D’Addis-Abeba à Antananarivo: L’Afrique dans la peau

D’Addis-Abeba à Antananarivo: L’Afrique dans la peau
Le roi Mohammed VI a l’Afrique dans la peau. Ses séjours dans plusieurs capitales du continent qui se suivent et ne se ressemblent pas. Dans les pays frères et amis, le Souverain a très fait de prendre sur lui d’impulser une nouvelle dynamique aux relations bilatérales en répondant au souci exprimé par nombre de décideurs africains quant à l’inanité de la reproduction, à l’infini, du commerce trilatéral. Dans d’autres contrées que la diplomatie marocaine avait déserté, c’est une autre démarche qui est mise en avant en vue de souder des rapports amicaux et de rattraper le retard en terme de coopération bilatérale. Certes, il serait bancal de résumer cet intérêt royal pour le Continent à la seule aune de la question saharienne, dossier hautement stratégique pour le Royaume. Comme il serait injuste de ne lire cet intérêt qu’à l’aune du business quand bien même les stratèges considèrent l’espace africain comme le dernier rempart de la croissance. L’affaire est beaucoup plus large que ce que les lectures parcellaires laisseraient entendre. Le Maroc cherche, avant tout, à renouer avec son histoire continentale qui, bien avant les indépendances, avait marqué ses rapports avec le Continent. Dans ce cadre-là, il faut souligner l’intérêt qui est porté à la diplomatie cultuelle dont la symbolique transcende les frontières pour occuper un espace-temps des plus singuliers à l’heure où l’Afrique, dans certaines zones grises, a vu se propager des mouvements djihadistes qui agissent comme autant d’instruments de déstabilisation en marche. Faut-il avoir peur de dire que le Maroc est entrain de libeller son « Livre Blanc » en considérant que sa sécurité dépend aussi, et surtout, de celle des pays africains ? L’affaire est entendue si on prend en considération les décalages et autres blocages à la croissance qui poussent des millions d’Africains à tenter le diable pour rejoindre le supposé Eldorado européen. La pression qui s’exerce sur le Royaume n’est plus à occulter dans ce cadre-là. Et il faudra s’attendre à ce que son poids s’exprime davantage si jamais les engagements liés à la lutte contre les changements climatiques tombent à l’eau. C’est dans ce cadre-là qu’il faudra placer le sommet africain qui a réuni autour du Roi, à Marrakech, des chefs d’Etat et de gouvernements africains. La bataille du climat étant davantage cruciale pour un continent privé des ressorts technologiques susceptibles de lui permettre d’atténuer un tant soit peu les dégâts déjà constatés. La rencontre de Marrakech intercalée entre deux tournées royales qui l’ont mené successivement au Burundi et en Tanzanie, dans une première étape, et en Ethiopie et Madagascar dans une seconde étape, constitue une preuve du ferme engagement du Maroc de jouer la partition qui a toujours été la sienne : être l’avocat des bonnes causes qui épousent celles auxquelles s’accrochent, en toute légitimité, les peuples africains. Ce n’est là qu’un retour à la riche histoire qui a marqué les rapports entre le Royaume et nombre de pays africains, les largesses accordées par Rabat aux divers mouvements africains de libération nationale étant là pour corriger une injustice qui a permis à d’autres puissances régionales de s’ériger en des Temples de révolutionnaires. Le Maroc n’a aucun complexe à nourrir à ce propos dès lors que tout le prédispose à jouer pleinement le rôle qu’il avait remisé pour se consacrer à la défense de son intégrité territoriale menacée. Bien entendu, les choses ont évolué entre-temps et ce n’est pas pour rien que le come back marocain sur la scène africaine, redouté par les adversaires de la cause saharienne, prend toute cette aura. Un retour dont les signes précurseurs avaient déjà été donné par le Roi, aux premiers jours de son intronisation, en s’investissant auprès d’ensembles régionaux comme le Sensad et le Nepad. Le Roi a l’Afrique dans la peau. Rien de plus normal à ce que le Maroc procède, ainsi, au séquençage génétique d’usage qui confirme son enracinement continental. Les tournées royales répondent à cet impératif où les gains politique, diplomatique, économique, culturel et cultuel ne sont pas à dédaigner. Le marqueur étant l’instauration d’une nouvelle culture de la coopération basée sur le principe du gagnant-gagnant.

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