Intégration religieuse : Dérives et amalgames

Erreur de la base de données WordPress : [Got error 28 from storage engine]
SELECT `wp_adrotate`.`id`, `wp_adrotate`.`title`, `wp_adrotate`.`bannercode`, `wp_adrotate`.`image`, `wp_adrotate`.`tracker`, `wp_adrotate_linkmeta`.`group` FROM `wp_adrotate`, `wp_adrotate_linkmeta` WHERE ( `wp_adrotate_linkmeta`.`group` = 1) AND `wp_adrotate_linkmeta`.`user` = 0 AND `wp_adrotate`.`id` = `wp_adrotate_linkmeta`.`ad` AND (`wp_adrotate`.`type` = 'active' OR `wp_adrotate`.`type` = '2days' OR `wp_adrotate`.`type` = '7days') GROUP BY `wp_adrotate`.`id` ORDER BY `wp_adrotate`.`id`;

Enseignant-chercheur en sciences sociales et juridiques rattaché au laboratoire de LEHESS le CADIS, Rachid Rahaoui qui enseigne à l’UPJV et à Sainte Sophie, nourrit une réflexion assez singulière vis-à-vis du « fait musulman » en France. Les jugements à l’emporte-pièces et les amalgames sont finement analysés dans ses essais, comme dans ses interventions. Dans l’entretien que nous reproduisons ci-après, nombre d’interpellations sont montées en épingle et autant d’évidences sont décortiquées. En somme, un processus de dé-tricotage des plus édifiants.

Perspectives Med : Quels sont les axes de vos recherches ?
Rachid Rahaoui : Mes axes de recherches sont divers et variés. Les principaux tournent autour du militantisme et du fait religieux islamique. J’ai publié nombre de livres là-dessus. Le principal, publié en 2006, porte sur la question de « L’islam des jeunes : entre la normalisation et la contestation. Les ambigüités de la confrontation du mouvement musulman et du tissu institutionnel ». Dans un autre essai, je me suis penché sur le militantisme des enseignants « Politisation et syndicalisation chez les enseignants du secondaire ». Enfin, deux autres livres portant respectivement sur la formation des jeunes migrants ou issus de l’immigration « Minorités culturelles et rapport à l’université de masse : L’auto formation, subjectivités individuelles ou motivations collectives ? » et sur le « Regard projectif sur une rupture prévisible : Les jeunes Français issus de l’immigration ». Ajoutez à cela bien d’autres publications dans des revues scientifiques ou dans la presse…

En ayant quitté le Maroc à un âge précoce, comment avez-vous vécu l’intégration en France?
R.R : L’intégration ? Déjà il faut définir ce que l’on entend par ce concept « d’intégration » ! S’intégrer à quoi ? Sémantiquement, je n’aime pas trop ce concept, car il est utilisé à tort et à travers, sans savoir à quoi vraiment ce concept peut renvoyer. Cependant, ce concept me fait penser directement à celui de l’identité. Et les obsessions contemporaines sur la question de « l’identité » sont une façon apparemment neutre de questionner nos appartenances et nos loyautés. Comme nous devrions avoir « une identité », nous devrions avoir une loyauté exclusive : si cette dernière n’est pas revendiquée prioritairement, ou si elle est critique par rapport à son champ d’appartenance, alors le doute s’installe dans les intentions, les fidélités et, au fond, dans la nature de la loyauté. Il est important de rappeler que nos identités sont multiples et mouvantes et que nos sociétés ne survivront qu’en gérant positivement, et en célébrant, comme il se doit, la richesse de leur pluralisme religieux et culturel. Aussi, il est nécessaire de leur ajouter la dimension politique liée à la question de la loyauté. Car, répétons-le, derrière le spectre de l’identité affichée, la question qui demeure, et qui importe, est celle de la loyauté défendue…

Que pouvez-vous nous dire sur vos activités associatives et quelles en seraient les finalités ?
Je suis administrateur dans une association dite interculturelle dont la finalité est le croisement de la diversité culturelle en vue d’une communication sereine entre les peuples. Il faut se rencontrer pour se connaître. Sans ce croisement, l’individu ne peut que rester figé, sans alternative. C’est le propre de l’Homme. Il faut réactiver la rencontre.

