Les députés britanniques ont voté mercredi 3 avril au soir de justesse une proposition de loi visant à forcer la Première ministre à repousser la date du Brexit afin d’éviter une sortie sans accord de l’Union européenne, au moment où Theresa May cherche un compromis avec l’opposition.

Cette proposition de loi, votée à 313 voix contre 312, a été présentée par la députée travailliste Yvette Cooper qui a expliqué qu’il s’agit d’empêcher une sortie « chaotique » et « dommageable » de l’UE. Examinée par les députés de manière accélérée mercredi, elle a pour but d’obliger la Première ministre conservatrice à reporter le Brexit au-delà de la date butoir du 12 avril si les députés n’arrivent pas à se mettre d’accord sur la manière dont le Royaume-Uni doit quitter l’UE.

La proposition de loi doit encore être examinée jeudi par la Chambre des Lords, la chambre haute du Parlement, et la demande de report devra être approuvée par les dirigeants de l’UE.

Le gouvernement a exprimé sa « déception » par la voix d’un porte-parole. « La Première ministre a déjà défini un processus clair par lequel nous pouvons quitter l’Union européenne avec un accord et nous nous sommes déjà engagés à demander un nouveau délai », a ajouté ce porte-parole, critiquant le caractère contraignant de cette proposition de loi.

Bien que l’accord de divorce conclu fin novembre entre Londres et Bruxelles a déjà été rejeté trois fois par les députés, le gouvernement britannique n’exclut pas de représenter le texte au Parlement, s’il estime avoir les soutiens suffisants.

Ce vote a aussi rendu furieux les plus fervents défenseurs du Brexit, prêts à couper les ponts avec l’UE, même sans accord. Le député eurosceptique conservateur Mark Francois a dénoncé « un scandale constitutionnel ». « Pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font », a-t-il ajouté, citant la Bible.

Le vote des députés intervient alors que T. May a initié une rencontre avec le chef de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn mercredi pour tenter de trouver un compromis permettant au Royaume-Uni de quitter l’UE avec un accord soutenu par une majorité de députés. Ces discussions ont été jugées « constructives » par des porte-parole des deux camps même si J. Corbyn a qualifié la rencontre d’ « utile mais pas concluante ». « Il n’y a pas autant d’évolution que j’attendais », a-t-il ajouté, précisant que les discussions se poursuivraient jeudi.

La tâche s’annonce difficile tant ces deux personnalités ont affiché jusqu’ici des positions diamétralement opposées sur le Brexit, s’écharpant régulièrement à la Chambre des communes.

La Première ministre défend une sortie du marché unique, pour mettre fin à la liberté de circulation des personnes, et de l’union douanière, pour que le Royaume-Uni mène sa propre politique commerciale. J. Corbyn souhaite, lui, une union douanière étroite et a voté pour le maintien dans le marché unique lundi. Il a dit avoir évoqué auprès de Mme May l’idée d’un référendum « pour empêcher une sortie sans accord ou avec un mauvais accord ».

La tentative de dialogue de dernière minute de T. May lui a attiré les foudres des députés de sa majorité partisans d’une rupture nette avec l’UE

La tentative de dialogue de dernière minute de T. May lui a attiré les foudres des députés de sa majorité partisans d’une rupture nette avec l’UE, car ils craignent que cela n’ouvre la voie à un divorce dit « doux », soit le maintien de liens étroits. Elle a aussi provoqué deux démissions au sein de son gouvernement mercredi: Chris Heaton-Harris, un secrétaire d’Etat au Brexit, pour dénoncer le report du Brexit, prévu initialement le 29 mars, et Nigel Adams, secrétaire d’Etat au Pays de Galles, qui craint que le Royaume-Uni ne finisse dans une union douanière avec l’UE.

L’Union européenne a souligné, par la voix du président de la Commission Jean-Claude Juncker, qu’elle travaillerait « jusqu’au dernier moment » pour éviter un divorce sans accord et la chancelière allemande Angela Merkel a aussi promis de “se battre jusqu’à la dernière heure” pour éviter ce scénario.

Alors que la sortie de l’UE était censée avoir lieu le 29 mars, les dirigeants européens ont déjà accordé à Londres un sursis, jusqu’au 12 avril. Un nouveau délai devra être approuvé à l’unanimité des 27 autres pays membres de l’UE, qui se réunissent à Bruxelles pour un sommet exceptionnel le 10 avril. Un report au-delà du 22 mai impliquerait que le Royaume-Uni participe aux élections européennes, prévues pour se dérouler du 23 au 26 mai, ce que le gouvernement britannique veut éviter.

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