Dossier saharien: Voilà pourquoi Rabat joue la fermeté…

Dossier saharien: Voilà pourquoi Rabat joue la fermeté…

Excédé par les multiples manœuvres déployées par les sécessionnistes du Polisario dans les zones-tampon, le Maroc a décidé de réagir avec fermeté à l’égard d’une « politique du fait accompli » à laquelle recourent les séparatistes pour remettre en cause un statu quo ante. Ce qui compromet l’esprit même du cessez-le-feu parrainé par les Nations Unies à l’heure où les regards restent braqués sur le Palais de Verre de New York où le traditionnel rapport sur le Sahara est attendu en pareille période. La diplomatie marocaine qui monte au créneau craint-elle que le temps se gâte alors que le draft du rapport du SG de l’ONU qui circule dans les médias laisse augurer plutôt un gain de cause pour le Royaume ?

Ce n’est pas tous les jours que le Parlement est convoqué, dimanche, à une rencontre extraordinaire qui fut suivie, juste après, par une rencontre élargie aux leaders des partis politiques en présence du chef du gouvernement. Tout cela témoigne que l’affaire est, à bien des égards, grave. Lors de cette rencontre d’urgence du 1er avril, le ministre des Affaires étrangères  a dénoncé des agissements du Polisario dans la région de Bir Lahlou et au niveau de la zone-tampon. Nasser Bourita compte adresser un appel à l’ONU pour résoudre la situation. Devant la presse, N. Bourita a dénoncé les actions « dangereuses » menées par le mouvement séparatiste dans les régions de Bir Lahlou et de Tifariti situées au-delà du mur de défense marocain.

Les clarifications du chef de la diplomatie marocaine ont été apportées à l’issue d’une réunion extraordinaire au parlement, organisée à l’initiative du gouvernement, et à laquelle il a pris part aux côtés du ministre de l’Intérieur.  Une rencontre au cours de laquelle Abdelouafi Laftit a annoncé que le Polisario avait déplacé son « ministère de la Défense » ainsi que son « parlement « dans la localité de Bir Lahlou selon une source ayant pris part à cette réunion. Des éléments du mouvement séparatiste ont également dressé des tentes dans la zone d’Al Mahbas, située à proximité du mur de défense marocain.

« Le Maroc fera face à ces provocations dans la zone-tampon et ne permettra pas l’altération du statut historique et légale de cette région qui a toujours fait partie du territoire marocain et qui n’a connu que la présence marocaine jusqu’en 1991 » a déclaré N. Bourita en référence à l’année de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre le Royaume et le Polisario. Car il ne faut pas oublier que le « Maroc a confié cette zone à l’ONU dans le cadre du maintien du cessez-le-feu« .  Dès lors, il revient à l’organisation dirigée par Antonio Guterres et aux grandes puissances » de prendre leurs responsabilités », rappelle le ministre qui estime d’ailleurs  que « l’ONU ne s’est pas montrée assez forte dans sa gestion des provocations de Guergarat ce  que ce groupe (sécessionniste) a considéré comme un encouragement« .

Le ministre des Affaires étrangères a également annoncé que le Maroc « entamera des démarches diplomatiques, non pas pour un apaisement ou des mesures ordinaires, mais pour porter à l’attention de tous que les récents développements sont dangereux et constituent une rupture du cessez-le-feu pouvant pousser la région vers l’inconnu »  et a également précisé que le Royaume se réservait le droit de « défendre cette partie de son territoire« . A l’issue de la réunion tenue dimanche matin dans l’hémicycle, Nasser Bourita et Abdelouafi Laftit se sont rendus à la primature pour une réunion en présence du Chef du gouvernement et des chefs des partis politiques marocains au cours de laquelle ils ont affirmé que le Polisario ambitionnait de créer un « Etat de facto » à Bir Lahlou en déplaçant certaines de ses institutions dans la localité marocaine.

L’Algérie impliquée

En ce mois d’avril, le dossier du Sahara réoccupe les devants de la scène puisqu’une copie avancée du rapport du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, sur le Sahara a été diffusée. Un document  où le fonctionnaire numéro un de l’ONU évoque les parties impliquées dans le conflit,  la place de l’ONU dans sa résolution  ainsi que la situation dans la zone de Guergarat.  La diffusion de cette copie intervient 10 jours après un briefing effectué par l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara, Horst Köhler, devant le Conseil de sécurité et duquel semblent inspirés quelques éléments figurant  dans cette copie avancée du rapport annuel du secrétaire général.

