Espaces protégés : Le dilemme économique

Oasis, montagnes, zones humides… Voilà autant de milieux naturels de grande valeur écologique qui distinguent le pays. Si certains de ces milieux, tels que les réserves naturelles et les parcs nationaux, bénéficient d’une protection légale, nombreux sont ceux qui en sont privés. En particulier, les écosystèmes fragiles, comme les oasis et zones de montagnes, soumis à diverses menaces, telles que la surexploitation des ressources naturelles, la perte de la surface végétale, l’ensablement, les inondations, les crues, les sécheresses, les érosions hydrique et éolienne, la salinité des sols. Des documents stratégiques reconnaissent l’ampleur du phénomène mais aussi admettent le vide juridique concernant la protection de ces milieux naturels. Parmi les menaces principales à la biodiversité, plusieurs semblent être intrinsèquement liées aux défis du développement socio-économique. En effet, les initiatives de conservation qui n’arrivent pas à prendre en considération la dimension socio-économique à court et long-terme semblent avoir une faisabilité limitée. Il est difficile de convaincre les personnes de la nécessité de la conservation de la biodiversité lorsque leurs besoins essentiels de subsistance ne sont pas assurés et lorsque l’utilisation des ressources naturelles (de manière légale ou illégale) aide plus ou moins à alléger les contraintes. Bien des efforts sont déjà déployés pour intégrer les deux objectifs de la conservation et du développement socio-économique, l’investissement supplémentaire dans ce domaine est essentiel pour la conservation de certains types spécifiques d’écosystèmes comme la forêt. Cette dernière qui présente de nombreux atouts en rapport avec sa grande diversité biologique et son impact sur l’équilibre socio-économique du pays, commence déjà à se métamorphoser à cause de la sensibilité au climat, une vulnérabilité accentuée par des facteurs anthropiques notamment, le pastoralisme, le défrichement, les incendies…etc.
BILAN D’ETAPE
Afin de mesurer le chemin parcouru, mais également marquer un temps d’évaluation et d’analyses des potentiels et des fragilités des écosystèmes naturels face aux nombreux défis actuels et à venir, une réunion du Conseil National des Forêts a été tenue le 26 Mai 2015 à Ifrane. Présidé par le Haut-commissaire aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification (HCEFLCD), Abdeladim Lhafi, ce conseil a pour mission de réunir les éléments de définition de la politique du gouvernement en matière de développement économique des zones forestières et de parcours et étudier et proposer les moyens et les mesures intégrées de nature à promouvoir le développement des zones forestières et de leurs zones riveraines. Cette réunion a été consacrée à l’évaluation du bilan des réalisations du plan décennal 2005- 2014, ainsi qu’à la présentation des principales composantes du nouveau plan décennal 2015-2024. Plusieurs acquis s’ajoutent ainsi à l’actif du HCEFLCD lors de la décennie passée notamment dans le registre de la sécurisation foncière du domaine forestier, une amélioration substantielle a été enregistrée de la cadence de réalisation des différentes étapes de clarification du statut juridique du domaine forestier. Sur les 9 millions d’hectares du domaine forestier, seulement 2% de la superficie (240 000 ha) restent à délimiter. Sur le volet de la réhabilitation des écosystèmes forestiers, il a enregistré quant à lui une augmentation du rythme de la reconstitution des forêts avec 36.400 ha par an enregistrant ainsi une augmentation de la superficie forestière de 2%. Des actions de Lutte contre l’érosion hydrique ont permis le traitement de 100.000 m3 par an à travers la mise en œuvre de 86 projets intégrés dans 18 BV prioritaires au niveau de 40 provinces pour la lutte contre l’envasement des barrages et les risques d’inondations. Les actions de lutte contre l’ensablement ont connu un renforcement notable à travers notamment la fixation de 39.000 ha de dunes dans 18 provinces et la création de 7 ceintures vertes dans les provinces du sud. L’actualisation du Plan d’Action National de Lutte Contre la Désertification a permis, par ailleurs, d’assoir une plateforme territoriale et intersectorielle de référence pour la coordination de la lutte contre la désertification. Par ailleurs, d’autres actions ont été également réalisées pour assurer la conservation et la valorisation de la biodiversité, notamment la promulgation de la loi sur les aires protégées et la loi sur la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages), l’actualisation des lois sur la chasse et sur la pêche dans les eaux continentales ) la réhabilitation des habitats et la réintroduction de certaines espèces disparues dans leurs milieux naturels (faune saharienne). S’agissant des incendies de forêts, une réduction significative des superficies touchées a été notée (de 13 ha/incendie entre 1960 et 2003 à 5 ha/incendie en 2013). Ceci grâce à l’élaboration et la mise en œuvre de dispositifs de prévention et de gestion des risques.

