Dossier saharien: Köhler à la manœuvre

Dossier saharien: Köhler à la manœuvre
Dossier saharien: Köhler à la manœuvre

Dans l’espoir de débloquer le processus de paix dans le Sahara occidental, le responsable de l’Onu pour cette région africaine, Horst Köhler, a invité les représentant du Maroc, de l’Algérie, de la Mauritanie et du Front Polisario à Genève afin de discuter avec eux d’un format de «table ronde» sur l’avenir des territoires en question, écrit l’AFP.

Les invitations ont été remises vendredi dernier au Maroc, à l’Algérie, au Front Polisario et à la Mauritanie, selon des sources diplomatiques. Les quatre parties invitées à se retrouver les 4 et 5 décembre prochain à Genève ont jusqu’au 20 octobre pour répondre.

L’AFP qui cite l’une des sources diplomatiques sous couvert d’anonymat, note qu’il ne s’agira pas «d’une réunion de négociations », mais plutôt d’une «table ronde». «C’est une formule 2+2», les deux parties en conflit c et Polisario d’un côté, et les voisins mauritanien et algérien de l’autre, a expliqué une autre source, également sous couvert d’anonymat.

Pour le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie, les missives ont été envoyées aux ministres des Affaires étrangères. Le niveau des représentations qui pourraient se retrouver en Suisse à la fin de l’année n’est pas connu à ce stade.

Nommé en 2017, L’ancien président allemand qui a pris en main le dossier saharien depuis sa nomination en 2017 a déjà rencontré les différentes parties au conflit en début d’année, mais de manière distincte. Fin juin-début juillet, il avait effectué une tournée régionale qui l’avait conduit à Alger, Nouakchott, Tindouf, Rabouni, Rabat, Laayoune, Smara et Dakhla.

Le dernier round de négociations entre le Maroc et le Front Polisario remonte à 2008, depuis la situation reste bloquée.

Alger en embuscade :

Cette année, l’Algérie avait fait savoir qu’elle refusait des négociations directes avec le Maroc, comme ce pays le souhaite pourtant depuis longtemps. Le conflit doit être réglé par les Sahraouis et le Maroc estime Alger, qui n’excluait cependant pas d’«accompagner» les deux parties dans leurs discussions.

Le 26 septembre à New York, le chef de la diplomatie algérienne a réagi aux accusations portées envers l’Algérie par le chef du gouvernement marocain sur la question du Sahara occidental, réaffirmant la position de principe d’Alger quant à la résolution du conflit, à en croire un communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères.

Lors de sa rencontre mercredi avec Horst Köhler, envoyé personnel du secrétaire général de l’Onu pour le Sahara occidental, le ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, a répondu aux accusations proférées par le chef du gouvernement marocain Saâdeddine El Othmani, rapporte un communiqué du ministère algérien des Affaires. S. El Othmani, avait demandé mardi aux Algériens de « prendre leurs responsabilités » et les a clairement pointé du doigt concernant leur responsabilité dans ce conflit. «L’engagement de l’Algérie pour une solution politique, juste, durable, et mutuellement acceptable qui pourvoit à l’autodétermination du peuple du Sahara occidental», rappelle un communiqué de la diplomatie algérienne. Concernant la résolution du conflit au Sahara occidental, tout en rappelant l’engagement de l’Algérie à faire aboutir les efforts de l’Onu, A. Messahel a souligné que «la solution ne peut être que le résultat de négociations directes, sans préconditions et de bonne foi, entre les deux parties en conflit, le royaume du Maroc et le Front Polisario ».

 

Rabat sous pression ?

Il y a lieu de rappeler que le Maroc a refusé de répondre positivement aux précédentes invitations si rien n’est fait pour que l’Algérie soit de la partie.

En janvier 2018, Köhler avait invité chaque partie à une rencontre bilatérale à Berlin. Il n’a rencontré la délégation marocaine qu’en mars, à Lisbonne. Le Maroc estime que sans l’Algérie, il ne peut y avoir de processus de discussion ou de négociation avec le « Polisario » car l’Algérie est l’acteur central de ce conflit, c’est ce pays qui abrite, qui arme, qui finance et qui mobilise sa diplomatie. Sans elle, le conflit n’existerait pas.

