Daech en perte de vitesse à Syrte : La Libye toujours en proie à la division

Daech en perte de vitesse à Syrte : La Libye toujours en proie à la division
Depuis le 12 mai, la pression des forces du gouvernement libyen d’union nationale (GNA) n’a pas fléchi pour reprendre Syrte aux terroristes de Daech. Les combats qui s’y déroulent toujours visent les derniers sanctuaires dans lesquels sont retranchés les djihadistes qui opposent une résistance farouche. Si unanimité il y a contre Daech en Libye, rien ne permet de l’affirmer pour un projet de reconstruction nationale. 
L’offensive des forces du GNA basé à Tripoli pour reprendre la ville de Syrte au centre-nord du pays aux djihadistes du groupe Etat islamique (EI) n’a pas faibli en intensité. Aidées par des bombardements aériens qui portent la signature de l’US Air Force depuis le 1er août, d’importantes avancées ont été réalisés depuis par les combattants du GNA qui ont réussi le tour de force de déloger les djihadistes de leur QG, au centre-ville. Avant de libérer successivement l’université, puis le bâtiment de la radio et les immeubles dits des «1000 unités de logement». Autant dire que l’opération baptisée « Bloc soudé » a été, en partie, payante. Le centre de presse des forces loyalistes précise que l’avancée des pro-GNA se poursuit également vers «le quartier n°3», une zone résidentielle proche de la mer, dans le nord de Syrte, toujours tenue par l’EI. Pour le général Mohamad Al Ghassri, porte-parole des forces progouvernementales, «l’emprise de l’EI sur Syrte se résumait désormais à un seul secteur, le quartier résidentiel n°1 situé en plein cœur du centre-ville. Les deux autres secteurs, les quartiers n°2 à l’ouest et n°3 à l’est, sont actuellement des zones de combats». Les forces du GNA «ont réussi à entrer dans le quartier n°2 et tentent à présent d’en prendre le contrôle.», a ajouté le porte-parole. Encerclés, les éléments de Daech n’ont plus d’issue que d’affronter leur sort. On comprend dès lors pourquoi ils ont recours aux opérations kamikazes pour retarder l’issue d’une bataille qui semble pliée. Les milices de Daech marquent leur présence dans un petit réduit au quartier Trois et dans quelques zones périphériques à Syrte. Leur danger est matérialisé, surtout, par leurs snipers, les mines qu’ils ont semées dans les artères de la ville, ainsi que les kamikazes qui peuvent surgir n’importe où à Syrte, selon Ridha Issa, membre du bureau de communication de l’opération «Bloc soudé». Les combattants engagés dans cette bataille, notamment les milices de Misrata, seraient au nombre de 6.000. soit juste un peu plus que le collectif de djihadistes qui constitue la force de Daech sur le sol libyen.
Si la pression militaire qui s’exerce sur Daech dans cette ville stratégique s’opère principalement via les forces du GNA, avec l’appui aérien ponctuel de la flotte de l’US Navy (au moins une trentaine de raids ont été opérés), il n’en reste pas moins que sur le terrain aussi, des informations concordantes confirment la présence de forces occidentales qui apportent leur concours à l’offensive contre Syrte. Forces spéciales britanniques et américaines ont été signalées. Poussant les politiques à Tripoli à réagir en affirmant que la présence de pareilles forces en territoire libyen n’était pas conforme à la légalité internationale. Mais d’autres sources évoquent aussi la présence d’autres forces internationales, l’Italie et la France étant mis à l’index, au point de pousser les manifestants à réoccuper les rues de la capitale pour exiger leur départ.
