Le Gouvernement victime des joutes partisanes : Pourquoi A. Benkirane risque l’aphonie?

Le Gouvernement victime des joutes partisanes : Pourquoi A. Benkirane risque l’aphonie?
Les Marocains savent tourner en dérision le jeu politique en le déconsidérant. Ils n’y voient qu’entourloupes et tours de passe-passe. Le sérieux ? Il faut le laisser à d’autres. La responsabilité ? Il ne faut pas y croire. La sincérité ? Autant pour moi et pour tous les autres qui donnent leur langue au chat. Dans le marigot politique, il n’est donc pas étonnant d’entendre des vertes et des pas mûres. Et d’en voir de toutes les couleurs. Cela explique, sans doute, la désaffection dont le pays pâtit. La majorité qui déconsidère le jeu politique ne vote pas. Et si jamais elle s’y intéresse, de loin, c’est pour suivre le spectacle qui lui est livré, sans qu’il en demande, par les ténors de la politique. Entre politicards, on ne se fait de cadeaux. Et A. Benkirane, leader du PJD, tantôt colérique, tantôt rigolo, n’échappe pas à la règle. Lui qui, souvent, ne prend pas la peine de tourner sa langue dans la bouche avant de l’ouvrir, peut mesurer les dégâts qu’un muscle peut causer. S’il n’y a pas d’os dedans, comme le rappelle la sagesse populaire, c’est que Benkirane est tombé droit devant. Aziz Akhannouch qui chauffe à peine l’assise de la présidence du RNI n’arrive pas à digérer le fait que le chef du gouvernement désigné évoque la formation qu’il chapeaute en des termes peu élogieux. Et il a le droit de se rebiffer. Pour bien moins que ça. « Bancal », dixit Benkirane, lequel cherche à tempérer le jeu après que sa langue l’ait trahi. En cherchant à s’excuser, le patron du PJD tente de contextualiser ses propos. «Le parti de la Colombe était bancal avant l’élection de Aziz Akhannouch à sa tête», avait-il notamment déclaré. Mais que dira-t-il du reste ? « J’ai toujours considéré le RNI comme la première formation politique au sein de l’ancienne majorité gouvernementale et je l’ai placé au premier rang des consultations en vue de former une nouvelle coalition gouvernementale », a-t-il précisé. « Mais le RNI reste libre et souverain s’il ne veut pas rejoindre cette nouvelle majorité », a-t-il noté. Tout en soulignant qu’es qualité de Chef de gouvernement désigné, « tout le monde doit savoir qu’il ne cèderait jamais au chantage ». Voilà qui doit jeter encore de l’huile sur le feu en minorant le rôle du RNI qui ne disposerait in fine que d’un peu plus d’une trentaine de députés pour exiger que l’UC soit de la majorité. Le mal est fait et il n’est pas question d’en rajouter… A. Akhannouch ayant choisi de « snober » A. Benkirane qui arpentait les allées de la COP 22, à Marrakech. En prenant soin de préciser aux médias qu’il n’était pas disposé à intégrer une majorité qui vivra au rythme des dérapages incontrôlés de son chef attitré. Une certaine presse qui entend disculper Benkirane de toute dérive colérique croit bien faire de s’en prendre à l’USFP. En rappelant que Driss Lachgar, leader des socialistes, avait pressé le chef du gouvernement désigné de constituer la majorité sans le…RNI. Le blocage des tractations étant plus imputable à l’USFP qu’à d’autres, le PI ayant choisi son camp, à l’image du PPS, tous deux favorables à « aller aux affaires » au côté du PJD. Du coup, laisse entendre la presse embedded, décision aura été prise de faire l’impasse sur l’USFP et, partant, de noyer le rêve caressé par A. Benkirane de pouvoir gouverner avec les composantes de l’ancienne Koutla. Les Istiqlaliens s’étant révélés d’une autre trempe, en dénonçant le complot qui aurait été ourdi par le PAM pour saboter la formation de la majorité gouvernementale par le chef du gouvernement désigné. Une musique qui agrée, à n’en point douter, au leader islamiste qui ne cache pas son rêve, debout, de voir cette formation se saborder. Hamid Chabat, SG du parti de l’Istiqlal, avait affirmé qu’il a eu une rencontre avec Ilyas Elomari, et qu’il a refusé de participer à un “complot” visant à saboter la formation d’une majorité gouvernementale par Benkirane. Des accusations démenties par le patron du PAM. Déclarations rejetées par le SG du Parti authenticité et modernité (PAM). Ilyas Elomari nie en bloc ces accusations : « Cette [rencontre] n’a pas eu lieu, et je ne me suis pas entretenu avec Hamid Chabat après les élections législatives. »
Voilà à quoi se résume, depuis pratiquement un mois, le jeu politique national. Celui-là qui prive le pays de renouer avec une action politique sereine. A. Benkirane ravalera-t-il sa langue ou persistera-t-il à faire de la surchauffe politico-politicienne au risque de paralyser le pays ? A force de l’avoir bien pendue, la langue finira par avoir raison du leader islamiste. Voilà qui excusera, à bien des égards, tout ceux qui ne voient en nos politiciens que des langues fourchues. Faut-il les croire et s’en faire une raison de plus pour crier à l’inanité des marchandages actuels et futurs ? C’est bien le nihilisme qui guette le pays. Alors de grâce, retrouvons pour une fois les vertus du silence dont nos politiques ont cruellement besoin pour regagner un tant soit peu de crédibilité. L’aphonie de Benkirane, même de circonstance, ne sera pas un luxe à l’heure où les chamailleries, dévalorisantes pour ses auteurs, n’en finissent pas de nourrir les spéculations… Les plus creuses.

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