Grandes manœuvres autour de la Libye: Ankara à l’offensive…
Grandes manœuvres autour de la Libye: Ankara à l’offensive…

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé dimanche soir le début du déploiement de soldats turcs en Libye. Pour atténuer l’ire d’Alger, il y a dépêché lundi son ministre des Affaires étrangères, rejoint dans la foulée par Fayez el-Serraj, chef de gouvernement d’union nationale (GNA), fustigé par Kalifa Haftar. Le Caire qui soutient ce dernier et critique l’interventionnisme turc abrite une réunion de plusieurs chefs de diplomatie européens. Très tendue, la situation en Libye fait réagir l’ONU qui appelle à l’arrêt des hostilités.

R.T. Erdogan ne se contente pas des demi-mesures. Une fois le feu vert du Parlement turc en poche, le vote autorisant l’envoi des militaires pour y soutenir le Gouvernement d’union nationale basé à Tripoli a eu lieu jeudi, il s’est empressé d’y convoyer la troupe.
Tout en chargeant, Mevlüt Çavuşoğlu, chef de la diplomatie turque, de partir à Alger pour une visite de travail de deux jours. Visite qui démarre à partir de ce lundi, a fait savoir un communiqué du ministère turc des affaires étrangères.

En effet, Mevlüt Çavuşoğlu rencontrera son homologue algérien Sabri Boukadoum, pour aborder les relations bilatérales annonce un communiqué.
Mais il est aisé de voir que le menu des discussion débordera le cadre strictement bilatéral pour aborder la question qui attise les convoitises: l’évolution du dossier libyen. Et comme il n’y a pas de hasard dans le calendrier politico-diplomatique, on notera que Fayez El-Serraj, chef Gouvernement d’union nationale (GNA) libyen, entame lui aussi, le même jour, une visite d’une journée en Algérie en compagnie d’une délégation de haut niveau, selon un communiqué de la présidence algérienne.

Une rencontre qui «s’inscrit dans le cadre des concertations permanentes entretenues avec les frères libyens et permettra d’échanger les vues sur l’aggravation de la situation en Libye et d’explorer les voies susceptibles de surpasser cette conjoncture difficile », tient à préciser le communiqué de la Présidence algérienne. Car Abdelmajid Tebboune recevra l’homme fort de Tripoli dont le leadership est contesté par le Maréchal autoproclamé K. Haftar.
Bien entendu, les développements régionaux et les questions internationales seront aussi à l’ordre du jour de cette visite, selon la même source.
Autant dire que le dossier de l’intervention turque dans le dossier libyen sera à l’ordre du jour. Surtout qu’Alger qui a mobilisé ses forces armées le long de sa frontière orientale a laissé entendre qu’il s’opposerait à «toute présence étrangère» sur le sol libyen.

Ankara joue le fait accompli

R .T. Erdogan, qui s’était gardé jusqu’ici de livrer le moindre détail opérationnel sur ses projets en Libye, a annoncé que le déploiement du corps expéditionnaire turc était en cours – sans dire quand il a commencé.
«La mission de nos soldats là-bas est la coordination. Et c’est ce qu’ils font en ce moment, au sein d’un centre de commandement. Un de nos lieutenants-généraux sera à la tête de ce centre de commandement…», a-t-il annoncé lors d’une interview sur la chaîne CNN Türk.

Interrogé sur le calendrier de ce déploiement de troupes, le président truc a répondu que les soldats étaient «en train d’être déployés progressivement».
«Nous aurons aussi d’autres équipes sur place en tant que forces combattantes, a-t-il précisé. Mais nos soldats n’en feront pas partie.»

R.T. Erdogan n’en a pas dit plus sur l’origine de ces «forces combattantes». Mais ces dernières semaines, les informations se multiplient sur la présence en Libye de combattants syriens arrivés de Turquie pour soutenir le GNA.
Selon toute vraisemblance, il s’agirait de mercenaires formés et utilisés par Ankara dans le cadre de ses opérations dans le nord de la Syrie.

On signale que l’ambassade des États-Unis à Tripoli a dénoncé les «interférences étrangères» en Libye, en citant nommément «l’arrivée de combattants syriens soutenus par la Turquie». Mais c’est au Caire que la manœuvre turque inquiète le plus.
Pas moins de six ministres des Affaires étrangères européens y ont fait le déplacement pour faire le point avec les autorités égyptiennes dont le soutien, fortement appuyé par Riyad et Abou Dhabi, va à l’homme fort de Tobrouk, le maréchal K. Haftar.

Sur le terrain la tension reste palpable. Au moins 28 personnes ont été tuées samedi soir lors d’un raid aérien contre une école militaire de Tripoli.
C’est ce qu’a rapporté tard dans la soirée un porte-parole du ministère de la Santé du GNA. Selon un porte-parole du ministre de la Santé, les victimes sont principalement des cadets. Au moment de la frappe, ils effectuaient leur dernier rassemblement de la journée dans la cour principale avant de regagner leurs dortoirs.

Le Gouvernement d’union nationale accuse les forces du maréchal Haftar d’avoir mené cette frappe. Et il a publié des photos des blessés et des victimes.
Les forces pro-Haftar, elles, n’ont pas revendiqué le raid pour le moment.

Depuis avril dernier, c’est sur la banlieue sud de Tripoli que l’effort de guerre se concentre depuis le lancement de l’offensive du maréchal Haftar pour s’emparer de la capitale, où siège du Gouvernement d’union nationale reconnu par l’ONU.

Ce raid intervient 24h après que l’homme fort de l’est libyen ait appelé à une mobilisation générale contre une éventuelle intervention militaire turque en Libye pour soutenir le GNA gouvernement de F. el-Sarraj.

On signalera qu’à l’ONU, Antonio Guterres, a affirmé vendredi 3 janvier, sans mentionner explicitement la Turquie, que «tout soutien étranger aux parties en guerre» en Libye «ne fera[it] qu’aggraver un conflit et compliquer les efforts pour une solution pacifique».
Visant clairement une éventuelle intervention militaire turque en Libye en soutien au gouvernement d’union nationale (GNA) installé à Tripoli, le Secrétaire général de l’ONU souligne dans un communiqué que «les violations continues de l’embargo sur les armes imposé par le Conseil de sécurité ne font qu’empirer les choses».

L’Egypte qui n’entend pas se faire distancer sur le dossier libyen mobilise aussi autour d’elle.
Ainsi, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Choukry, a invité ses homologues français, italien, grec et chypriote à se réunir ce lundi au Caire.
L’Egypte considère que la situation de la Libye voisine relève de sa «sécurité nationale» et a mis en garde contre «les conséquences d’une quelconque intervention militaire en Libye». Mais c’est bien la Turquie qui est dans son viseur…

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