La course à la Maison Blanche entre Clinton et Trump

La course à la Maison Blanche entre Clinton et Trump
Pourquoi le monde retient son souffle
Fin des primaires ou presque au pays de l’Oncle Sam. Les candidats à la présidentielle américaine dont l’enjeu dépasse les seules frontières de l’Empire sont désormais connus ; Hillary Clinton côté démocrate, Donald Trump, côté Républicains. La dernière étape de la course, prévue le 8 novembre, permettra d’y voir un peu plus clair dans cette course d’obstacles qui s’annonce à deux : une candidate démocrate face à un rival androgyne républicain.
Dans le rang démocrate, il faut croire que le Président Obama a d’ores et déjà « tranché » dans le vif en lançant son fameux « I’m with her » pour cautionner la candidature de Clinton qui a toutes les chances de remporter la primaire très symbolique de Washington DC. Le locataire de la Maison Blanche lui ayant pavé la voie en recevant Bernie Sanders pour le convaincre de « laisser tomber » sa candidature, les jeux étant faits. Pas décidé à lâcher le morceau, Sanders a fait des signes qui ne trompent pas: après avoir assuré, à l’issue des derniers scrutins, qu’il ferait «tout» pour empêcher l’élection de Trump, il a déclaré à l’issue de son entretien avec Obama qu’il voulait rapidement rencontrer Clinton «pour voir comment nous pouvons travailler ensemble afin de vaincre Donald Trump et de créer un gouvernement qui nous représente tous».
Les dès sont jetés
Voilà qui permet à nombre de médias américains de souligner que dans le camp démocrate, Hillary Clinton sortira vainqueur face à Bernie Sanders. Son avance en nombre de délégués est telle que les résultats de cet énième «Super Tuesday» importent assez peu, en tout cas sur le plan mathématique. Sauf coup de théâtre judiciaire dans l’affaire de ses emails privés ou improbable retournement de veste des superdélégués en faveur de son rival, l’ancienne secrétaire d’Etat sera investie lors de la convention démocrate, fin juillet. Puis défiera le magnat de l’immobilier Donald Trump le 8 novembre. Même si elle sort fragilisée de sa campagne, la projection de l’image qu’elle s’est construite en 2015 comme « championne des Américains ordinaires» n’arrivant toujours pas à émousser celle qu’elle personnifie comme un politicienne de la caste, « froide, calculatrice et avide de pouvoir ». Cela explique le plongeon de sa cote de popularité, supérieure à 50% début 2015, à 37% d’opinions favorables, soit à peine mieux que Donald Trump (34%). Bernie Sanders a révélé la fracture profonde qui divise l’électorat démocrate entre la gauche progressiste, à qui le sénateur du Vermont a donné une voix, et le centre modéré, qu’Hillary Clinton prévoyait d’incarner. Fracture générationnelle, aussi, entre l’élite vieillissante du parti et une jeunesse de gauche de plus en plus antisystème.
Quant au milliardaire new-yorkais, sa campagne se poursuit comme elle a commencé avec des insultes contre des journalistes et, surtout, ses attaques à répétition contre un juge de San Diego, qui préside le procès pour escroquerie contre l’université Trump. Donald Trump accuse le magistrat américain d’origine mexicaine d’être partial en raison de son «héritage». Des accusations vivement critiquées, y compris dans son propre camp. N’empêche, le parti républicain se met en ordre de marche derrière le milliardaire. Les partisans du «Never Trump» («Jamais Trump»), qui espéraient fomenter une candidature indépendante, semblent avoir perdu la mise. Le président républicain de la Chambre des représentants, Paul Ryan, s’est finalement rallié à Trump pour éviter à tout prix une présidence Clinton.
Hillary Clinton a durci le ton en animant, récemment, un discours sur la diplomatie US. «Faire de Donald Trump notre commandant en chef serait une erreur historique», a-t-elle martelé, montant en épingle son «ignorance» et ses positions «dangereusement incohérentes». Entre les deux candidats, La bataille promet d’être épique. Voire même «Nasty», comme les Américains évoquent la saleté. Les dès sont jetés.