RIEN N’EST ACQUIS
Autant dire que la situation reste compliquée dans ce pays divisé, depuis la chute de l’ancien régime Kadhafi, en plusieurs fiefs. Depuis le 30 mars, Si le gouvernement d’union, soutenu par l’ONU, s’est installé à Tripoli depuis le 30 mars, le processus de réunification du pays, soubassement de toute normalisation, est encore loin d’être achevé. L’autorité du GNL est toujours contestée par le pouvoir qui s’est installé dans l’Est du pays. Plus, ce dernier qui est doté de forces armées qui lui sont loyales, notamment sous le commandement du général Haftar, n’hésite pas à piquer au vif un gouvernement jugé provisoire et sans assise populaire. Voilà pourquoi le gouvernement d’union craint que le pouvoir de l’Est ou d’autres milices ne lancent une offensive unilatérale contre l’EI à Syrte, ce qui pourrait entraîner le pays dans une nouvelle guerre civile. Des précédents ont de quoi échauder les autorités à Tripoli. Les combats qui se sont déroulés à Zalla, au sud de Syrte, près d’un important champ pétrolier, entre les forces de Haftar et la milice « conseil de Choura de Benghazi », alliés des brigades, retentissent comme une alarme. Le général Haftar avait déjà mené une première opération contre les djihadites en mai 2014. Les autorités l’ont accusé alors de «tentative de coup d’Etat». En octobre de la même année, bénéficiant du soutien du Parlement et du gouvernement reconnus par la communauté internationale, il lanca une contre-offensive dans le but de reconquérir Benghazi. Le général Haftar est chef proclamé de l’Armée nationale libyenne (ANL). Il s’est engagé dans la lutte contre les islamistes à Benghazi, principale ville de l’est du pays et s’oppose toujours à l’autorité du GNA, soutenu par les Occidentaux et est resté loyal aux autorités parallèles de l’Est. Sur ce front aussi, il faut dire que la pression ne s’est pas relâchée sur Benghazi depuis février dernier. La majeure partie de la ville de a été reprise par les forces du général Haftar, qui ont délogé les milices de Majlis Choura Benghazi, une alliance entre Daech et Al Qaîda.
VOISINAGE INQUIET
Jusqu’à maintenant, les troupes de Haftar continuent à ratisser la ville de Daech et consorts, qui conservent un petit réduit à l’ouest de Benghazi (Gaouarcha) et un autre au centre-ville (Sabri). Les troupes que dirige Haftar veulent gagner la bataille contre le conglomérat de djihadistes à l’usure. Mais il ne faut pas minorer le danger que représente la mouvance djihadistes, Daech en tête, qui peut continuer la guerre à sa manière : en réactivant les cellules dormantes un peu partout dans le but d’ensanglanter la Libye. A Tripoli, Syrte, Benghazi ou encore Derna, le danger djihadiste est loin d’être écarté.
Pour Mahmoud Jibril, ex-directeur exécutif du Conseil national de transition «la vraie bataille contre Daech se déroulera à Tripoli». La question qui se pose dès lors est le rôle imparti à Fayez El Sarraj dans cette perspective-là. Sachant que ce dernier, « ne dispose d’aucune assise forte à l’intérieur de la Libye puisqu’il n’y a pas de forces régulières sous son autorité», rappelle cet observateur du chaos libyen. Dès lors, voilà qui remet en évidence la fargilité de la transition en Libye. Transition qui n’est pas freinée uniquement à cause de Daech et ses alliés du conseil de la Choura des moujahdine (Al Qaîda), aussi bien à Syrte qu’à Benghazi ou à Derna. Le gouvernement de réconciliation d’El Sarraj, né de l’accord de Skhirat du 17 décembre 2015, n’est pas encore validé par le Parlement de Tobrouk, comme le stipule l’accord. Plus, l’armée n’a pas encore été unifiée et les centaines de milices conservent un pouvoir réel sur le terrain. Le casse-tête libyen est tributaire d’une entente entre les intérêts internationaux qui, via les milices interposées, se livrent à une réelle guerre d’influence. Compliquant davantage la tâche incombant à l’envoyé spécial de l’ONU, Martin Kobler, qui tente désespérément de réunir les Libyens autour d’un projet commun. Butant ainsi sur la division de facto du pays entre les forces de Misrata et l’armée du général Haftar. Il y a lieu de rappeler qu’à l’est du pays, le Parlement considère illégales les frappes américaines. « Il n’y a pas eu de coordination avec le Parlement libyen, seule instance élue par le peuple libyen. C’est le chef du Parlement, représenté par Aguila Salah Issa qui a la fonction du directeur général des forces armées en Libye. C’est lui le vrai chef de l’armée selon la Constitution. Le conseil présidentiel du gouvernement de Tripoli, en donnant son accord aux Américains, s’est approprié la fonction. Ce gouvernement n’a pas encore la confiance du Parlement et il n’a pas fait le serment », estime Fathi al-Maryami, le conseiller médias de ce Parlement. Voilà donc un chaos qui ne dit pas son nom et qui inquiète au plus haut point les pays de la région.

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