Changer de cap !

Changer de cap !
Quelques semaines seulement nous séparent, dans leur tumulte, de la fin d’année. Poussant les Marocains à se projeter déjà en 2017, année qui verra la crise politico-institutionnelle dépassée… Mais sous quelles couleurs et à quel prix ?
Le fait est que tout le remue ménage créé autour de la composition du gouvernement, avec le leader islamiste comme chef de gouvernement désigné, ne déboussole en rien un peuple qui aspire à plus de justice et d’équité sur les plans aussi bien social qu’économique. Un peuple qui voit d’un mauvais œil comment sont lancés, en cette période « creuse », des ballons d’essai sur l’opportunité d’opérer des reculs sur des acquis pour lesquels les forces vives s’étaient massivement mobilisées hier : gratuité de l’enseignement, accès aux soins, etc. Car le train de la libéralisation, poussif dès lors qu’il est question des impératifs politiques qui appellent à des réformes singulières susceptibles de mettre le pays définitivement sur la voie d’une démocratisation effective, s’emballe inexorablement dès lors qu’il est question de l’économie et du social. N’a-t-on pas vu, sous le précédent gouvernement Benkirane, comment des réformes iniques sont menées, à sens unique, alors que les portes du dialogue social n’ont été entrouvertes que pour être définitivement fermées ? Pourtant, un gouvernement ne peut se targuer de « succès » que si assentiment il y a des divers corps intermédiaires. Ni les Centrales syndicales ni le Patronat n’ont bénéficié de l’estime du aux partenaires sociaux. Dès lors, les résultats sont visibles à l’œil nu : les pauvres s’appauvrissent et les riches s’enrichissent davantage. Scandaleuse progression !
Le pire c’est que l’ascenseur social, en panne, prédispose de larges couches sociales à la précarité. Autant dire que le modèle économique, pour lequel il y’en a qui applaudissent des deux mains, est loin d’être aussi inclusif qu’espéré. Et il n’y a pas pire, pour un pays, que de voir le déclassement en marche. Car il est source de danger pour une paix sociale qui vacille déjà.
S’il est loisible d’affirmer que le pays n’est pas pauvre en gestionnaires, la technostructure est là pour gérer les affaires courantes, il n’en reste pas moins que le déficit existe au niveau des visionnaires. Ceux qui sont sensés, dans le rangs des politiques, fixer un cap, et nourrir une aspiration, un rêve mobilisateur pour tous les Marocains. L’espoir est ténu de voir percer un gouvernement qui allierait dans un bel ensemble et les gestionnaires et les visionnaires. Car le pays a plus besoin que jamais de changer de modèle économique. Comme de focale. Et dans cette affaire, éminemment politique puisque exigeant nombre d’arbitrages, toute improvisation doit être bannie au profit d’un projet rassembleur où toutes les parties y trouveraient leurs comptes. La logique de facilité qui consiste « à privatiser les profits et à socialiser les pertes » doit être abandonnée au profit d’une autre où tout le monde serait « gagnant-gagnant». C’est à ce prix là que la crête d’une réelle croissance, inclusive, pourrait émerger dans un espace condamné à vivre au rythme de la défiance. Une défiance qui prend de multiples formes alliant basculement dans l’extrémisme et toutes les formes de la délinquance sociale et économique. L’affaire est donc de salut publique !
Encore heureux que la pluviométrie soit de la partie en cette saison. Cela au moins pourrait rassurer quant à la bonne tenue de la campagne agricole en cours. Mais même pour ce dossier, éminemment socio-économique, une rupture doit être négociée suffisamment tôt pour éviter toute improvisation dans l’urgence. D’autant plus que tout le monde convient que le pays a déjà basculé dans le stress hydrique. Avec les répercussions que cette réalité charrie dans son sillage. Ce n’est donc pas pour rien que la COP 22 a été organisée dans le Royaume. A charge pour nous Marocains de trouver les solutions susceptibles de prémunir le pays des effets dévastateurs induits par les changements climatiques.
Tant qu’il y a la vie, il y a de l’espoir.

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