De Rabat à Manama, un long corridor de silence diplomatique

Les Marocains ont le droit de savoir. Le Royaume sera-t-il représenté ou non à la rencontre de Manama ?

La question est dans toutes les bouches alors qu’il a fallu attendre une sortie médiatique du Roi de Jordanie pour que l’opinion soit au fait de la position réaffirmée par le Maroc quant au « Deal du siècle » que Jared Kushner, gendre du Président Trump et promoteur du projet qui fait douter jusqu’aux hauts responsables de l’administration US…

Pas question de remettre en cause le statut d’Al-Qods, capitale promise à l’Etat palestinien, conformément au plan de paix arabe unanimement approuvé.
Telle aurait été la substance de la réponse marocaine au messi dominici américain reçu par le Roi dans le Palais de Salé.
La position de principe réaffirmée par le Souverain, en qualité aussi de Président du Comité Al-Qods, à son hôte US n’a pas bénéficié d’un quelconque communiqué ad hoc.

Tout au plus le chef de la diplomatie marocaine qui a participé à une réunion élargie avec J. Kushner s’était-il contenté de rappeler que les responsables marocains et américains ont discuté des moyens de renforcer la coopération bilatérale et survolé les questions régionales et internationales d’intérêt commun. Soit !

Entre-temps, deux informations liées à la messe de Manama ont défrayé la chronique. D’abord, depuis Washington, où un responsable US qui a requis l’anonymat a confirmé, information vite relayée par les médias israéliens, que la Jordanie, l’Egypte et le Maroc ont informé l’administration américaine qu’ils prendront part au sommet économique organisé par les Etats-Unis au Bahreïn.
Et ensuite la réaction évasive apportée par Saad Eddine El Othmani, chef du gouvernement, à cette même information.
Le Premier ministre a déclaré qu’il n’était pas au courant de la participation de son pays à la Conférence du Bahreïn.
Selon l’Agence Anadolu, la déclaration d’El Otmani fait suite aux informations rapportées mardi par Reuters, qui soulignait que les autorités américaines avaient confirmé ma présence du Maroc à la rencontre de Manama.

Assurément, pour ce cas d’espèce, on est en présence d’un couac diplomatique de plus à mettre sur le dos de l’actuelle équipe au pouvoir.
Le patron de tout exécutif qui se respecte ne doit pas ignorer ce qui engage, politiquement et diplomatiquement, son pays.
A défaut de quoi, il devrait remettre les clés pour inconsistance.

Mais l’affaire dépasse le seul cadre de la Primature pour toucher aussi la sphère diplomatique et engage la souveraineté du pays.
Là où la démarche devrait être proactive et prédictive et non plus réactive.
Voilà pourquoi il est regrettable qu’aucun communiqué officiel n’aie accompagné la visite de J. Kushner au Maroc.
Ce qui laisse libre court aux rumeurs et autres spéculations.

L’affaire est grave lorsqu’on sait que le monde est aujourd’hui noyé sous un flot incessant d’informations qui font aussi la part belle aux fakenews.
Dommage que de Rabat à Manama, le silence diplomatique soit de mise.
Surtout lorsqu’on peut aisément comprendre la présence d’Amman et du Caire à la rencontre de Bahreïn, les deux capitales étant liées par des accords de paix avec Israël (Wadi Araba et Camp David, en l’occurrence), tous deux rejetés par les peules jordanien et égyptien. Et lorsqu’on prête l’oreille au désengagement palestinien du processus appelé « Gifle du siècle » par Mahmoud Abbas.

Pour rappel, Saeb Erekat, secrétaire général du Comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), a lancé un appel exhortant les États arabes qui ont décidé de participer à l’atelier économique dirigé par les États-Unis à Bahreïn à ne pas défendre leurs propres intérêts au détriment de la cause palestinienne.

A Manama, le reproche palestinien est plus cinglant. « Pourquoi devriez-vous accueillir cette conférence alors que nous n’y sommes pas ? Vous n’avez pas le droit » a lancé le conseiller de Mahmoud Abbas et grand négociateur palestinien aux responsables du Bahreïn.

La rencontre de Manama serait consacrée, d’après les responsables US, au volet économique de leur plan de résolution du conflit-israélien.

Les Palestiniens ont fermement rejeté la rencontre.
Le président de l’Autorité palestinienne, M. Abbas, a indiqué, fin mai, que « celui qui voudra résoudre le problème palestinien devra commencer par le problème politique, puis par le problème politique, enfin par le problème politique et là, il pourra évoquer les illusions des milliards qui, dit-on, vont nous être présentés ».

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