Enquête Nationale auprès des Entreprises: Etat de santé fragile selon le HCP
Enquête Nationale auprès des Entreprises: Etat de santé fragile selon le HCP

Le Haut Commissariat au Plan vient de publier les résultats préliminaires de son enquête de structure sur les entreprises au Royaume.
Il s’agit là d’une radioscopie du tissu productif national dans sa diversité qui vise à appréhender la perception des entreprises du cadre économique, social et juridique dans lequel elles opèrent.
Couvrant tout le territoire national, l’enquête cible toutes les entreprises organisées opérant dans les secteurs de l’industrie, de la construction, du commerce et des services et exclut de ce champ les secteurs financier, de l’agriculture et de l’informel.
Dans l’ensemble, les résultats confirment la perception généralisée du climat des affaires jugé peu propice au business.

La structure des entreprises au Maroc est à 93% constituée de très petites et moyennes entreprises (TPME) (64% des TPE et 29% des PME) contre 7% des grandes entreprises (GE). Près des deux-tiers (63%) d’entre elles sont concentrées dans l’espace régional Casablanca-Tanger : 39% des entreprises sont implantées dans la région de Casablanca-Settat, 15% dans la région de Rabat-Salé-Kenitra et 9% dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima.

La répartition par secteur d’activité montre que près de 42% des entreprises opèrent dans le secteur des services, 27% dans le commerce, 21% dans la construction et 10% dans l’industrie.

Les TPE (44%) et les PME (42%) sont fortement concentrées dans les services et faiblement présentes dans l’industrie avec respectivement un poids de 8% et 11%.

En revanche les grandes entreprises sont quasi-équitablement réparties entre les secteurs de l’industrie (26%), de la construction (23%), du commerce (27%) et des services (24%). Au niveau régional, les services sont concentrés dans les régions de Casablanca-Settat (39% des entreprises) et Marrakech-Safi (11%).

Dans le secteur du commerce, plus de la moitié (58%) des entreprises sont implantées dans la région Casablanca-Settat (44%) et la région Rabat-Salé-Kénitra (14%).

Le secteur de l’industrie est fortement concentré dans la région Casablanca-Settat (47%) suivie par la région Tanger-Tétouan-Al-Hoceima (12%).

S’agissant du secteur de la construction, il est moins polarisé que le reste des secteurs d’activité, avec 29% des unités implantées dans la région Casablanca-Settat, 16% dans la région Rabat-salé-Kénitra et 11% dans la région Fés-Meknès.

La répartition des entreprises par tranche d’âge fait apparaitre que 75% des entreprises sont de création récente, avec moins de 20 ans d’existence.
Près de la moitié d’entre elles ont moins de 10 ans.
La part des entreprises de moins de 10 ans dans les secteurs des services (42%), de la construction (35%) et du commerce (33%) est plus importante que celle du secteur industriel (12%). 40% des TPE ont moins de 10 ans.

Par ailleurs, la proportion des TPE est de 73% pour les créations récentes contre 64% pour l’ensemble des entreprises.
Ces deux éléments traduisent la dynamique de création chez les TPE.
Dans l’ensemble, les créations récentes de moins de 10 ans sont fortement enregistrées dans le secteur des services avec 49% des entreprises contre 3,3% dans l’industrie.

Mangement marocanisé et peu féminisé

Les entreprises au Maroc présentent un taux d’encadrement de 25% avec une faible disparité selon les secteurs d’activité.
Avec un taux de 18%, les TPME industrielles sont relativement les moins encadrées.
En revanche, le taux d’encadrement le plus élevé est enregistré dans les TPME commerciales (33%).

Sur le plan de la formation continue, 26% des entreprises ont mené des actions de renforcement des capacités au profit de leur personnel.
Cette proportion s’élève à 75% pour les GE contre 34% pour les PME et 18% pour les TPE. Les entreprises ont un faible usage des technologies dans leur fonctionnement.
Alors que 31% possèdent des sites web, seules 35% les utilisent dans un cadre professionnel. Il s’agit surtout de GE (43%), les TPME représentent 28%sur cet aspect.

Le management des entreprises est faiblement féminisé. Il est de 8% dans les GE contre 13% au niveau des TPME. Par ailleurs, il se situe entre 3% à 17% selon le secteur d’activité.

Enfin la répartition des entreprises par nationalité des dirigeants montre que 5% des entreprises (4% des TPME et 15% des GE) sont dirigées par des étrangers dont 29% sont des femmes.

