Colère en Haïti : Le souffle du dégagisme plane sur Port-au-Prince

Colère en Haïti Le souffle du dégagisme plane sur Port-au-Prince
Colère en Haïti Le souffle du dégagisme plane sur Port-au-Prince


Haïti a renoué mardi 12 février avec des scènes de chaos. Au moins six personnes ont trouvé la mort depuis le début de la contestation jeudi, contre le Président Jovenel Moïse, dont les manifestants exigent le départ. Celui-ci est resté muet alors que la protestation prend de l’ampleur dans tout le pays.


Depuis la mobilisation nationale de l’opposition le 7 février, marquant les deux ans du mandat présidentiel de J. Moïse, des manifestations spontanées ont gagné les principaux centres urbains ces derniers jours. C’était notamment le cas mardi à Port-au-Prince, la capitale, où des voitures ont été incendiées et des magasins pillés.


Des affrontements entre la police et des centaines de manifestants des quartiers populaires ont également eu lieu alors que les opposants les plus déterminés ont exprimé avec rage leur frustration contre les inégalités sociales grandissantes, aggravées par la corruption systémique. « Nous demandons à la police nationale d’arrêter Jovenel Moïse car il représente un danger et une menace pour la vie de chaque Haïtien », a lancé lundi à l’AFP André Michel, une des principales figures de l’opposition.
Mardi, un jeune homme a été tué par balle à un carrefour proche du palais présidentiel. La police n’a fourni un bilan des pertes en vies humaines qu’après la première journée de mobilisation nationale de l’opposition, le 7 février : deux personnes avaient alors trouvé la mort. Depuis, quatre autres morts par balle ont été recensés par les journalistes de l’Agence France-Presse (AFP).


Par ailleurs, les 78 détenus de la prison d’Aquin, une petite ville sur la côte sud, se sont évadés mardi à la mi-journée, a confirmé le porte-parole de la police nationale d’Haïti. Les circonstances exactes de l’évasion ne sont pas encore déterminées. Selon les témoins, un rassemblement contre l’exécutif avait lieu devant le commissariat jouxtant l’établissement pénitentiaire.
La colère populaire s’intensifie avec l’aggravation des difficultés économiques subies par la majorité pauvre. Face à l’inflation, qui dépasse les 15 % depuis deux ans, la première des revendications des manifestants est de pouvoir manger à leur faim. Lors de la campagne électorale, J. Moïse avait promis qu’il mettrait « à manger dans toutes les assiettes et de l’argent dans les poches ». Des promesses, jusqu’ici, non tenues.
La frustration populaire a été exacerbée par la publication, fin janvier, d’un rapport de la Cour supérieure des comptes sur la gestion calamiteuse et les possibles détournements des fonds prêtés depuis 2008 par le Venezuela à Haïti pour financer son développement. Une quinzaine d’anciens ministres et hauts fonctionnaires sont épinglés. De même qu’une entreprise dirigée à l’époque par l’actuel Président, identifiée comme bénéficiaire de fonds pour un projet de construction d’une route sans signature de contrat.


Face à cet audit, à la colère populaire et aux violences, le pouvoir exécutif s’enfonce dans un mutisme troublant. Seul le secrétaire d’Etat à la communication a publié une note de presse en créole sur Twitter lundi matin. « Le gouvernement reconnaît le droit de toute personne à manifester et exprimer ses droits selon la loi mais piller des magasins, bloquer la rue, brûler des pneus, briser les vitres des voitures et jeter de l’huile sur la chaussée n’entre pas dans ce cadre », a écrit Eddy Jackson Alexis.
Lundi soir, les associations du secteur privé ont déploré, via une note de presse, « une colère populaire légitime qui est malheureusement orientée à tort vers les entreprises qui créent des emplois » et souhaitent l’instauration d’un dialogue entre acteurs politiques. Les évêques catholiques en appellent également « à la conscience citoyenne des différentes parties en vue d’une décision patriotique », selon leur note de presse publiée lundi soir.
Face à la dégradation de la situation en Haïti, Washington a ordonné mardi à tous les enfants du personnel diplomatique de l’ambassade des Etats-Unis de quitter le territoire. Dans son communiqué, le département d’Etat approuve également le départ du personnel non essentiel et des membres adultes des familles de personnel américain.


Dimanche le Core Group (composé de représentants des Nations unies, de l’Union européenne et de l’Organisation des Etats américains ainsi que des ambassades d’Allemagne, du Brésil, du Canada, de la France, des Etats-Unis et de l’Espagne) a déploré « les pertes de vies humaines et les dégâts matériels occasionnés par les inacceptables actes de violences qui ont eu lieu en marge des rassemblements », dans un communiqué.

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