Plus, Rabat a même mis en évidence les quatre « lignes rouges » intransgressibles. C’était lors du discours royal du 6 novembre commémorant la Marche Verte. Le Souverain a publiquement dévoilé ce que le Maroc pourrait accepter et ce qu’il ne pourrait jamais avaliser :

« – Premièrement: aucun règlement de l’affaire du Sahara n’est possible en dehors de la souveraineté pleine et entière du Maroc sur son Sahara, ni en dehors de l’Initiative d’autonomie, dont la communauté internationale a reconnu le sérieux et la crédibilité.
« – Deuxièmement: les expériences passées devraient permettre de méditer sur une évidence: le problème n’est pas tant de trouver une solution à cette affaire, mais plutôt d’arriver à définir le processus à suivre pour y parvenir. Il appartient, donc, aux parties à l’origine de ce conflit monté de toutes pièces, d’assumer pleinement leur responsabilité dans la recherche d’un règlement définitif ;
Troisièmement: le plein respect des principes et fondamentaux retenus par le Conseil de Sécurité pour le traitement de ce conflit régional artificiel; l’organe onusien étant, de fait, la seule instance internationale chargée de superviser le processus de règlement; et
Quatrièmement: le refus catégorique de tout dépassement, de toute tentative de porter atteinte aux droits légitimes du Maroc et à ses intérêts supérieurs, de toute proposition obsolète visant à écarter le plan de règlement des paramètres référentiels retenus, de l’insertion abusive d’autres sujets, lesquels sont traités par des institutions compétentes. »

Retour aux manœuvres ?

La diplomatie marocaine sait qu’elle a du pain sur la planche pour faire avancer le schmilblick de sorte à ce que l’offre d’autonomie élargie reste en pointe. Mais en attendant que l’ONU statue clairement en faveur de cette proposition, force est de souligner que bien des manœuvres guettent la démarche marocaine pourtant saluée comme étant « réaliste, sérieuse et crédible ». Parallèlement aux écueils rencontrés auprès de l’U.E pour faire avaliser les accords agricole et de pêche, c’est une autre attitude, moins conciliante, qui commence à poindre à l’horizon de Bruxelles. Federica Mogherini appelant le Maroc a avaliser le verdict des instances judiciaires européennes qui excluent le Sahara de tout accord… Plus, même l’allié US sur lequel la diplomatie marocaine semble avoir beaucoup misé cultive un double langage à l’endroit de Rabat. Le département d’État a réitéré l’appui des États-Unis au principe d’autodétermination du peuple sahraoui dans le cadre des résolutions de l’Onu, en réaffirmant leur soutien aux efforts de la MINURSO pour la résolution du conflit au Sahara occidental. Dans un entretien accordé à l’Algérie Presse Service (APS), Pablo Rodriguez, responsable au département d’État américain, a rappelé que les États-Unis soutiennent l’organisation d’un référendum d’autodétermination pour le peuple sahraoui et appuient les efforts de l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental Horst Köhler, pour lancer de nouvelles négociations entre le Maroc et le Front Polisario, a déclaré le 22 septembre  «Nous soutenons le processus diplomatique de l’Onu et ses efforts déployés pour parvenir à une solution au conflit, mutuellement acceptable qui garantit l’autodétermination du peuple sahraoui», a énoncé en substance le diplomate US. Plus, P. Rodriguez a affirmé que pour les responsables du département d’État, le plan d’autonomie du Maroc ne représentait qu’une approche, son pays soutenant le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination, principe consacré par le droit international. Dans ce cadre, le responsable a précisé que «cela inclut le soutien au travail de l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental, ainsi qu’au mandat de la mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO)».

Ces déclarations s’inscrivent en faux vis-à-vis de celles tenues, le 29 juin à Rabat, par John Sullivan, secrétaire d’État américain adjoint, qui s’est clairement prononcé en faveur du plan d’autonomie.  «C’est un plan sérieux, réaliste et crédible, capable de satisfaire les aspirations de la population du Sahara occidental», avait déclaré le diplomate américain lors d’un point de presse conjoint avec le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita, selon l’AFP.

