Budget économique exploratoire Entre espoirs, incertitudes et réalisme…
Budget économique exploratoire Entre espoirs, incertitudes et réalisme…

Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a tenu hier sa conférence-débat sur la situation économique en 2019 et ses perspectives pour 2020. Il en ressort que l’année en cours devrait se terminer à l’image de son démarrage, soit sous le signe du ralentissement, alors qu’en 2020, un espoir d’amélioration de la croissance se profile sous réserve d’une saison agricole moyenne, même si certains déficits devraient persister. Décryptage.

C’est un Ahmed Lahlimi aux traits graves qui s’est présenté devant une salle comble pour présenter sa vision de la situation de l’économie nationale et ses perspectives.
Pour le haut-commissaire, et au-delà des chiffres, le pays souffre d’un manque de vision globale et cohérente sur son avenir surtout à l’aune d’un monde en proie à des bousculements profonds qui remettent en question toutes les théories économiques pratiquées depuis la révolution industrielle.
C’est sous cette grille de lecture qu’A. Lahlimi a placé le débat sur les perspectives du pays en pointant du doigt les défis structurels auxquels il fait face.
De la dépendance aux aléas climatiques qui plombe l’agriculture au financement de l’économie, en passant par le chômage et son effet direct sur l’explosion du secteur informel, A. Lahlimi a dressé un tableau sombre de la situation de l’économie nationale en manque de vigueur depuis plus d’une décennie tout en faisant appel aux forces vives pour initier un débat profond sur la conception du modèle de développement du Maroc de demain…

Une lecture confirmée par les analystes du HCP pour qui, chiffres à l’appui, les perspectives d’évolution de l’économie nationale confirment davantage la tendance baissière et moins volatile du rythme de la croissance qui reste impactée par la dépendance de la valeur ajoutée agricole aux aléas climatiques, bien qu’elle soit confortée par le développement des cultures hors céréalières.

De son côté, la dynamique des activités non agricoles n’arrive toujours pas à hisser la croissance économique nationale au niveau souhaité. Le secteur industriel, qui semble être la clé de la relance économique, peine toujours à accentuer sa part dans le PIB, et à enregistrer des valeurs ajoutées stables et incompressibles qui lui permettront de porter la croissance.

2019, année de vache maigre

Pour ce qui est projections chiffrées, la division exploratoire du HCP estime que la croissance du PIB devrait passer à 3,4% en 2020 contre 2,7% en 2019, 3% en 2018 et 4,2% en 2017. Cette reprise de la croissance est toutefois lente à cause de la dépendance des aléas climatiques, du déficit commercial structurel et de l’efficacité insuffisante des investissements publics.

Dans le détail, le secteur primaire devrait dégager une valeur ajoutée en repli de 2,1%, contribuant négativement à la croissance du Produit Intérieur Brut de -0,3 point en 2019 au lieu d’une contribution positive de 0,3 point une année auparavant.
Les activités non agricoles, devraient, de leur côté, s’accroitre de 3,2%, en légère amélioration par rapport à 2,8% enregistrée en 2018.
Ce résultat s’explique essentiellement par un accroissement des activités secondaires de 3,5% au lieu de 3% en 2018. Quant aux activités du secteur tertiaire, elles devraient progresser de 3% au lieu de 2,7% enregistré en 2018.

Au niveau du secteur secondaire, les industries de transformation poursuivraient leur reprise, affichant un taux de croissance de près de 3% en 2019.
Cette évolution serait tirée notamment par les bonnes performances de l’industrie chimique et parachimique qui devrait progresser de 5,7%, portée par la bonne tenue du secteur extractif.
Les activités des industries mécaniques, métallurgiques et électriques et suite à la baisse que connaitrait en 2019 le secteur de l’automobile au niveau mondial, devraient connaitre un ralentissement à 3% en 2019 au lieu de 6,7% en 2018.
Quant aux industries du textile et du cuir, le secteur devrait enregistrer une évolution de 3,8%, peinant toujours à dépasser ses principaux obstacles de concurrence, de contrebande et de difficultés de financement.
De même, l’industrie agroalimentaire devrait afficher un rythme de croissance modéré de 2,8% en 2019, contre une évolution de 5,2% en moyenne entre 2010 et 2014.
Le secteur du bâtiment et travaux publics devrait connaitre une légère amélioration avec une croissance de près de 1% au lieu de 0,1% en 2018, bénéficiant notamment de la poursuite des projets d’infrastructure.
Cependant, la branche du bâtiment continuerait d’éprouver des difficultés à s’extraire du régime de faible performance qui a marqué la production du logement depuis 2012.
Les impulsions apportées par la baisse des taux d’intérêt et les différents programmes d’habitat lancés par les pouvoirs publics seraient insuffisantes pour permettre l’enclenchement d’une véritable phase de reprise du secteur.
Concernant le secteur minier, sa valeur ajoutée poursuivrait sa consolidation et afficherait un taux de croissance de 3,9% en 2019 après 4,7% en 2018 et un net rebondissement de 16,5% en 2017.
Le redressement de la production de phosphate brut serait porté par la consolidation de la demande des industries locales des engrais chimiques et de l’acide phosphorique, en réponse à une demande extérieure vigoureuse.

