Le rapport discuté à Paris cette semaine par les membres de l’IPBES (plateforme intergouvernementales scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques, créée en 2012) sera le premier bilan de cette ampleur (1800 pages et rois ans de travail) réalisé depuis le « Millenium Ecosystem Assessment » publié en 2005 pour évaluer les écosystèmes du millénaire.

Les chercheurs et diplomates de plus de 130 pays vont passer la semaine à négocier mot à mot le contenu du rapport pour décideurs, une trentaine de pages qui seront publiées le 6 mai prochain et serviront de base à la prochaine réunion de l’ONU sur la biodiversité, la COP15, prévue en Chine en décembre 2020. Mais ses grandes lignes sont d’ores et déjà connues, et elles n’ont rien de réjouissant. Il s’agit « d’une alerte maximum, une alerte rouge, sur l’état de la biodiversité dans le monde », qui vient confirmer ce que d’aucuns annoncent depuis quelque temps déjà : la sixième extinction de masse est à l’œuvre. Elle est provoquée par les activités humaines et se déroule à une vitesse vertigineuse en comparaison des précédentes : dégradation des habitats, surexploitation, pollution, apparition d’espèces invasives, etc. sont les principaux responsables.

Ce constat alarmant n’est pas une surprise. Déjà fin 2017, 15.000 scientifiques avaient alerté l’opinion en révélant qu’un tiers des espèces de mammifères, d’amphibiens, de reptiles, d’oiseaux et de poissons avaient disparu en 25 ans. Un constat réaffirmé fin 2018 dans un rapport du WWF qui souligne que 60% des vertébrés avaient été éliminés de la surface de la terre depuis 1970.

Le lien entre les deux fléaux environnementaux du XXIe siècle, perte de biodiversité et changement climatique, se fait de plus en plus visible. Le Giec (Groupement intergouvernemental sur l’évolution du climat) a ainsi montré dans un rapport d’octobre dernier que deux fois plus d’animaux vertébrés, trois fois plus d’insectes et deux fois plus de plantes seraient concernés si la hausse de la température moyenne atteignait 2°C plutôt que 1,5°C. Certaines pratiques (agriculture intensive, usage de pesticides, déforestation, artificialisation des sols) portent atteinte à ces équilibres.

Ce qui devient également de plus en plus évident, c’est l’impact qu’aura cet effondrement de la biodiversité sur la vie de l’humanité. La notion de services écosystémiques, tels que la pollinisation, l’eau, l’absorption de CO2, les zones humides ou encore la qualité de l’air (évalués à 125.000 milliards de dollars par an, à mettre en regard d’un PIB mondiale de 80.000 milliards), a été élargie à celle de « contribution de la nature aux sociétés », englobant également des aspects plus intangibles, culturels ou psychologiques.

Les observateurs se prennent à espérer que cet électrochoc créé un sursaut à même d’inciter les participants à conclure en décembre 2020 en Chine lors de la COP15, un accord aussi transformationnel que l’a été  l’Accord de Paris sur le climat en décembre 2015.

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