La fièvre sécuritaire obscurcit l’horizon politique : L’Algérie s’ennuie

La fièvre sécuritaire obscurcit l’horizon politique : L’Algérie s’ennuie
Le mois d’août n’est pas particulièrement fécond pour les politiques algériens. Le clanisme du système a tendance à se renforcer avec la fièvre sécuritaire qui sévit dans le pays qui barricade ses frontières. Ni la transition souhaitée à la tête de l’Etat n’est intervenue, ni le jeu politique ne s’est débridé pour asseoir la démocratie souhaitable. 
En Algérie, le peuple s’ennuie. Il vitupère contre la cherté de la vie et l’absence de démocratie. Même l’ouverture sur la Tunisie qui permettait aux Algériens de faire du tourisme sanitaire et de souffler un peu loin de la pression des difficultés du quotidien est devenue problématique. L’institution par l’Etat tunisien d’une taxe aux ressortissants algériens (ce qui revient à une limitation des flux) est considérée par Alger comme un casus belli. Mais la tension n’est pas palpable qu’au seul niveau de la frontière avec la Tunisie. Le pouvoir algérien joue sur la corde sécuritaire pour se barricader davantage. Erigeant un mur avec le Maroc après avoir verrouillé sa frontière avec la Libye dont toute porosité pourrait permettre à Daech, en fuite de Syrte, de s’incruster dans le désert algérien. Les sécuritaires algériens ne font pas de mystère : l’état d’alerte maximale décrété au sein des divers corps armés pour endiguer toute menace djihadiste n’occulte en rien la difficulté qu’éprouve le système à éradiquer le danger terroriste bien local. Les opérations de ratissage menées tambour battant dans diverses régions algériennes confirment que «le terrorisme résiduel » n’est pas près de rendre les armes. Une instabilité qui pousse le système à se recroqueviller davantage sur lui-même dans une vaine tentative de « clôture du champ politique » qui ne profite in fine qu’aux clans qui gravitent autour du Palais El Mouradia et ses symboles.
A. BENFLIS CRITIQUE
Le système est bloqué et les horizons d’une démocratisation sont bouchés. La preuve en est l’adoption par l’Assemblée populaire nationale des deux lois organiques relatives au régime électoral et à la création de la Haute instance indépendante de surveillance des élections. Une architecture qui n’agréé point aux diverses formations qui cheminent, en roue libre, dans le paysage politique algérien. Ali Benflis, patron de Talaie El Houriat, ne fait aucun mystère quant à la propension du système à vouloir verrouiller davantage le jeu politique algérien, privant le peuple de ses droits les plus élémentaires : le verdict des urnes. «De graves répressions attentatoires à l’intégrité du pluralisme politique et à la sincérité des processus électoraux dans le pays sont à craindre », d’après les instances dirigeantes de cette formation. Clanique, le système entend recycler à l’infini cette fâcheuse tendance qui a plombé la quête démocratique dans le pays. Et il n’est pas le seul à vitupérer contre les mesures qui traduisent toutes la grande tradition du flou politique ambiant. Parallèlement au jeu et aux enjeux électoraux, l’APN qui reste dominée par une majorité taillée sur mesure par le système est allé plus loin en avalisant deux projets de loi élargissant le droit de réserve des personnels militaires, des officiers de réserve, ainsi que les officiers supérieurs et officiers généraux. Cela traduit, à n’en point douter, une course effrénée du système vers l’inconnu. Le muselage des représentants de «la grande muette », épine dorsale du pouvoir en place, visant à maintenir dans l’opacité la plus totale les véritables marchandages auxquels se livrent les cadors du système pour perpétuer leur mainmise sur le jeu politique et ses diverses représentations, comme sur le partage inégal de la rente nationale, les recettes des hydrocarbures ayant profité à une minorité, comme l’ont confirmé dernièrement les fuites du cabinet Fonseca baptisés «Panama-papers».
