Droit à l’information: Sale temps pour la presse

La loi suprême du pays consacre l’accès à l’information comme un droit inaliénable. Un droit dont jouit tout citoyen et non plus les seuls professionnels de l’information. L’affaire est donc entendue. Sauf que dans la pratique de tous les jours, il y a loin de la coupe aux lèvres. Les médias ont les pires difficultés à accéder à l’information de « Première main » lorsque les rapports de confiance ne sont pas préalablement établis entre celui qui génère une offre, somme toute publique et non plus privée, et celui qui crée la demande, cette dernière étant en général recyclée sous diverses formes journalistiques pour éclairer l’opinion publique. Jusque-là, rien de surprenant dans tout ce laïus qui ne fait que reproduire des lapalissades.

Mais là où les choses deviennent plus corsées, c’est bien lorsqu’on voit que des institutions élues persistent à faire de la rétention de l’information au motif les délibérations doivent rester frappées du sceau du secret. L’affaire prend une dimension quasi-philosophique pour tout ce qui se rapporte aux délibérations d’instances aussi respectables que le Parlement dans ses deux chambres. Ainsi, ces structures qui n’ont de raison d’être que par le puissant levier qu’actionnent les électeurs, c’est-à-dire un corps électoral aussi disparate que l’expression des intérêts contradictoires exprimés dans les urnes, tiennent à maintenir cloisonnées certaines de leurs structures. En d’autres termes, il n’est pas question pour ceux que la curiosité mine d’avoir un droit de regard sur ce qui s’y trame.

Pas moins de quatre journalistes risquent gros en ayant « divulgué » des informations confidentielles liées à une commission d’enquête sur les caisses de retraite. Le procès du 27 février à Rabat aurait du mobiliser les divers corps qui représentent les professionnels de l’information du syndicat aux fédérations d’éditeurs. Car l’affaire les concerne. Mais tel ne semble pas être le cas. Du coup, la justice qui est appelée à statuer sur cette problématique de taille, le droit à l’information étant pour le cas d’espèce remis en question, pourrait se délester de tout examen rigoureux de cette affaire, c’est à dire sous toutes ses coutures, pour frapper fort. Et par devers elle, faire œuvre de jurisprudence !

Pour informer les uns et les autres des risques encourus, il y a lieu de rappeler que le ministère public a requis l’application stricte de l’article 14 du règlement concernant le fonctionnement des commissions d’enquête relevant de la Chambre des conseillers. Si le procureur n’a pas précisé les peines, il est loisible de deviner le reste. Ledit article stipulant que toute personne violant le secret des délibérations est punie d’un à cinq ans de prison ferme assortis d’une amende.

L’affaire remonte à octobre 2016 lorsque Abdelillah Benkirane, chef du gouvernement à l’époque, avait été auditionné sur la situation des caisses de retraite. Lorsqu’on sait tous le degré d’estime porté aux médias  par un gouvernement qui a toujours mal à sa communication, nul besoin de chercher plus loin pour appuyer la démarche des journalistes aujourd’hui appelés à la barre. Ont-ils fauté en tentant d’éclairer l’opinion sur un dossier qui continue à faire couler beaucoup d’encre ? Faut-il rappeler aux uns et aux autres la levée de boucliers que la retraite dorée de l’ex-chef de gouvernement perçoit a suscitée ? Et que dire lorsqu’on voit des retraités hurler à l’injustice en constatant, désarmés face à la puissance de l’Etat, que leurs maigres pensions sont ponctionnées par le fisc ?

Que d’incohérences…

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