Diplomatie marocaine: Entre ruptures et «disclosure»

Diplomatie marocaine: Entre ruptures et «disclosure»
Diplomatie marocaine: Entre ruptures et «disclosure»

C’est vers les abords de l’East River, à New York, que l’attention des diplomates comme des géopoliticiens est braquée depuis lundi. Un rituel annuel se déroule au Palais de Verre qui abrite le siège de l’ONU qui tient, à cette occasion, sa 73e Assemblée générale. Bien entendu, le Maroc y sera dignement représenté. Car même le chef du gouvernement, ancien chef de la diplomatie sous Benkirane I, y est attendu. Nul besoin de rappeler que les enjeux sont immenses et les défis incommensurables à l’heure où les repères sont devenus si instables depuis l’avènement de la nouvelle administration US. Une administration qui souffle le chaud et le froid un peu partout au niveau d’une Planète qui peine à se relever de l’abandon par Washington des accords de Paris sur le climat.

Le temps des alliances est révolu. Comme le prouve si besoin est l’atmosphère de « guerre froide » que Donald Trump imprime aux relations internationales en ce début de millénaire. La Russie est l’ennemi tout trouvé pour un « Deep State » promu au devant de la scène avec le retour aux affaires d’un John Bolton qui fait la paire avec l’ex-patron de la CIA Mike Pompeo propulsé chef de la diplomatie US. Nul besoin de rappeler à ce sujet l’attitude butée du Conseiller à la sécurité de l’hôte de la Maison Blanche qui ne voit partout que des ennemis… A l’exception, bien sûr, d’Israël. La guerre commerciale avec la Chine, puissance économique dont l’essor est inéluctable, est symptomatique du basculement US vers l’Asie Pacifique. Aucun brin de territoire ne doit être cédé sur l’échiquier international où seuls les intérêts priment. Et ceux des Américains le sont par dessus tout. De cet état de fait, le Maroc doit tirer les conclusions qui s’imposent. Et ses diplomates doivent se faire à l’idée que les amitiés, pour séculaires qu’elles soient, se mesurent à l’aune des intérêts qui les nourrissent. La philanthropie n’ayant pas de place dans la grammaire des relations internationales. Le réalisme prime par dessus tout et c’est à son aune que doivent se calculer les intérêts nationaux à défendre. Que l’on se souvienne que l’administration US qui s’est alliée à l’accord sur le nucléaire iranien n’a pas hésité l’ombre d’une seconde à revenir sur ses engagements. Et jamais la pression sur Téhéran n’a été aussi forte. Mais que doit nous enseigner ce bras de fer dont les tenants et aboutissants conduisent, tous, vers le « Deal du siècle » que D. Trump réserve au Proche-Orient, en sacrifiant tout sur son passage à l’exception de la suprématie d’Israël. Voire du Grand Israël. Celui dans lequel bien des puissances régionales basculent à leur corps défendant. L’heure de la normalisation avec l’entité sioniste a sonné, telle est la conviction profonde qui anime l’administration US au grand dam des intérêts des peuples du Grand Moyen Orient. Pourtant, ni les Egyptiens, ni les Jordaniens, pourtant engagés vis-à-vis de Tel-Aviv dans des accords de paix séparés, n’acceptent pareille normalisation au rabais. Qui laisse en cours de route le peuple palestinien à ses drames. Et le développement de l’échiquier arabe en rade.
Le Maroc est en droit de s’interroger sur ses alliances traditionnelles et/ou nouvelles. En privilégiant l’intérêt national et ce que dicte une éthique aujourd’hui malmenée par un Oncle Sam qui livre de lui l’image d’un éléphant évoluant dans un magasin de porcelaine. Même l’Union européenne n’échappe pas à ses tentatives de déstabilisation. Et on ne parle pas de l’Alliance atlantique dont les coutures, depuis son élargissement au détriment de la Russie, ne tiennent que par miracle.
Tout cela démontre si besoin est que le monde tel qu’il était conçu est en proie à des secousses dont l’amplitude est difficilement assimilable. Reste qu’un monde nouveau, multipolaire, est en voie d’émergence. Les USA perdent nombre de quilles sur l’échiquier sur lequel ils ont réussi à faire main basse depuis la chute du Mur de Berlin. Qui aurait pu croire que le Pakistan, allié inconditionnel de Washington, allait changer de registre pour basculer dans le giron d’un ensemble asiatique qui monte autour de l’alliance russo-chinoise ? Qui aurait imaginé l’Iran s’intégrer à pareil puzzle au point que les effets escomptés de l’embargo US sur son pétrole seront de faible ampleur au regard des alliances asiatiques déjà nouées ?
La diplomatie marocaine a ses raisons pour pousser sur le devant la scène la nécessaire refonte du Conseil de sécurité de l’Union africaine. Le verrouillage du dossier saharien passe, à n’en point douter, par cette case-là. Mais rien n’empêche la diplomatie marocaine de voir plus large, en grand, en s’alliant avec les puissances qui exigent la refonte du Conseil de sécurité onusien. D’autres puissances montantes méritent de figurer parmi les membres permanents dudit Conseil pour servir et valoir ce que le monde nouveau exige comme changements. Rater ce train là équivaut à un manque de clairvoyance.
On y reviendra…

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