Croissance bloquée, selon la BAD : Disqualification humaine

En vue de comprendre les difficultés de l’économie marocaine à s’inscrire dans une trajectoire de croissance forte et durable, et à la demande du gouvernement,  la BAD  a tenté d’examiner, à travers une étude pour le MCC, les limites inhérentes au modèle de croissance suivi par le pays. Au-delà des paradoxes soulevés par cette étude, le capital humain ressort  de loin comme la première cause de défaillance de l’économie du pays.

La Banque africaine de développement (BAD) avec le Millenium Challenge Corporation (MCC) ont procédé à une étude exhaustive des faiblesses et des atouts qui caractérisent l’économie du pays. Intitulée « Diagnostic de croissance du Maroc – Analyse des contraintes à une croissance large et inclusive », l’étude note que l’économie marocaine doit faire sa mue pour corriger ses faiblesses. D’emblée, le rapport souligne la volatilité dont souffre la croissance marocaine, liée à la concentration de la production dans un petit nombre de secteurs, à savoir celui des matières premières et le secteur agricole qui sont fortement dépendants des marchés mondiaux et des aléas climatiques, ou encore à l’absence de création significative de valeur ajoutée dans les branches de produits industriels ce qui constitue probablement un obstacle au passage à un stade de développement supérieur. Le rapport revient aussi sur les trois paradoxes qui caractérisent l’économie du pays. Primo, son taux de croissance qui demeure en deçà de son potentiel, et principalement nourrie par la consommation (publique et privée), alors même que le Maroc peut se targuer d’afficher un taux d’investissement parmi les plus élevés au monde (31,7 pour cent du PIB en 2012). Secundo, la transformation structurelle de l’économie reste lente, en dépit de ce taux d’investissement à deux chiffres. Enfin, le secteur privé souffre d’un manque de dynamisme comme en témoignent le poids important du secteur informel, l’importance de la part des PME et leur incapacité à se hisser à des niveaux supérieurs, la maigre part du secteur privé dans l’investissement global, la faible diversification sectorielle des investissements, et l’afflux limité des investissements directs étrangers, porteurs de modernité et de dynamisme. Aussi et malgré la résilience affichée ces dernières années, le modèle de croissance du pays a atteint ses limites et, selon ce rapport, il est désormais urgent de le repenser si l’on veut tirer le maximum de profits des potentialités du pays dont notamment, son dividende démographique non encore suffisamment valorisé.

L’heure des réformes
Après le constat, l’étude recommande aux autorités de procéder aux réformes nécessaires pour la viabilité de l’économie marocaine. Dans ce sens, et pour remédier à ces faiblesses, le pays doit procéder à des réformes sur deux ensembles de contraintes majeures qui entravent une croissance qui doit d’être portée par le secteur privé. La première est liée au capital humain qui, malgré les efforts déployés par les autorités pour améliorer le système d’enseignement et de formation, constitue toujours le maillon faible. Le pays affiche des taux et une durée moyenne de scolarisation insuffisants au regard de son niveau moyen de revenu. Du coup, la main d’œuvre marocaine, pas assez qualifiée, n’offre pas assez de compétences avérées ou spécialisées – ce dont pâtit le secteur privé. En plus de l’insuffisance en capital humain qualifié, l’inadéquation entre les formations proposées par le système d’éducation et de formation et les besoins des entreprises est l’un des facteurs ayant un impact négatif sur la croissance économique et l’employabilité des jeunes diplômés. Dès lors, la réforme du système d’enseignement devient une priorité et l’investissement dans l’enseignement secondaire professionnel serait une condition pour promouvoir une croissance durable. Le deuxième type de contraintes qui entravent la croissance se situe à un niveau micro-économique, qui conjugue un système judiciaire lent, un système fiscal perçu comme peu lisible et relativement lourd, un foncier difficile d’accès et une réglementation du marché du travail contraignante. Aussi, l’accélération des réformes structurelles dans le domaine judiciaire, foncier et fiscal est essentielle pour promouvoir l’investissement privé et donner plus de confiance aux investisseurs. Enfin, pour asseoir une croissance durable qui profite à tous, l’étude note que le pays doit impérativement améliorer l’accès aux services de santé et développer les infrastructures dans les zones rurales enclavées et faire en sorte que les ressources en eau et en énergie y soient mieux gérées pour perdurer.
Plus d’innovation et de coordination
L’économie marocaine souffre d’un manque d’innovation – ce qui pèse sur les exportations du pays, en deçà de leur potentiel de sophistication. Ce n’est pas faute d’incitations publiques, l’Etat marocain affichant des politiques généreuses en ce domaine. C’est la coordination entre les acteurs privés (au sein des chaînes de valeur) et publics (agences dédiées et ministères concernés) d’une part, et entre le public et le privé (promotion des accords commerciaux, par exemple) d‘autre part, qui s’avère défaillante», souligne le rapport. L’essentiel est de renforcer les capacités nationales de suivi des activités d’exportation, de déceler les contraintes et de les résoudre efficacement. Un modèle de croissance tirée par les exportations et l’innovation doit être érigé en priorité nationale et soutenu par des actions complémentaires. En somme, il s’avère indispensable de repenser la problématique de cohérence des stratégies et politiques publiques et de coordination dans la sphère économique et instaurer par la même la notion de bonne gouvernance, élément déterminant de la croissance économique en particulier sur les conditions de développement du secteur privé, comme valeur cardinale de l’exercice du pouvoir et de la prise de décision.

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