Le déplacement de J. Sullivan au Maroc, après son séjour en Algérie le 28 juin, avait coïncidé avec la présence de l’allemand Horst Köhler, sur le territoire du Sahara occidental. «Nous soutenons le processus diplomatique de l’Onu et les efforts pour trouver une solution politique mutuellement acceptable au conflit qui apporte l’autodétermination au peuple du Sahara occidental», a affirmé le responsable américain, en précisant que «le plus important est notre dialogue avec le gouvernement marocain et notre soutien à ce que nous considérons comme un plan sérieux et réaliste», toujours selon l’AFP.

 

Joker iranien ?

 

Entre Rabat et Washington, il faut croire que la multiplication des contrats d’armement au profit des FAR n’aura pas eu l’effet diplomatique escompté. Jusqu’à aujourd’hui, l’ambassadeur US choisi pour le poste de Rabat n’a pas encore été investi. Un coup de froid a-t-il affecté durablement les rapports entre les deux pays ? Quoi qu’il en soit, force est de souligner que Rabat n’a pas hésité à se joindre à la curée visant à diaboliser l’Iran par l’administration Trump. La rupture des relations entre Rabat et Téhéran a même été consommée au motif que l’Iran accorderait une couverture au Hezbollah libanais pour armer et entrainer les séparatistes du Polisario… depuis Alger. La pression ne faiblit pas sur ce plan là puisque un projet de loi est promu par le républicain Joe Wilson, ainsi que ses collègues Carlos Curbelo (Républicain) et le démocrate, Gerry Connolly, au Congrès US, dans lequel ils réaffirment la relation qui unit les Etats Unis d’Amérique et le Royaume du Maroc et condamnent la collusion entre le mouvement séparatiste du Polisario et le Hezbollah, ainsi que les visées déstabilisatrices de l’Iran en Afrique du nord et au delà.

« Le Royaume du Maroc a été la première nation à reconnaitre les Etats Unis d’Amérique en 1777 et demeure un allié stratégique important et un partenaire pour la paix au Moyen-Orient et en Afrique du nord”, affirme Joe Wilson, sur son site officiel, tout en condamnant les récents agissements du Polisario, “une organisation terroriste financée par l’Iran”.

Le projet de loi fustige l’Iran qui “fournit un soutien matériel et financier à des organisations terroristes tel que le Hezbollah, que les Etats Unis avaient désigné comme étant une organisation terroriste internationale”, en pointant du doigt les visées déstabilisatrices de l’Iran et de son allié le Hezbollah en Afrique du nord, qui “s’inscrivent à rebours des objectifs de la sécurité nationale des Etats Unis”. C’est dans ce contexte que le projet de loi réaffirme le soutien au plan marocain d’autonomie qu’il qualifie de « sérieux, crédible et réaliste”, et qui constitue “un pas vers l’avant en vue de satisfaire les aspirations des populations du Sahara à gérer leurs propres affaires dans la paix et la dignité ».

Le texte appelle le Président Donald Trump, le Secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, et la Représentante US à l’ONU à soutenir les efforts des Nations Unies visant un règlement pacifique à la question du Sahara, en droite ligne de la position de Washington, qui a, maintes fois, qualifié le plan d’autonomie de « sérieux, crédible et réaliste ».

L’introduction de ce projet de loi intervient suite aux démarches effectuées par la diplomatie marocaine auprès des centres décisionnels à Washington, ainsi qu’auprès des prescripteurs d’opinions américains. Ces démarches ont veillé, avec méthode, à présenter des preuves attestant de la collusion avérée entre le Hezbollah, allié de l’Iran, et le mouvement séparatiste du Polisario. La pression de la diplomatie marocaine via ses lobbyistes réussira-t-elle à faire basculer les « convictions » américaines ? N. Bourita a déployé sa nasse. Qu’en sortira-t-il au bout du compte ?

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