Compétitivité Africaine : Mal partie ?

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L’Afrique a mal à sa compétitivité. Le Continent affiche, certes, une croissance économique soutenue depuis 15 ans. Et sa démographie galopante promet l’émergence d’un vaste marché de consommateurs et d’une main-d’œuvre sans précédent. Cependant, la productivité dans tous les secteurs est en constante stagnation en raison de la faiblesse des moteurs de la compétitivité.

Sur les 15 dernières années, la forte croissance économique de nombre de pays africains a de quoi faire pâlir nombre de puissantes économies. N’empêche, tout n’est pas rose sur le Continent Noir confronté à d’innombrables difficultés pour asseoir sa compétitivité. Assez mitigée, cette réalité n’en confirme pas moins le caractère distinctif d’un Continent qui s’affirme comme l’une des dernières frontières du développement. De meilleures performances macroéconomiques sont affichées parallèlement à une plus grande stabilité et une gouvernance plus saine. Plus, le Continent est également à la pointe des réformes visant à améliorer le cadre des affaires. Selon un rapport rendu public au Cap, en Afrique du Sud, à l’occasion de la 25è session du Forum Economique Mondial (WEF) 2015 sur l’Afrique, en dépit d’une croissance économique élevée, le Continent souffre d’une stagnation de la compétitivité qui complique les efforts visant à réaliser une croissance inclusive et soutenue rendant les perspectives d’une croissance durable vulnérables face au manque de conditions favorisant l’émergence d’économies compétitives et productives. Le Nigéria, 1ère économie africaine en termes de PIB, est l’exemple typique de ce déphasage. Cette puissance économique perd 7 positions pour se retrouver au 127e rang mondial des économies compétitives. Ce rapport biannuel intitulé «transformer les économies africaines», fournie des données exhaustives tirées de l’Indice Mondial de la Compétitivité (GCI) avec des études approfondies de la performance de secteurs clefs, dont l’agriculture et les services. Ainsi et prenant en compte la population jeune et croissante du continent, les secteurs qui emploient le plus de main d’œuvre doivent jouer un rôle plus important dans la transformation économique du continent, lit-on dans le rapport, qui relève que le secteur des services ne peut pas, à lui seul, tirer la croissance économique dans le continent en termes de PIB et d’emplois. La croissance économique doit être fondée, spécifie-t-on, sur des bases solides, à savoir des institutions fortes, des infrastructures appropriées et des investissements plus accrus ciblant les secteurs de la santé, de l’éducation et des compétences.
Le rapport relève que le faible niveau de compétitivité rend les économies du continent vulnérables aux chocs externes, comme le ralentissement de la croissance dans les pays émergents et la hausse des cours des produits pétroliers. A moyen terme, cette faiblesse remet en question la capacité du continent à relever le défi de la croissance démographique, lit-on dans le document, rappelant que la population du continent de plus de 1 milliards d’âmes offre un large marché qu’il faut exploiter. Il est crucial de renforcer la compétitivité des économies africaines pour leur permettre de bénéficier de ce marché et, partant, générer des emplois nécessaires pour les jeunes, indique le WEF qui soulève nombre de questions liées à la mise en place, par les décideurs africains, des fondamentaux à même de maintenir le cap sur une croissance forte et durable.

Transformer les économies
Bien que d’autres régions aient privilégié l’expansion du secteur manufacturier comme ressort du développement économique, l’Afrique a suivi un tout autre chemin. Alors que l’agriculture continue d’employer plus de la moitié de la population, elle est lentement remplacée par un secteur des services en plein essor. Il représente désormais plus de 50 % du PIB. Cette évolution s’observe en grande partie dans le secteur des services marchands, – notamment le commerce de détail, la distribution et d’autres activités commerciales-, qui emploie 25 % de la population en âge de travailler. Mais il existe des possibilités d’accroître la productivité de la main-d’œuvre aussi bien dans le secteur agricole que dans celui des services marchands vers lequel bascule la grande majorité de la main-d’œuvre agricole. Le rapport définit les leviers les plus importants pour relever les défis qui interpellent le continent. Il s’agira en premier lieux de développer l’infrastructure de transport et des TIC, dans le sens ou l’augmentation des dépenses consacrées aux infrastructures rurales permettra de réduire la dépendance à l’égard de l’agriculture fluviale en soutenant l’irrigation intensive, en renforçant la résilience face au changement climatique et en améliorant l’accès aux marchés pour les intrants intermédiaires et les produits agricoles. Un tel processus contribuera à débloquer le commerce (intra-)africain et la participation aux chaînes de valeur régionales et mondiales. L’infrastructure TIC est aussi capitale pour la fourniture de services au niveau national et d’un pays à l’autre. Autre point cardinal, renforcer la qualité de l’enseignement. Car même si le continent a accompli des avancées considérables dans le domaine de l’accès à l’enseignement primaire, les taux de scolarisation restent désespérément bas dans le secondaire. Le rapport va plus loin en incitant à la réduction des barrières commerciales qui, au-delà du piteux état de l’infrastructure physique et du niveau élevé des tarifs, représentent 60 à 90 % des coûts du commerce via des mesures non tarifaires. Ceci sans parler de la nécessité de la simplification des procédures d’import-export. Enfin, le rapport préconise un renforcement du cadre réglementaire, qui demeure loin des standards internationaux, afin que l’économie africaine puisse participer aux chaînes de valeur mondiales. Participation qui ne manquera pas de contribuer à accroître la productivité, renforcer les compétences et diversifier les exportations.

Leader maghrébin
Pour ce qui est du Maroc, toujours selon ce rapport qui reprend le classement du WEF (World Economic Forum), il se place en tête en Afrique du Nord. Dans le classement général, le Royaume ressort en 4ème position en Afrique et leader au Maghreb. Capitalisant ainsi sur nombre d’indicateurs pris en compte tels la mise à niveau des infrastructures de base (55ème position) et de l’enseignement primaire (105ème rang), la généralisation de la couverture médicale (AMO et RAMED) et l’accroissement de l’espérance de vie (92ème place), l’amélioration de l’environnement macroéconomique et la maîtrise du Déficit Budgétaire (113 position), l’appréciation du taux de couverture des importations par les exportations à 58,8% à fin avril 2015 (69ème rang) et de la part du Commerce Extérieur dans le PIB (86ème place) ; la diversification réussie de l’économie et son rôle dans l’augmentation des exportations et des IDE (10ème place) ; les efforts entrepris en matière de diminution des barrières tarifaires, de politique de la concurrence et de protection de la propriété intellectuelle (41ème place), le renforcement de la solidité du système bancaire (42ème place) et l’amélioration de l’accès au crédit (46ème rang) et à l’accès aux services financiers (59ème position). Néanmoins et, à l’instar de plusieurs pays africains, la lourdeur du commerce transfrontalier continue à pénaliser le Royaume. Idem pour l’enseignement supérieur et l’emploi qui se contentent de la 104ème et de la 111ème position dans le classement mondial. Dans ce sens, le Maroc devrait se focaliser sur les synergies entre emploi et système éducatif pour assurer une meilleure adéquation entre les formations et les besoins du marché du travail. Il devrait aussi fournir des efforts notamment en matière d’accès au financement, de la formation de la main d’œuvre qui demeure inadéquate, d’infrastructures, de réglementations du travail et de lutte contre la corruption. Que de chantiers ouverts !

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