Investissement et financement insuffisant

Au cours des trois dernières années, 39% des entreprises ont réalisé des investissements. Cette proportion s’élève à 80% pour les GE, 49,5% pour les PME et 29,4% pour les TPE.
La taille de l’entreprise apparaît comme un facteur déterminant de l’investissement.
Toutefois, l’acte d’investir est entravé par le manque de financement pour 74% des entreprises quelle que soit leur taille.
En effet, une entreprise sur cinq recourt au financement externe dont la majorité (93%) provient du crédit bancaire.
Cette proportion s’élève à 46% pour les GE contre 18% pour les TPME.
Les TPME sont les plus confrontées aux difficultés d’accès au financement qui constituent un obstacle sévère pour 40% d’entre elles.

Dans l’ensemble, 58% des chefs d’entreprises sont insatisfaits des services offerts par les institutions financières. Ce mécontentement est plus accentué chez les TPE (63%).
Le taux d’intérêt élevé (40%) ainsi que les garanties exigées par les banques (34%) sont les principaux freins à la demande de crédit.
Près de 33% des entreprises évitent le recours au crédit bancaire pour des raisons religieuses.
Selon la perception des chefs d’entreprises, les deux facteurs les plus déterminants pour l’accès au financement bancaire, à savoir les garanties exigées et le taux d’intérêt, se sont davantage resserrés durant la période considérée.

Recrutement au compte-gouttes

Pour ce qui est de la création d’emplois, la moitié des entreprises ont déclaré avoir recruté, au cours des trois dernières années.
Cette proportion atteint 90% pour les GE et 70% pour les PME contre 38% pour les TPE.
Les GE recrutent principalement des profils d’un niveau élevé (ingénieurs, cadres supérieurs) alors que les TPE recrutent principalement des techniciens spécialisés et des ouvriers qualifiés.

La majorité des recrutements (71%) sont des recrutements de remplacement ou se font suite à l’expansion de l’activité (64%).

Les principaux obstacles à la politique de recrutement sont l’insuffisance de l’activité pour 63% des entreprises et le coût élevé de la main d’œuvre dans 26% des cas.
Par ailleurs, 37% des entreprises déclarent que le système actuel d’éducation et de formation professionnelle ne leur permet pas de trouver sur le marché du travail des profils adéquats.
L’industrie, avec 52% des entreprises, est le secteur qui souffre le plus de cette inadéquation.

Sur le registre des conflits sociaux, 18% des entreprises déclarent en avoir connu.
Ces problèmes sont significativement présents au sein des GE à hauteur de 44%.
Au niveau des PME et des TPE, cette proportion est respectivement de 24% et 13%.
Pour gérer ces conflits, 52% des GE recourent principalement au dialogue organisé.
Cette procédure n’est utilisée que par 32% de PME et 26% des TPE.

Environnement institutionnel compliqué

Sur le plan de la fiscalité, les entreprises se plaignent des contrôles fiscaux et de la multiplicité des redressements.
À ce titre, 34% des GE ont fait l’objet d’un contrôle fiscal et 73% ont été redressées durant la dernière année.
Dans l’ensemble, le système fiscal est jugé contraignant par 60% des d’entreprises, un facteur de découragement de l’investissement par 95% d’entre elles, source de méfiance vis-à-vis de l’administration fiscale par 88% et favorisant le recours à des pratiques informelles par 69%.
Par ailleurs, le système fiscal est considéré complexe par plus de la moitié des entrepreneurs (51%). Cette proportion est de 63% pour les GE.

Pour ce qui est de la justice, la lenteur de traitement des litiges commerciaux par les tribunaux constitue une contrainte pour 51% des entrepreneurs et la difficulté dans l’application des décisions judiciaires pour 15% des cas.

Les chefs d’entreprises ont globalement une opinion peu favorable de leurs rapports avec l’administration publique.
Les deux tiers des entreprises estiment que la complexité des procédures de l’administration est un obstacle au développement de leur activité.
Pour la moitié des entreprises, la qualité de service, le délai de paiement et l’accès à l’information sont également des contraintes sérieuses.
D’autre part, 57% des entreprises déclarent avoir observé des pratiques non éthiques au sein de l’administration publique.
Ce phénomène est constaté de manière significative parmi les entreprises de tous les secteurs.

S’agissant de la commande publique, 45% des chefs d’entreprises estiment que le monopole de certaines entreprises est l’une des principales raisons qui les empêchent de décrocher une commande publique. Cette proportion est de 60% pour les TPE.
Le manque de transparence est évoqué par 56% des PME ayant soumissionné à un marché public.
Par ailleurs, près de 89% des chefs d’entreprises considèrent que les délais de paiement après livraison des commandes publiques constituent un réel frein au développement de l’entreprise.
Ce facteur menace beaucoup plus les TPME (90%) qui le considèrent comme obstacle majeur à très sévère à la continuité de leur activité.

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