Au niveau des activités tertiaires, les services marchands, dépendants davantage de la demande intérieure, peineraient toujours à retrouver leur dynamique de croissance d’avant 2012. Ils devraient progresser de 3% en 2019 en amélioration par rapport aux 2,4% enregistrés en moyenne entre 2013 et 2018, restant toutefois en deçà des 4,6% comme moyenne annuelle entre 2000 et 2012.
Cette amélioration des services marchands en 2019, serait portée notamment par le raffermissement des activités commerciales, des services rendus aux entreprises et des services de l’hébergement.
Les services financiers, la communication et les services de l’éducation et de la santé resteraient les composantes les moins dynamiques en 2019.
Les services fournis par les administrations publiques dégageraient quant à eux, une valeur ajoutée en hausse de 3,4% après 2,5% en 2018, en liaison avec la valorisation des salaires en 2019 dans le cadre du dialogue social.
Dans ces conditions, et compte tenu de l’évolution de 4,7% des impôts et taxes sur produits nets de subventions, la croissance économique nationale serait de 2,7% en 2019 au lieu de 3% enregistrée en 2018.
L’inflation, exprimée par le niveau général des prix, baisserait à 0,8% en 2019 au lieu de 1,1% en 2018.

Leger mieux en 2020

Pour ce qui est des perspectives économiques pour l’année 2020 , elles reposent sur un scénario moyen de la production des cultures céréalières, conforté par la consolidation des autres cultures et de l’activité de l’élevage durant la campagne 2019/2020.
Elles supposent également la reconduction de la politique budgétaire mise en vigueur en 2019 et prenant en compte la mise en œuvre de la deuxième tranche de la valorisation des salaires. Ces perspectives tiennent compte aussi de l’évolution de l’environnement international marqué par le maintien en 2020, des prix du pétrole à leur niveau de l’année en cours et par une légère amélioration de la demande mondiale adressée au Maroc.
Par ailleurs, le rythme d’accroissement des recettes voyages et celui des transferts des marocains résidents à l’étranger devraient se raffermir en 2020.

Sur la base de toutes ces hypothèses, le secteur primaire devrait connaitre une légère hausse de sa valeur ajoutée de l’ordre de 4,6% au lieu d’une baisse de 2,1% qui serait enregistrée en 2019.
Le secteur non agricole, composé des activités secondaires et des services, dégagerait de son côté une croissance de 3,1%, soit presque le même rythme qu’en 2019.

Concernant le secteur secondaire, il devrait enregistrer globalement une croissance de 3,1%. Ce résultat serait soutenu, particulièrement, par la poursuite du dynamisme de l’activité minière et par la performance de certaines branches des industries manufacturières particulièrement les industries chimiques et para-chimiques et les industries mécaniques électriques et métallurgiques.

Quant au secteur tertiaire, il devrait réaliser une croissance d’environ 3%, soit le même rythme prévu en 2019. Cette augmentation serait attribuable à l’amélioration des services marchands de 3,1% et des services des administrations publiques de 3%.

Dans ces conditions, et compte tenu d’une évolution de 4,5% des impôts et taxes sur produits nets de subventions, le Produit Intérieur Brut devrait enregistrer une croissance de 3,4% en 2020 au lieu de 2,7% prévue pour 2019.
En terme nominal, le Produit Intérieur Brut enregistrerait une progression de 4,5% au lieu de 3,5% en 2019.
Cette évolution fait ressortir une légère hausse de l’inflation mesurée par l’indice implicite du PIB dont le taux passerait de 0,8% en 2019 à 1% en 2020.
Dans ces conditions, et en tenant compte de l’évolution de la population active et de la quasi-stagnation des créations nettes d’emploi, le taux de chômage devrait augmenter à 10% en 2019 après avoir été de 9,8% en 2018 avant de baisser à 9,9% en 2020.

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