Course à la présidence du PAM: Une
Course à la présidence du PAM: Une "démakhzénisation" en marche ?

À moins de deux semaines de la tenue du 4ème congrès national du Parti authenticité et modernité (PAM) dont les préparatifs ont failli faire imploser le parti, la course à la direction du traceur est lancée.
Après Mohamed Cheikh Biadillah, c’est au tour du tonitruant Abdellatif Ouahbi de faire un plaidoyer pro domo. En se faisant l’avocat d’une démakhzénisation du parti.

Sans grande surprise, Abdellatif Ouahbi a ainsi annoncé, jeudi dernier, sa candidature au secrétariat général du PAM, dont le congrès se tiendra du 7 au 9 février prochain.
En réalité, tout le monde voyait venir la candidature de l’avocat qui a pris la tête du groupe frondeur «Appel de l’avenir» opposé au secrétaire général actuel Hakim Benchamach.
Par contre, il était difficile d’imaginer celle de Mohamed Cheikh Biadillah pour la simple et bonne raison qu’il avait déjà occupé ce poste en 2009, au lendemain de la création de ce parti par l’ami du roi Fouad Ali El Himma.
C. Biadillah, 70 ans, médecin originaire des provinces sahariennes, compte derrière lui une carrière politique bien remplie (plus de 40 ans) durant laquelle il a occupé plusieurs postes de responsabilités dont ceux de gouverneur, de wali, de ministre, et de président de la chambre des conseillers.
Si ce dernier peut compter sur son âge et sa longue carrière pour faire figure d’un sage, d’un homme politique expérimenté et de rassembleur, sa proximité avec les hommes du Makhzen et du Président sortant décrié pourrait le desservir.
De plus, depuis l’annonce de sa candidature, il y a presque un mois, il n’a pipé mot, du moins publiquement, sur ses intentions une nouvelle fois à la tête du parti. Renvoyant de la sorte l’image d’un homme du passé et de la vieille garde du tracteur d’autant qu’il a choisi de mener une campagne quasi confidentielle au sein du parti, contrairement à son rival qui a préféré étaler les grandes lignes de son projet pour le PAM par voie de presse.

Fait inédit dans les traditions partisanes au Maroc, A. Ouahbi a choisi de tenir une conférence de presse pour annoncer sa candidature, exposer sa vision d’un parti «décomplexé», sans lien avec certains cercles du Makhzen et surtout pour convaincre les PAMistes de la nécessité de relancer le parti sur de nouvelles bases organisationnelles et politiques.
Fort de l’échec du procès intenté par le secrétaire général sortant contre la légitimité du président de la commission préparatoire du congrès, ce «jeune loup» pourrait compter sur le soutien de ce dernier et d’autres membres influents du courant de l’Appel du futur comme la présidente du Conseil national du parti, Fatima Zohra Mansouri.
Des soutiens dont il aura fortement besoin, car ce qu’il propose n’est, ni plus ni moins, qu’une nouvelle vision politique.
L’objectif étant de «faire du congrès», pour ne pas dire de son élection, «une seconde naissance de notre rêve de démocratie, de développement et de prospérité de notre peuple». Mais pour ce faire, il s’agit pour le PAM de «procéder à une profonde autocritique, à tous les niveaux, organisationnel, politique et idéologique».
À cet effet, A. Ouahbi a rendu public une feuille de route portant essentiellement sur les volets organisationnels, de gestion des différends au sein du parti, la question idéologique et celle des rapports avec les autres forces politiques.
Revenant sur le contexte dans lequel le PAM a été créé, le député-avocat n’est pas allé par quatre chemins pour rappeler que «les fondateurs du parti et l’ensemble de ses militants ont quelque peu exagéré la volonté positive de l’État envers la question de la démocratie», ce qui a laissé place, selon lui, à une confusion auprès de l’opinion publique et des démocrates entre les positions du parti et la politique officielle de l’État.

L’ambiguïté Makhzen

Il est même allé jusqu’à reconnaître que «certains d’entre nous (membres du PAM) ont profité de cette situation ambiguë» liée aux conditions qui ont vu naître le parti, une ambiguïté qui s’est «amplifiée lors des revendications démocratiques du printemps arabe au Maroc. Ce qui a nui à l’image du parti».
«En un mot, la situation qui a accompagné la naissance du parti ainsi que le comportement de certains de nos militants» ont contribué à «faire de l’idée de la création de notre parti et de son projet moderniste démocratique comme étant celle de l’État, ce qui a empêché le parti de s’enraciner dans les milieux de la jeunesse et des démocrates dans la société marocaine», soutient A. Ouahbi.
Pour lui, «pire encore, ceci a également nui à la démocratie interne» du PAM, devenu un «porte-voix des initiatives de l’État et le défenseur de sa politique», en ce sens que la direction du parti a eu tendance à s’éloigner de la base du parti qui, à son tour, s’est installée dans «une paresse organisationnelle et idéologique».
Ouahbi, qui a également relevé la propagation des phénomènes du clientélisme et de l’opportunisme au sein du parti, estime, par ailleurs, que la direction du parti a «un devoir moral démocratique» de considérer la différence des points de vue au sein du PAM comme positive et d’empêcher le parti de tomber dans «la dictature de la majorité» qui pourrait conduire à l’exclusion et à imposer la pensée unique, phénomène qui a débouché sur la mort de nombreuses forces de droite comme de gauche dans l’histoire politique récente.
Si le PAM a choisi de «militer pour la modernité» qui ne peut se traduire dans la réalité sans la consécration de la démocratie, le candidat voudrait que le prochain congrès soit le début de la réflexion et d’un «débat sérieux» afin de parvenir à une vision qui soit une référence «intellectuelle et idéologique» pour l’action politique du parti au sein de la société et servira aussi de nouer des alliances avec d’autres formations.
Concernant cette dernière question, A. Ouahbi a tenu à rappeler que le PAM a réduit à ce jour son existence à être contre le Parti justice et développement (PJD), sans jamais se soucier d’étendre la portée de sa lutte et de diversifier ses alliances.
«Les démocrates ne sont pas toujours là où nous les attendions, et les ennemis de la modernité et de la démocratie au Maroc portent plus d’un masque» pour le candidat à la direction du PAM qui estime qu’il est plus judicieux de traiter avec rigueur et sans tabous la question des alliances, «la politique étant un champ en constante évolution et les alliances n’étant jamais sacrées».
Il a même soutenu, en réponse aux questions des journalistes qu’il n’avait pas de lignes rouges quant à une probable alliance avec le PJD à l’avenir.
Soucieux de se démarquer des autres formations désignées sous l’étiquette «partis de l’administration», dont le Rassemblement national des indépendants (RNI), il n’a pas manqué, non plus, d’appeler les dirigeants RNIstes à faire preuve de respect à l’égard du PAM.

Les congressistes feront-ils leur une telle plateforme politique?
Une question qui n’occulte en rien celle qui a trait à l’unité du parti après l’élection de l’un ou de l’autres des deux candidats en course pour la présidence…

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