Croissance économique : Les pronostics de la BAD

La croissance économique devrait s’établir à 4,5% en 2015 et à 5% en 2016, selon l’édition 2015 des «Perspectives économiques africaines » publiée par la Banque Africaine pour le Développement (BAD). Performance tirée par le secteur agricole et la poursuite de la tendance haussière des activités non agricoles. Cependant, le pays devrait relever des défis sociaux de taille. L’application de la régionalisation avancée devrait y contribuer.

La BAD vient de livrer ses pronostics quant à l’évolution économique du Continent. D’après ses prévisions, la croissance du Maroc devrait s’établir à 4,5% en 2015 et à 5% en 2016 contre 4,4% et 5% prévues par le FMI. Cette évolution serait attribuable à la reprise de l’activité agricole et à la poursuite de la tendance haussière des activités non agricoles, notamment le secteur minier et les industries mécaniques, électriques et électroniques -IMEE. Cependant, le niveau de croissance attendu est largement tributaire de plusieurs facteurs à commencer par le maintien de la baisse des cours du pétrole, la chute des cours devant rendre aisé le redressement de ses équilibres macroéconomiques (baisse du déficit budgétaire, augmentation des réserves de change), revigorer le pouvoir d’achat des ménages et renforcer la compétitivité des entreprises marocaines. Cette reprise est aussi dépendante de la poursuite de la reprise de la demande mondiale qui devrait s’apprécier de 6,7% cette année et de la mise en œuvre des différentes réformes structurelles déjà engagées (régime de retraite, fiscalité, bonne gouvernance, justice et système compensatoire). S’agissant de la dette publique, la dernière analyse des principaux risques conduite par le FMI, et reprise par la BAD, conclut qu’elle reste soutenable à moyen terme à condition que le Maroc poursuive la mise en place des réformes nécessaires et les efforts de maitrise du déficit budgétaire. Dans ce sens, le Trésor, principal emprunteur qui représente 52 % du total de la dette extérieure publique, devrait voir sa dette en légère augmentation de 1,7 points à 66% en 2015 avant de diminuer progressivement à partir de 2016 bénéficiant des réformes d’assainissement de la dette et des mesures entreprises depuis 2011 pour le rétablissement progressif des équilibres budgétaire et extérieur. Quant au déficit budgétaire, il passerait de -4,9%, affiché en 2014, à -4,2% en 2015 puis à -3,8% l’année prochaine. Le déficit du compte courant se stabiliserait, quant à lui, à -6,1% avant de baisser à -5,6% en 2016. Reste l’inflation qui devrait se maintenir à un niveau faible, respectivement à 1,2% et 1,4% en 2015 et 2016, grâce notamment à la diminution des prix du pétrole qui se répercuteront sur les coûts de production et de transport compensant la hausse du salaire minimum interprofessionnel garanti -SMIG- attendue pour juillet 2015.

Le privé à stimuler
Si le pronostic de la BAD est empreint d’optimisme, il n’en reste pas moins que plusieurs carences tempèrent pareil sentiment. Plusieurs écueils sont à dépasser à commencer par le secteur privé qui peine encore à jouer pleinement son rôle de moteur de croissance et d’emploi. Le diagnostic de croissance réalisé par les autorités avec l’appui de la BAD et de la MCC souligne que malgré la mise en place de toute une batterie de réformes, le dynamisme du secteur privé reste encore limité. La combinaison de plusieurs facteurs tels que le poids important du secteur informel, frein à la modernisation, la prépondérance des petites et moyennes entreprises (95 % du tissu productif) et leur incapacité à se développer en taille, et la faible diversification sectorielle des investissements concentrés dans les industries mécaniques, électroniques et le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP), jettent un nouvel éclairage sur les facteurs bloquants. Le diagnostic de croissance indique que pour promouvoir l’investissement et le développement du secteur privé, le Maroc devrait chercher à lever plusieurs obstacles à commencer par la mauvaise qualité du système éducatif et l’inadéquation entre l’offre et la demande de travail, la lenteur de l’exécution des décisions de justice, les distorsions fiscales et la difficulté d’accès au foncier (industriel et agricole).

Oser la régionalisation
La BAD a fait grand cas de l’utilité de la régionalisation avancée comme moyen idoine pour atténuer les disparités entre les différentes régions du pays (12 au lieu de 16 entités territoriales). Et les déséquilibres régionaux se posent d’abord en termes sociaux. En plus de la pauvreté qui demeure un phénomène essentiellement rural, des disparités existent aussi en termes d’accès aux services de base (éducation et santé). Ainsi, malgré les efforts fournis pour améliorer la situation sanitaire de la population et assurer une certaine équité entre les régions et les milieux rural et urbain, les disparités demeurent élevées. Ces mêmes disparités sont encore plus visibles dans le domaine de l’éducation. Ainsi, malgré les efforts déployés pour améliorer les niveaux d’éducation dans toutes les régions, le retard à rattraper demeure important. Ces disparités s’expliquent par le déficit socioéconomique que connaissent les zones rurales désavantagées. Du point de vue économique, les régions qui composent le Maroc se différencient par leur contribution au PIB et par leurs potentialités socio-économiques. Les régions côtières de la partie Nord du pays représentent plus de 60 % du PIB, dont la moitié provient de la région du Grand Casablanca note le rapport. Dès lors, la BAD pronostique qu’il est désormais nécessaire de mettre en place les stratégies nécessaires pour atténuer les disparités et permettre aux citoyens de s’inscrire dans la dynamique économique du pays. Et pour ce faire, la stratégie de régionalisation avancée devrait permettre aux régions de jouer pleinement leurs rôles et contribuer de façon effective au développement économique, politique, social,
culturel et environnemental, sachant que ceci nécessitera la mobilisation de nouvelles ressources, la mise à niveau des ressources humaines et la mise en place de fonds de soutien visant à réduire les disparités entre les régions.

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