Daech plie sous les coups en Syrie : De Manbij à Raqqa…

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L’Organisation terroriste Etat Islamique plie sous la double pression qui s’exerce sur lui en Syrie. D’abord avec l’encerclement de Minbaj par une coalition menée par les Américains. Ensuite par l’offensive de l’armée syrienne sur Raqqa, soutenue par les Russes. Mais au-delà, les appétits s’aiguisent autour d’Alep. Et condamnent les pourparlers de paix…
Une victoire contre le groupe Etat Islamique près de Manbij, en Syrie, est largement relayée par les médias occidentaux. On y souligne que le principal axe de ravitaillement des jihadistes entre la Syrie et la Turquie vient d’être coupé par les Forces démocratiques syriennes (FDS), coalition arabo-kurde appuyée par Washington et Paris. Manbij se trouve donc entièrement encerclée après dix jours d’offensive, privant les hordes de Daech de toute possibilité de retraite. Les combattants de l’EI à Manbij sont donc coupés du reste des régions syriennes toujours sous leur contrôle comme Raqqa, leur capitale autoproclamée. Mais derrière cette « prise » stratégique, commentent nombre d’observateurs de la scène syrienne, se cache une sourde bataille entre les puissances occidentales engagées dans le conflit syrien et les alliés du régime de Damas, Russie et Iran en tête. Ces dernières ayant toujours reproché au camp occidental d’être sélectif dans un conflit où s’agitent de nombreuses organisations terroristes « tolérées pour leur supposée modération ». Tout en fermant les yeux sur tous les trafics alimentés depuis le territoire turc. Dès lors, faut-il voir en cette « percée » militaire contre Daech un quelconque changement d’attitude dans la gestion occidentale de la crise syrienne ou faudra-t-il convenir que l’administration Obama ne veut pas la paix en Syrie ? A cette grosse interrogation se joint une autre non moins pertinente : le siège de Manbij, avant sa reprise, ne vise-t-il pas à priver l’armée syrienne, et ses appuis, de la victoire projetée à Raqa ? Et partant, ne cherche-t-on pas à endiguer la projection de la souveraineté syrienne sur tout son territoire ? Dans ce jeu là, il faut croire qu’à Damas, on ne se fait plus d’illusions sur les appétits des uns et des autres qu’aiguise une Syrie dépecée. Des intérêts qui entendent se nourrir sur la bête… Peu importe qu’elle soit debout où à terre. C’est la raison pour laquelle Bachar Al Assad sort de son mutisme pour replacer les choses à l’endroit. Les pourparlers de paix et les trêves ayant servi de vade mecum pour « muscler » les groupes terroristes qui se cachent derrière un prétendu « Printemps syrien » pour mieux servir leurs séides et les sombres desseins qu’ils réservent à la Syrie. On comprend dès lors pourquoi les Russes ont dû s’avouer, in fine, que les États-Unis ne collaboreraient pas au maintien du cessez-le-feu, ni à une attaque coordonnée contre l’État islamique et al-Qaïda, ni à la paix en Syrie. Le chef de la Diplomatie Russe a levé le voile, une fois encore, sur le jeu de Washington qui, une fois de plus, a demandé à Moscou de ne pas bombarder al-Qaïda, alors même que deux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU exigent son éradication. Une demande expresse qui se fait concomittamment à l’arrivée d’énormes convois de ravitaillement de Turquie pour les « rebelles» qui vont, comme d’habitude, les partager avec al-Qaïda et d’autres terroristes. Serguie Lavrov qui marque John Kerry à la culotte, surtout pour le dossier syrien, ne se fait donc plus d’illusion. Et table sur le renforcement capacitaire de l’armée syrienne pour faire basculer la balance, définitivement, en défaveur des divers foyers terroristes soutenus par l’étranger.
Vents contraires
Sur le terrain, l’offensive de l’armée arabe syrienne sur Raqqa est entravée, non seulement par les tempêtes de sable, mais aussi par les offensives d’al-Qaïda, d’Ahrar al Sham et des forces du Parti islamique du Turkestan contre ses positions au sud d’Alep. Attaques opportunes qui engagenet, selon le centre russe de contrôle du cessez-le-feu en Syrie, plus de 1000 éléments. Fait notable, on évoque pour la première fois la présence de soldats turcs au nord de la ville.
C’est à croire que le scénarion qui s’est déroulé en mars et avril derniers, quand l’armée syrienne a été obligée de stopper son avancée vers l’est de la Syrie pour éviter de nouvelles pertes dans la lutte contre Al-Qaïda au sud d’Alep, est reproduit à l’identique actuellement. Il semble évident, d’après des analystes, que les attaques des forces soutenues par les Etats-Unis et sa coalition ont pour but d’empêcher le gouvernement syrien de regagner du terrain à l’est.
