Débat sur la francophonie : Le complexe du colonisé a la peau dure…

Débat sur la francophonie : Le complexe du colonisé a la peau dure…
Débat sur la francophonie : Le complexe du colonisé a la peau dure…
Allal El Maleh
Allal El Maleh

Il est désopilant que nos politiques, où une partie d’entre eux, persistent à cultiver le complexe du colonisé dès qu’il s’agit de débattre du sort que le pays doit réserver à la langue de Molière dans ses programmes scolaires. Pour ces « francophobes », la crise du système éducatif se mesure non pas à l’incapacité de l’Etat (cette expression d’un « NOUS » éminemment collectif) à projeter une vision de « l’homme marocain » (celui d’aujourd’hui et de demain, capable d’être aussi un acteur à la mesure des défis des « Multivers » dans lesquels l’humanité évolue)… Mais plutôt à la propension des « élites francophones », vomies pour leur acculturation flagrante, à n’imaginer le pays que sous l’angle de la soumission volontaire (ou non) à l’ancien colon, perpétuant de la sorte les liens de dépendance…

Chez nos islamistes du PJD, ceux-là mêmes qui pilotent la coalition aux affaires, point de salut sans strict repli sur le référentiel linguistique qui véhicula la parole révélée. Une approche des plus farfelues que l’on retrouve également chez leurs « adversaires » politiques de l’Istiqlal. Formation éminemment salafiste avec laquelle ils partagent les mêmes rêves et ambitions : jouir de toutes les manifestations de la modernité (acquis technologiques et scientifiques) tout en se figeant sur une identité ancestrale pour laquelle tout voyage spatio-temporel n’est que retour aux sources…

Pourtant, d’El « Koufa » et de « Demyat » les Marocains n’ont qu’un vague souvenir que leur ont légué, au gré de leurs pérégrinations, des voyageurs impénitents de la trompe d’Ibn Battouta. Voilà qui doit impérativement pousser à démystifier tout un pan de l’Histoire du pays et des apports culturels qu’il eut à subir. Histoire que d’aucuns ne voient qu’à partir de la lorgnette de l’Islam et de son véhicule linguistique qui, de l’avis des spécialistes les plus crédibles, n’a pas été momifié.

La réalité toute crue qui doit être analysée sous toutes ses coutures et décortiquée dans ses diverses manifestations est le ramdam que suscite, à chaque fois, le débat accompagnant la réforme du système éducatif. L’impression que l’on a est qu’à chaque occasion, on bute sur des questions subsidiaires au lieu de se consacrer à l’essentiel. La question des langues d’apprentissage, dont on ne minore nullement ici l’importance, ne doit pas servir d’un vulgaire « faire-valoir » idéologique. Et a fortiori lorsque cette dimension-là se trouve également voilée d’un halo théologique. L’arabe est une langue constitutionnalisée qui ne doit nullement exclure l’ouverture sur d’autres langues. Et si la langue de Molière a pu séduire, c’est parce qu’il y a un pan d’histoire en partage qui lie le Maroc à la France. La langue devrait dès lors être considérée comme un acquis plus qu’un puissant véhicule de domination. Ceci dit, rien n’exclue que les veilleurs sur la réforme du système éducatif puissent s’ouvrir sur d’autres horizons linguistiques. Et si on songe aux rapports de puissance qui domineraient le monde multipolaire qui se profile à l’horizon, la langue de Shakespeare que l’on voudrait mettre au diapason pèserait moins lourd que le cantonais ou le hindi. Et que pourrait-on dire du peul, du bambara et autres idiomes africains que les Marocains sont en droit d’apprendre pour mieux commercer sur leur continent.

L’affaire n’est pas uniquement linguistique. Le fin fond du dossier est lié, lui, à ce que l’on voudrait mettre dans la boite à outils que la réforme du système éducatif mobilisera au profit des masses à scolariser. Et dans ce dossier-là, la langue arabe ne doit pas être assimilée à un pis-aller tout en diabolisant les autres langues. L’essentiel est d’avoir des têtes bien faites…

P.S : Il est désolant de voir nos politiques incapables de singer nos RME qui apportent la meilleure preuve de la capacité des Marocains à être de véritables polyglottes. Que ce soit Abdelilah Benkirane ou Saad Eddine El Othmani, ces leaders du PJD ont donné à maintes reprises la preuve qu’ils perdaient leur latin à chaque fois qu’ils sont invités à parler une autre langue. Encore faut-il leur reconnaître qu’ils excellent dans le maniement de la langue de bois… Et de la novlangue qui fait honneur à leurs frères des rives du Bosphore.

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