Conserves de poisson: Un secteur qui se mord la queue ?

Conserves de poisson: Un secteur qui se mord la queue ?
Conserves de poisson: Un secteur qui se mord la queue ?

L’industrie de la conserve de poisson est l’une des plus vielles au Maroc. C’est ce qui explique, dans une large mesure, la répartition des 45 unités dans diverses villes qui donnent toutes sur la façade atlantique. Eparpillées entre Casablanca, Mohammedia, Safi, Essaouira, Agadir, Tan-Tan, Laayoune et Dakhla, ces unités assurent 100.000 emplois directs et 26.000 indirects.

Si ce pan de l’industrie de valorisation des produits de la mer (sardines, maquereaux et thon) réalise un chiffre d’affaires à l’export estimé à plus de 4,6 milliards de Dh, une partie de sa production est aussi écoulée sur le marché local. Un autre ordre de grandeur permet de restituer l’image d’une industrie qui ne demande qu’à se développer davantage : bon an mal an, le poids des conserves de poisson pèse entre 18 à 20% dans la balance commerciale des produits alimentaires à l’export. La « Sardina Pilchardus Walbaum », fort appréciée pour son goût, a de l’avenir devant elle. Pour peu que l’intendance suive. Car là aussi, les unités ne tournent qu’à 50% de leurs capacités. Malgré les engagements pris par le département de tutelle pour garantir à cette industrie un approvisionnement régulier et de qualité. Et même en obligeant les flottes russe et celle de l’UE à débarquer une partie de leurs prises dans les ports nationaux, l’industrie juge « impossible » d’y recourir tant la matière est proposée à des prix prohibitifs.

En tout cas, les faiblesses établies lors du diagnostic du secteur ne laissent aucun doute possible : la qualité du poisson débarqué reste aléatoire. Et la définition du «poisson industriel» n’a fait qu’encourager la course à la quantité au détriment de la qualité du poisson débarqué. A cela se greffent d’autres problèmes qui ne laissent pas les opérateurs insensibles. Comme l’obsolescence de la réglementation en vigueur et le caractère onéreux de la couverture export par les assurances locales…

Comment dès lors faire pour résister face à la montée en puissance de nouveaux concurrents latino-américains ou du sud-est asiatique? Difficile à prévoir l’issue de cette bataille commerciale. Alors que le secteur dépend de multinationales pour la fourniture des emballages primaires et secondaires (une situation de quasi-monopole), subit l’absence d’une industrie du design d’emballages innovants et souffre de l’absence d’une véritable stratégie commerciale et de marketing au niveau local comme à l’international…
Le secteur est-il entrain de se mordre la queue? La question a de quoi donner le haut le cœur aux professionnels. Mais puisque cette industrie a résisté au temps, les opérateurs ne baissent pas les bras. Pour une sortie de crise, ils proposent à ce que les approvisionnements des conserveries atteignent le seuil des 80% de leurs capacités, comme promis dans la stratégie Halieutis. Surtout que seule une poignée d’entreprises ont bénéficié de l’appel à manifestation d’intérêt pour l’approvisionnement d’appoint des usines. Pallier au déficit de la matière première pourrait prendre la forme de contrats directs entre armateurs et industriels en faisant bénéficier ces derniers de quotas de pêche. Pareille proposition s’avère judicieuse aux yeux des conserveurs puisqu’elle est appelée à favoriser la bonne gestion de la pêcherie, une assurance pour la valorisation des produits pêchés et l’amélioration de la qualité des captures. Cette offre « trois en un» n’exclut pas, non plus, l’application de la loi sur la libéralisation du « poisson industriel ». Plus, pour tirer vers le haut l’armement de la pêche côtière, les industriels revendiquent le droit à un accès partiel et direct à la ressource. La dynamique d’émulation pourrait s’avérer vertueuse sachant que les professionnels s’engagent à continuer à s’approvisionner auprès de la flotte traditionnelle.

Bien entendu, l’intégration verticale (pêche-industrie) est vivement sollicitée. Au même titre que la généralisation des mesures incitatives et autres avantages accordés aux unités nouvelles aux unités existantes, notamment pour ce qui est de l’accès à la ressource.

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