Les démons de l’Empire
Dans le camp de B. Sander, ils sont nombreux à craindre que l’élection d’Hillary Clinton ne conduise à l’application de la politique belliciste des néo-conservateurs. Encore faut-il souligner qu’une sorte d’unanimité s’est faite jour sur l’état des Etats-Unis comme sur le panel de candidats qui s’offre aux électeurs. Une sélection du pire des candidats pour le pire des mondes possibles.
De nombreux analystes laissent entendre que les néoconservateurs voient en Clinton leur cheval de Troie à la Maison-Blanche. Dans la perspective de Clinton présidente, son entourage sera composé d’une équipe de néoconservateurs qui contrôleraient la diplomatie américaine pour en faire l’outil des stratégies de « changement de régimes » au Moyen-Orient, de « révolutions de couleurs» sur les continents sud-américain et africain et d’intensifier la « guerre froide » vis-à-vis de la Russie.
Les démons de l’Empire venderaient les scenarï du pire : coup de grâce final au régime syrien; sanctions contre l’Iran afin de pousser Téhéran à abandonner l’accord nucléaire; large déploiement de troupes américaines à la frontière russe et pour une intégration de l’Ukraine dans la structure militaire de l’OTAN. Cela sans parler du retour en force des complots en Amérique Latine, pour éliminer les régimes progressistes, et des coups bas en Afrique… Et encore moins du durcissement face à la Chine.
La question qui se pose serait de savoir si Hillary Clinton dispose de l’épaisseur de sagesse nécessaire pour résister au déploiement d’une politique guerrière. Surtout que le président Barack Obama s’est trouvé assailli par de multiples pressions militaristes auxquelles il n’a pas, toutes, plié…
Face à la toute-puissance des néoconservateurs sur la diplomatie américaine – particulièrement au sein de l’administration du département d’État, des grands médias et des think tanks importants – Clinton sera harcelée par la multiplicité de projets « va-t-en guerre » émanant à la fois de l’extérieur de son administration et de son propre camp.
Déjà, des néoconservateurs influents, tel que Robert Kagan de la Brookings Institution, ne cachent pas qu’ils escomptent avoir une influence non négligeable sur la diplomatie de Clinton. Kagan, qui s’est repositionné lui-même comme un « libéral interventionniste », affiche son soutien à Clinton qui l’avait nommé au Conseil consultatif du département d’État. A Washington la rumeur court quant à l’épouse néoconservatrice de Kagan, Victoria Nuland, secrétaire d’État adjointe pour l’Europe, une autre protégée de Clinton et l’architecte du « changement de régime » en Ukraine, en lice pour une haute fonction diplomatique dans l’administration Clinton.Tout au long de son parcours comme sénatrice et secrétaire d’État, Clinton a cautionné les solutions radicales de « changement de régime» : invasion de l’Irak en 2003, coup d’État au Honduras en 2009, guerre aérienne en Libye en 2011, guerre civile en Syrie depuis 2011. Si elle ne s’est pas faite le chantre de l’escalade des conflits, comme en Afghanistan et en Iran… Ce qui tranche, nettement, avec la politique d’Obama.Les néoconservateurs n’ont jamais abandonné leurs rêves de renverser les gouvernements moyen-orientaux qu’Israël a inscrits sur sa liste d’ennemis. L’Irak était seulement le premier. Les suivants furent la Syrie et l’Iran avec l’idée qu’en installant des dirigeants pro-israéliens dans ces pays, les ennemis frontaliers d’Israël – Hezbollah au Liban, Hamas et autres groupes militants palestiniens – pourraient être isolés et écrasés. Voilà qui éclaire d’un jour nouveau la sortie de Clinton devant l’AIPAC en soulignant devant le puissant lobby juif qu’en cas de victoire, le premier hôte étranger qu’elle invitera à la Maison Blanche ne serait autre que le Chef du gouvernement d’Israël… La messe est dite.

 

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