En effet, comme son envoyé personnel pour le Sahara, Antonio Guterres confirme le leadership onusien dans la résolution du conflit du Sahara.  Selon nos informations, le Portugais a fait référence aux rencontres entre Horst Kohler et des responsables de l’Union africaine (UA)  durant lesquels ces derniers lui ont assuré leur soutien et ont  « reconnu le leadership de l’ONU dans le processus ».

La copie avancée du rapport du secrétaire général fait également référence aux décisions prises par l’UA soulignant notamment que lors du 30e sommet de l’organisation, les Etats membres ont  affirmé leur soutien à l’Envoyé personnel et ont reconnu le leadership de l’ONU dans le processus ».  A noter que cette version du rapport ne fait aucune mention de la rencontre entre Horst Köhler et  le commissaire à la paix et la sécurité de l’UA, Smail Chergui.

Autre développement absent de ce rapport,  l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE)  relatif à l’accord de pêche entre le Maroc et les 28 selon lequel l’accord de pêche Maroc-UE  ne s’applique pas aux eaux adjacentes au Sahara. Pour une source proche du dossier, cette omission signifie que « l’ONU et Maroc considèrent que ce développement n’est d’aucune pertinence pour le cadre onusien, qui demeure le cadre du traitement du dossier du Sahara ». Lors de son oral devant le Conseil de sécurité, Horst Kohler n’avait également pas mentionné l’arrêt de la CJUE.

Dans la copie avancée de son rapport,  le Secrétaire général de l’ONU fait également référence à l’esprit de « réalisme et de compromis » dans lequel doivent être menées les négociations entamées dans le cadre de la résolution du conflit du Sahara.

Un esprit auquel le Portugais a déjà fait référence dans son rapport sur le Sahara présenté en avril 2017 et qui a été introduit par l’ancien envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara, Peter Van Walsum. Ce dernier avait écarté l’option d’un Sahara indépendant.

Cette version du rapport annuel du secrétaire général de l’ONU sur le Sahara  évoque également le rôle de l’Algérie dans le conflit. Alger est notamment appelée à « apporter une importante contribution au processus et de renforcer son engagement dans le processus de négociation ».

La copie avancée du rapport d’Antonio Guterres  fait également le point sur l’évolution de la situation à Guergarat. Le Portugais rappelle notamment qu’il avait lancé un appel, au mois de janvier 2018, « pour que le trafic commercial et civil ne soit pas entravé et qu’aucune action ne soit menée qui pourrait constituer un changement dans le statut quo de la zone tampon ». Le fonctionnaire numéro un de l’ONU appelle également  le Polisario « à se retirer de la zone tampon comme il l’a fait en avril 2017 ».

On notera qu’il ne s’agit là que d’une copie annoncée du rapport du secrétaire général de l’ONU qui peut faire l’objet, le cas échéant, de modifications.  En 2017, la version finale  du rapport d’Antonion Guterres sur le Sahara avait été distribuée le 10 avril. C’est après la présentation du  prochain rapport du Portugais que le Conseil de sécurité décidera s’il prorogera, ou non, le mandat de la Mission des nations unies pour le Sahara(Minurso) qui prend fin le 30 avril prochain.

Ebranlé, le Polisario attaque l’ONU !

Il y a lieu de rappeler qu’en marge de la 6è conférence internationale sur le droit des peuples à la résistance tenue durant ce weekend à Alger, Brahim Ghali, « leader » des séparatistes, s’en est vertement pris à l’ONU. Saluant le soutien de son parrain, l’Algérie, et sa «position immuable à laquelle le peuple algérien nous a habitué depuis le temps où nous étions sous colonisation étrangère», B. Ghali s’en est pris directement à l’ONU. Selon lui, il est «inacceptable de voir les Nations Unies qui sont les responsables directs de la zone de conflit au Sahara Occidental, absents pour la protection et la surveillance des droits de l’homme». Cette charge intervient alors que juste avant l’ouverture de cette conférence, Taleb Omar, ambassadeur séparatiste accrédité à Alger, avait approuvé le soutien du Conseil de sécurité aux efforts de l’envoyé onusien, Horst Kohler appelé à poursuivre ses concertations avec plusieurs parties pour lancer des négociations directes sans conditions préalables entre le Front Polisario et le Maroc. Plus, il s’est déclaré optimiste quant à la capacité de Kohler d’amener le Maroc à accepter les négociations et écarter les positions des Etats qui entravent le règlement du conflit au Sahara Occidental, notamment celles de la France et de l’Espagne.

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