique en répondant aux divers besoins exprimés à moyen et long termes et en évaluant l’impact de ses diverses interventions à l’échelle de sa région d’implantation. Ce qui l’incite à opérer des choix au niveau des partenariats à nouer, dans la logique du « gagnant-gagnant ». De cette projection on est encore loin. Et même au niveau de la gestion des ressources humaines, la centralisation se fait toujours au niveau de la tutelle mettant le nez même au niveau des profils à recruter et leur distribution , alors qu’une date butoir a été fixée par le programme d’urgence pour l’autonomie : 2010 en l’occurrence. En sus, le recrutement est long puisqu’il chevauche sur deux années académiques . On est loin de la flexibilité souhaitée. Pourtant, la logique voudrait que les Universités puissent accueillir des chercheurs étrangers, inviter des professeurs visiteurs, motiver les jeunes chercheurs, opter pour la contractualisation…

LES DEFIS DE L’HEURE

En ce début de millénaire, et à l’heure où on sa gargarise de l’autonomie des universités, faut-il rappeler qu’en matière d’offre des formations, c’est toujours le ministère qui décide ( processus lent d’accréditation, confusion entre diplôme national et diplôme universitaire, ,..)? Et il en va de même pour les contenus des cours. Et que dire de la gestion du patrimoine lorsqu’on sait qu’aucune université ne possède le moindre mètre carré, tout relevant du ministère? Pourtant, à ce niveau-là, il y a à boire et à manger, et bien des terrains sur lesquels des établissements ont été construits ne sont toujours pas payés par le ministère de tutelle !!. L’assainissement de l’assiette foncière doit impérativement être opérée pour pouvoir réhabiliter et assurer la maintenance de l’acquis. Et pouvoir procéder à de nouvelles acquisitions pour y bâtir de nouvelles constructions pour répondre aux demandes exprimées , notamment la massification, à moyen et long termes. Est-il normal que de nouvelles villes soient construites sans que la dimension éducation y soit intégrée à l’avance? A Tamensourt, comme à Tamesna, cette absence de cohérence est criarde ! Et les projets promis à Rabat et Marrakech tardent toujours à voir le jour.
In fine, l’enseignement supérieur appelle à être pensé, dans son essor, avec la région et non plus avec la tutelle. Ce qui exige l’établissement d’une stratégie décennale, voire une vision sur 20 ans. Les responsables doivent convenir qu’on ne peut pas décider du jour au lendemain selon les désirs de tel ou tel ministre dans des chantiers aussi structurants et déterminants pour le développement du pays et de ses ressources humaines.

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