De Larbi Lekhal à Rachid Aylal: La censure comme fatuité

De Larbi Lekhal à Rachid Aylal: La censure comme fatuité

Il y a des jours où l’on se demande si les Marocains qui ont voté massivement pour la Constitution de 2011 ont toujours besoin d’une quelconque tutelle sur leur esprit, surtout lorsque les dispositions de la loi suprême s’attèlent à épouser les principes élémentaires des droits humains. Cette question qui peut s’apparenter aussi à un postulat est légitimée par l’émergence de censeurs, tantôt officiels, tantôt « inconnus », qui s’agitent dans leur marigot pour tirer le pays vers le bas et, dans la foulée, noyer toute prétention d’une quelconque remise en cause de la doxa qu’un esprit libre est en droit de réaliser. Et dans cette progression vers les abîmes que nous promettent ceux qui s’érigent en veilleurs du Temple, il y a bien un linkage à faire entre deux événements culturels successifs qui relèvent, chacun de son côté, d’une sphère donnée. Mais qui se rejoignent en un point commun : la liberté de création et, partant, d’expression. Le dernier événement en date a trait aux œuvres d’un plasticien d’Inzegane que l’on diabolise pour la simple raison que ses toiles, sur carton ondulé, font honneur au corps de la femme. On exige donc des organisateurs de l’exposition de retirer les œuvres de  Larbi Lekhal, illustre inconnu qui a choisi d’immortaliser la féminité à ses heures perdus. On reproche au plasticien plus habitué à « cirer les chaussures » des passants qu’à arpenter les galeries d’art de faire dans le trash … Si ce n’est dans le porno. Pourtant, les responsables de l’expo ont bien pris soin d’afficher interdit aux moins de 18 ans à l’entrée de l’exposition de laquelle deux toiles jugées crues avaient été retirées. On est en plein cirage, là… Surtout lorsque les défenseurs de « l’art propre », fortement défendu par la horde des islamisants qui ont pignon sur rue, s’acharnent à vouloir fermer les yeux des Marocains sur tous les tabous, et le corps féminin en constitue le sommet de l’Iceberg, quitte à ce que le quotidien soit riche en agressions et autres viols et autres déviations sexuelles… Nul besoin de rappeler que c’est vers ces travers que conduit la politique de l’Interdit.

Le deuxième événement qui mérite qu’on s’y attarde a trait, lui, au « brûlot » commis par Rachid Aylal, ancien de la Jemaa d’Al Adl, qui a osé s’attaquer de front (et il n’est pas le seul dans cette dynamique vivifiante lorsqu’on évoque l’Ijtihad) le fameux livre dit « Sahih Al Boukhari ». Ainsi, Mustafa Benhamza, tout puissant Président du Conseil des Oulémas d’Oujda n’a pas trouvé mieux que de lancer une prime de 100.000 Dh pour qui « descendrait en flammes » la thèse défendue par le jeune exégète auquel on a promis une émission pour s’expliquer sur sa charge… Emission qui n’a toujours pas eu lieu faute de contradicteur de talent. On aurait aimé que « Si » Benhamza que l’on présente comme une lumière de l’islamisme dans l’Oriental qui brille des feux du wahhabisme aie eu le courage de descendre de son piédestal pour « démonter » la logique implacable développée par l’auteur du brûlot plutôt que de le faire par procuration. Mais que voulez-vous, lorsque l’ijtihad s’exprime, les esprits chagrins se ferment.

Autant dire que le pays a cruellement besoin de sortir de sa noirceur crade pour renouer avec les lumières, dans le respect strict et de l’esprit et de la lettre. Il est temps que les Marocains conviennent d’une chose : leurs semblables peuvent l’économie de toute force tutélaire qui ne fait qu’exhumer ce qu’il y a de plus laid dans toute société : le recours à la censure. Une fatuité lorsqu’on exige des citoyens de s’assumer en assumant leurs responsabilités. Et à fortiori lorsqu’on exige d’eux d’être des créateurs de richesse culturelle. Qui a mandaté Cheikh Benhamza à condamner le pays à l’ischémie pour que triomphe le cancer de l’intégrisme qui ravage la société ? Que fait ce Alem autoproclamé dans la lutte menée par le pays contre Daech et consorts ?

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