L. HANOUNE FUSTIGE
La campagne de restriction des droits et des libertés (liberté d’opinion, liberté de la presse et droit à l’information) n’est pas prête de s’arrêter dans un pays qui présente tous les signes avant-coureurs de l’essoufflement. «Ni le modèle politique n’est viable, ni celui économique n’est solvable », raillent nombre d’observateurs. A. Benflis, ex-candidat à la Présidentielle de 2014, est connu pour ses saillies. Et il n’est donc pas étonnant de voir le BP de sa formation assurer que «rien n’est plus dérisoire que ces mesquineries politiciennes qui accaparent l’attention du régime politique en place alors que l’Etat national se délite dangereusement, que l’économie nationale est dans un état de perdition avancée et que la déstabilisation sociale se rapproche à grands pas». L’alternance politique réclamée par de nombreuses formations politiques semble difficilement envisageable à l’heure actuelle. Ceci est d’autant plus vrai que l’opposition essuie coups sur coups pour la décrédibiliser davantage aux yeux de l’opinion et empêcher toute tentative de son émergence. Le même constat est aussi partagé par Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT). Aux yeux de cette dernière, « le régime qui n’accepte pas la satire et la critique politique est un régime faible et finissant. Malheureusement, c’est le cas de l’Algérie». Claire dans son propos, elle ajoute une couche en soulignant que «le régime est en train de scier la branche sur laquelle il est assis» et lorsqu’on perd sa base c’est, pour elle, «le début du rouleau compresseur». Cette pasionaria qui condamne et déplore l’emprisonnement, 54 années après l’indépendance du pays, de Nora Nedjaï, fonctionnaire au ministère de la Culture chargée de délivrer des autorisations de tournage, des responsables de la chaîne KBC, des journalistes et avocats, lance crûment la question nodale, celle de savoir «où va l’Algérie ». Passant au crible le message adressé par le président Bouteflika au peuple algérien à l’occasion du 5 Juillet, message dans lequel il fait grand cas des réalisations et des exploits, la leader du PT s’est interrogée si «nous vivons dans une même Algérie? Toutes les réformes politiques promises ont échoué. Pis, nous assistons aujourd’hui à l’application de contre-réformes. L’adoption de la loi de finances 2016 et le passage en force et dans des conditions difficiles de six projets de loi anticonstitutionnels nous renseignent sur les visées malhonnêtes du gouvernement.» Le constat est amer dans la bouche de cette militante que le système a cherché à décrédibiliser sans pour autant réussir à entamer sa verve. Et il est des plus cinglants : « l’Algérie, 54 ans après l’indépendance, est à la croisée des chemins. » Tout en n’occultant pas les quelques avancées réalisées, elle ne se berce pas, non plus, d’illusions quant à la régression et au retard enregistrés dans plusieurs secteurs : «Nous disons en toute responsabilité que les incertitudes qui planaient sur notre pays durant l’été 1962 pèsent aujourd’hui sur l’Algérie. Il y a une menace sur sa stabilité. Notre grand acquis qui est la ‘‘République algérienne’’ est aujourd’hui, malheureusement, en danger.»
Le système algérien traine derrière lui des tares congénitales en tête desquelles sa prétention à vouloir recycler du vieux pour en faire du neuf et permettre de la sorte au régime politique en place de procéder à une reconfiguration autoritaire du paysage politique de nature à conforter son emprise hégémonique et ses visées totalitaires sur tous les segments de la vie politique nationale et à le munir des moyens nécessaires à sa pérennité et à sa survie. Les dérives antidémocratiques par lesquelles le régime politique en place croit s’accorder des sursis ne font qu’exacerber l’impasse totale. Les prochaines élections ne dérogeront point à la règle générale observée depuis longtemps par le système. La tricherie et la fraude en constituent les véritables ressorts qui propulsent toujours les mêmes figures du système sur le devant de la scène. Accentuant la frustration d’un peuple dans sa majorité jeune face à une illégitimité évidente des institutions.
Faut-il s’attendre à ce que la chape de plomb qui emprisonne les bonnes volontés puisse sauter un jour ? En attendant, les partis de l’opposition cultivent, faute de mieux, l’espoir. Aussi chimérique qu’il soit.

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