LA LUTTE CONTINUE
Capitalisant sur ces acquis, le HCEFLCD a élaboré un nouveau Plan Décennal 2015-2024 qui adopte une vision basée sur trois dimensions de gestion durable des espaces naturels. Primo, la dimension temporelle qui adopte la prise en compte du temps écologique, largement supérieur aux autres temps (économique et électoral). Secundo, la dimension socioéconomique qui met l’élément humain au cœur de tout projet de développement et, tertio, la dimension proactive qui nécessite d’anticiper sur les nouveaux défis et enjeux relatifs aux facteurs naturels et humains, notamment les changements climatiques et l’évolution des besoins de développement. Ce nouveau plan décennal se décline en plusieurs objectifs dont le premier étant la lutte contre l’érosion hydrique et la dégradation des terres au niveau des bassins versants à travers la création de 2 millions de m3 de seuils de sédimentation et le reboisement de 190.000 hectares. Le 2ème objectif consiste en la lutte contre l’ensablement via la fixation de 8.000 ha de dunes littorales et continentales par des actions de lutte mécaniques et biologiques. Cette action permettra la protection de 240.000 ha de terrains directement menacés par l’ensablement et la protection de 120 Km d’infrastructures routières. Quant au 3ème objectif, il consiste en l’adaptation aux changements climatiques et la gestion des risques à travers l’aménagement et l’équipement des forêts pour une meilleure protection contre les incendies de forêts. Il s’agira aussi d’intensifier les opérations de reboisement ainsi que l’élaboration de modèles intégrés de gestion des territoires via des actions de reboisement sur 600.000 ha, des actions sylvicoles sur 300.000 ha et des études d’aménagement participatif sur 4,5 millions d’hectares. Le HCEFLCD s’engage aussi pour l’appui aux programmes de création des ceintures vertes sur 100.000 ha et l’accompagnement et le renforcement des plantations sur les domaines non forestiers via la distribution de 60 millions de plants forestiers. De même, pour ce qui est de la lutte contre les facteurs de dégradation des écosystèmes forestiers à travers la gestion participative des espaces pastoraux, l’amélioration des troupeaux (avec 300 associations pastorales et 50 groupements d’éleveurs) et la diminution de la pression sur la consommation du bois de feu. L’effort de conservation et de valorisation de la biodiversité sera aussi maintenu à travers la classification de 25 sites d’intérêt biologique et écologique selon la nouvelle loi sur les aires protégées, la création de comités de gestion et l’adoption de plans de gestion participative de ces aires protégées et enfin, le développement de l’activité éco-touristique. Le HCEFLCD compte aussi inverser la tendance de dégradation de la biodiversité à travers notamment l’inventaire et le suivi des espèces de faune et de flore menacées d’extinction et leur conservation in-situ et ex-situ, la mise en œuvre des plans opérationnels de réintroduction des espèces menacées dans leurs habitats naturels et la promotion de l’éducation environnementale. La finalisation de l’immatriculation foncière du domaine forestier en garantissant les droits des tiers et la valorisation des produits forestiers et des filières de production, le développement de l’investissement dans le secteur et le renforcement de l’économie sociale et solidaire sont aussi au menu de ce plan décennal. Enfin, pour assurer une meilleure mise en œuvre et application de ce plan, priorité est ainsi accordée à la bonne gouvernance et au développement de mécanismes spécifiques avec les partenaires.

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