La diplomatie russe s’active. Et dans un communiqué, elle souligne que « Lavrov a exprimé sa préoccupation concernant les tentatives de retarder la reprise des négociations politiques, sous divers prétextes», Kerry étant le récipiendaire du message en provenance de Moscou. Car jamais rencontre de réconciliation, baptisée « Génève 4 », n’a semblé si éloignée. Ce qui pousse la Russie à reprendre l’intiative, y compris sur le terrain. Comme le laissent entendre les frappes aériennes russes contre les terroristes en Syrie qui ont triplé au cours des derniers jours. Plus, des ressources supplémentaires ont même été discrètement acheminées vers la Syrie. Les Russes ont débarqué, en effet, des forces terrestres et des parachutistes dans le port de Tartous pour soutenir les 3000 volontaires russes envoyés dans la région au cours des dernières semaines, dans le but de relancer la coordination avec l’armée syrienne. Le personnel de commandement russe qui a coordonné les opérations de soutien aérien à l’automne dernier serait de retour à la base militaire Hmeimim, dans la province de Latakia, pour entamer la préparation de nouvelles opérations, apprend-on à Damas. De quoi donner un coup de fouet aux forces gouvernementales qui ont progressé à l’intérieur des frontières administratives de la province de Raqqa et ne se trouvaient plus qu’à moins de 30 km de l’aéroport militaire de Tabqa», a déclaré le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), Rami Abdelrahmane. Elles s’approchaient également à quelque 25 km du lac Assad, au sud-ouest de la ville de Tabqa, a-t-il ajouté, l’offensive ayant été lancée depuis Hama. Un peu moins de deux ans après en avoir été délogée, l’armée syrienne a pénétré, samedi 4 juin, dans la province de Raqqa au nord de la Syrie. Les troupes régulières syriennes avancent en direction de la capitale de l’organisation Etat islamique. En revanche, dans la province d’Alep, des difficultés se font sentir au fur et à mesure que l’armée syrienne tente de prendre le dessus sur Daech.
ALEP, clé du conflit ?
De rudes combats se poursuivent dans cette ville stratégique, après la violation de l’accord de cessez-le-feu par les groupes terroristes, et les forces gouvernementales ont lancé une offensive pour encercler entièrement et prendre le contrôle complet de la partie occidentale de la ville aux mains des takfiristes. Les combats qui font rage sur plusieurs fronts impliquent l’armée et milices loyalistes syriennes, Daech, Al-Nosra, ainsi que les autres groupes djihadistes, ASL (Armée Syrienne Libre) et les Kurdes.
Épaulées par des frappes aériennes russes et des combattants iraniens et libanais au sol, les forces loyalistes syriennes ont pu regagner de larges portions de territoire à l’intérieur et autour de la ville dont ils contrôlent désormais environ 60%. La bataille actuelle d’Alep marque ainsi un tournant décisif dans le conflit syrien, en renversant progressivement l’équilibre des forces militaires dans cette grande ville en faveur du gouvernement légitime.
Parmi les importantes percées de l’armée à Alep : parvenir à couper la route Alep-Bab Al-Salam qui mène à la frontière turque, la principale voie de ravitaillement des djihadistes, notamment du Front Al-Nosra et d’Ahrar Al-Cham, et briser le siège de Nubul et Zahraa, deux villes sous contrôle des forces terroristes depuis trois ans. Les combats de l’armée syrienne ciblaient d’abord le quartier de Cheikh Maqsoud, au nord de la ville d’Alep, qui est d’une importance stratégique, car c’est par là que passe l’autoroute Castello considérée comme le dernier axe de ravitaillement permettant de rejoindre la Turquie et la région d’Edlib depuis Alep.
L’armée loyaliste pourrait conserver son avancée militaire dans la ville et sa portion la plus large pour deux causes principales: d’un côté, les forces gouvernementales sont une seule entité cohérente face à une mosaïque de groupes armés qui sont de plus en plus divisés entre eux et entrent souvent en conflit. De l’autre côté, les lignes d’approvisionnement pour ces groupes, que ce soit en provenance d’Iraq ou de la frontière turque, sont de plus en plus contrôlées par Damas.
L’enjeu de la bataille d’Alep est considérable, car si celle-ci ne va pas résoudre complètement le conflit qui ravage la Syrie depuis cinq ans, elle va contribuer largement à redéfinir le poids et la nature de l’hégémonie politique sur le terrain de chaque protagoniste.
En d’autres termes, la bataille d’Alep est le pendant militaire de l’action politique des négociations visant à reconstruire l’État syrien. Le Président syrien Bachar al-Assad a d’ailleurs encore insisté récemment sur la nécessité de restituer la souveraineté de la totalité d’Alep, preuve que reprendre toute la ville est en fait un enjeu stratégique majeur. En effet, en cas de victoire, le gouvernement syrien pourrait renforcer son contrôle sur une grande partie de « la Syrie utile», concept élaboré par Bachar et qui désigne particulièrement la ligne sud/nord qui s’étend de Damas à Alep, sachant que les forces loyalistes contrôlent déjà les grands centres urbains de Damas, de Homs et d’Hama. Par ailleurs, la chute d’Alep serait également une grande défaite des groupes terroristes, téléguidés par Washington et Tel-Aviv, et soutenus directement par Riyad et Ankara.
En effet, la victoire du régime légitime syrien dans cette bataille stratégique serait une grande défaite pour la Turquie, puisqu’Alep est à la fois le point d’entrée principal de ravitaillement turc pour les factions auxquelles elle apporte soutien ainsi que le point faible par lequel ces factions peuvent cibler la zone extrêmement fortifiée du régime légitime syrien, notamment à Lattaquié.
C’est pour cette raison qu’Ankara, dès le début de la bataille d’Alep a souhaité intervenir directement sur le terrain, ambition se heurtant à un ferme refus américano-russe. Mais il semblerait qu’Ankara est passé outre… car il ne faut pas oublier que les États-Unis sont prêts à faire tout ce qu’il faut pour empêcher le gouvernement légitime syrien de se renforcer, car si les troupes loyalistes obtenaient une victoire militaire dans la région d’Alep, environ 90% du territoire syrien serait alors sous leur contrôle. Ce qui n’arrangerait guère les affaires d’une coalition dans laquelle pays occidentaux, turcs et des parties arabes se retrouvent réunis pour empêcher la Syrie de renâitre de ses cendres.

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