Gestion des flux migratoires: Amnesty dénonce les complicités européennes

Gestion des flux migratoires: Amnesty dénonce les complicités européennes

 

Amnesty international a publié le 13 décembre un rapport dénonçant les liens entre les gouvernements européens et les conditions de détentions des migrants en Libye. «Les gouvernements européens sont sciemment complices de la torture et des abus endurés par des dizaines de milliers de réfugiés et de migrants détenus par les autorités libyennes de l’immigration dans des conditions épouvantables», informe Amnesty international.

L’ONG accuse les Européens de soutenir «un système sophistiqué d’abus et d’exploitation des réfugiés et des migrants» mis en place par les gardes-côtes, les responsables des centres de détention et les trafiquants, avec pour seul souci d’empêcher la traversée de la Méditerranée par les migrants.

«Depuis fin 2016, les Etats membres de l’UE (…) ont mis en œuvre une série de mesures visant à fermer la route migratoire via la Libye et la Méditerranée centrale, sans se soucier des conséquences», résume l’ONG. En conséquence, «des dizaines de milliers de personnes sont détenues indéfiniment dans des centres de détention surpeuplés où elles subissent des sévices systématiques», poursuit John Dalhuisen, le directeur d’Amnesty pour l’Europe. «Les gouvernements européens ne sont pas seulement pleinement au courant de ces abus, mais […] ils en sont complices», accuse-t-il.

Dans un entretien avec l’AFP à Bruxelles, John Dalhuisen a plus spécifiquement critiqué Rome qui, selon lui, a «la série d’arrangements la plus sophistiquée» avec le gouvernement libyen d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj. «Ce système place l’Italie, en particulier, dans une situation où elle rompt ses obligations internationales», et ce notamment en ce qui concerne l’interdiction de la torture, selon John Dalhuisen.

Le renforcement par Rome de ses accords de coopération avec Tripoli a permis de limiter fortement les départs : entre juillet et décembre, le nombre de migrants débarqués en Italie a baissé de plus de 65% par rapport à la moyenne des mêmes périodes entre 2014 et 2016.

Confrontés aux critiques, Tripoli et Rome ont convenu le 9 décembre de former une «cellule conjointe» pour lutter contre les passeurs et les trafiquants.

En attendant, Amnesty relève que les gouvernements européens ont surtout fourni leur assistance au département qui gère les centres de détention en Libye, et qu’ils ont formé et fourni des équipements aux gardes-côtes libyens pour qu’ils interceptent les migrants en mer.

«Jusqu’à présent, 20 000 personnes restent confinées dans ces centres […] surpeuplés et insalubres», constate encore Amnesty. L’Union africaine (UA) a annoncé la semaine passée son intention de rapatrier dans leur pays d’origine ces 20 000 migrants, sous six semaines.

Ces centres sont officieusement sous le contrôle du GNA appuyé par la communauté internationale. Des milliers d’autres migrants sont néanmoins détenus dans d’autres centres tenus par des milices, en dehors de tout contrôle.

Amnesty dit avoir interrogé des dizaines de migrants et réfugiés qui se sont exprimés sur les «abus dont ils ont été victimes ou […] témoins», citant notamment «la détention arbitraire, la torture et le travail forcé».

Les migrants disent être torturés par les gardes dans les centres de détention pour leur extorquer de l’argent. Amnesty accuse également des gardes-côtes d’implication dans le trafic.

Un migrant de Gambie ayant été détenu pendant trois mois a raconté à l’ONG comment il était affamé et battu dans un de ces centres. «Ils m’ont frappé avec un tuyau en caoutchouc, parce qu’ils voulaient de l’argent pour me libérer. Ils appellent la famille en te frappant pour que celle-ci envoie de l’argent», a-t-il expliqué.

L’organisation accuse aussi les gardes-côtes libyens de mettre en danger les migrants et d’intimider les ONG qui opèrent en Méditerranée pour leur sauvetage.

Sur les 11 premiers mois de l’année, près de 3 000 personnes sont mortes ou ont disparu en mer en tentant de rejoindre l’Europe, d’après le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).

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