Les événements de « Charlie Hebdo » ont ébranlé la France. Quel regard portez- vous sur ce qui s’est passé ?
R.R :Et bien ! Il y a énormément de choses à dire. Mais en même temps, comme chacun avance des arguments qui sont la plupart du temps fallacieux ou erronés, il convient d’analyser la situation à tête reposée. Il faut refroidir la situation, ensuite poser de bonnes questions.
Chaque citoyen est ému et scandalisé par les attaques des membres de « Charlie Hebdo », l’assassinat des deux policiers ou encore l’attaque et la tuerie au sein de l’épicerie casher. Mais en disant cela, la question qui se pose maintenant, c’est que faisons- nous après ?
En 2006 déjà, j’avais publié un ouvrage, une sorte de manifeste pour exposer un nouveau « Nous ». Car il y a de quoi être inquiet. Durant ces deux dernières décennies, la situation des Musulmans dans les sociétés occidentales n’a globalement pas été très facile. Force est de constater que cela a empiré durant ces cinq dernières années. La guerre contre le terrorisme lancée après le 11 septembre 2001, la répétition des attentats terroristes à travers le monde, ajoutée aux multiples tensions dues aux divers problèmes sociaux ou à l’immigration, ont fini par associer l’Islam et les Musulmans à l’expression d’une menace pour les sociétés occidentales. La peur s’est installée avec son lot de réactions émotives et irrationnelles, parfois légitimes et compréhensibles, parfois instrumentalisées à des fins politiques ou électoralistes.
Ces dernières années ont mis les populations occidentales devant des réalités et des questionnements profonds et difficiles. La présence de plus en plus visible de millions de musulmans parmi elles leur ont fait réaliser que leurs sociétés avaient changé, que l’homogénéité culturelle était une donnée du passé, que la question de leur propre identité se complexifiait et que la mixité sociale était un idéal difficile à atteindre, a fortiori quand les problèmes sociaux (chômage, racisme, marginalisation, etc.) se multiplient. Cette instabilité (ajoutée à la perception de la présence d’une religion et de cultures « étrangères » ) a produit des angoisses et des questions légitimes même si parfois elles s’expriment dans la confusion : les Musulmans peuvent-ils vivre dans des sociétés sécularisées, leurs valeurs sont-elles compatibles avec celles de la démocratie, sont-ils prêts à vivre et à se mêler à leurs voisins non musulmans, peuvent-ils lutter contre les comportements choquants produits en leurs noms (terrorisme, violence domestique, mariages forcés, etc.), peuvent-ils sortir de leurs ghettos sociaux où se répandent chômage, insécurité et marginalité ?
Face à ces questions, les Musulmans doivent s’assumer et exprimer la confiance qu’ils ont en eux-mêmes, en leurs valeurs et en leur capacité de vivre et de communiquer sereinement dans les sociétés occidentales. La révolution de confiance que nous appelons de nos vœux passe d’abord par une confiance en soi et en ses convictions : il s’agit de se réapproprier son héritage et de développer à son endroit une attitude intellectuelle positive et critique. Etre capable de dire que les enseignements islamiques appellent essentiellement à la spiritualité, à l’introspection et à la réforme de soi. Affirmer avec force que les Musulmans sont tenus par le respect des législations des pays dans lesquels ils vivent et auxquels ils se doivent d’être loyaux : des millions de Musulmans prouvent tous les jours que « l’intégration religieuse » est acquise, qu’ils sont chez eux dans les pays occidentaux dont ils ont fait leur le goût, la culture, la psychologie et les espérances.

Comment peut-on à l’avenir éviter de pareilles montées de violence dans un pays qui croit à la diversité culturelle ?
R.R :Le discours qui, hier, était l’apanage des partis d’extrême droite tend malheureusement à se normaliser au sein des partis traditionnels. Des leaders jouent la carte de la peur pour mobiliser les électeurs et promouvoir des politiques de plus en plus dures sur le plan de la gestion des problèmes sociaux, de la sécurité ou de l’immigration. En panne d’idées politiques novatrices et créatrices pour promouvoir le pluralisme culturel ou lutter contre le chômage et les ghettos sociaux, ils se contentent d’une rhétorique dangereuse sur la protection de « l’identité» et l’homogénéité culturelles, la défense « des valeurs occidentales » et l’imposition d’un cadre strict « pour les étrangers » avec, bien sûr, l’appareil des lois sécuritaires pour lutter contre le terrorisme. Ces discours politiques jouent sur les angoisses, entretiennent la confusion des domaines et promeuvent une approche binaire des questions sociopolitiques. Ce qui ressort implicitement des termes des débats revient à distinguer deux entités: « Nous, les Occidentaux » et « Eux, les Musulmans. », même quand les citoyens sont musulmans et tout à fait occidentaux.
Le retour permanent des mêmes questions dans les débats politiques nationaux (violence, femmes, intégration, etc.) n’est pas innocent et la question de « l’islam » est souvent devenue la balle de ping-pong avec laquelle les partis jouent pour tenter de mettre à mal leurs adversaires politiques et attirer à eux des électeurs. Des propos racistes et xénophobes se généralisent. On relit le passé en niant à l’islam la moindre participation à la formation de l’identité occidentale désormais purement « gréco-romaine » et « judéo-chrétienne ». On fait passer des examens aux frontières qui testent arbitrairement la « flexibilité morale » des immigrés et les lois sécuritaires s’imposent naturellement en ces temps de peurs et d’instabilité. Sans oublier les discours et les politiques intransigeants qui finissent par criminaliser les immigrants et les demandeurs d’asile.
Face à ces instrumentalisations, et parfois les manipulations qui en découlent, les citoyens de confession musulmane doivent faire exactement le contraire de ce qui pourrait être la réaction naturelle : plutôt que de se retirer du débat public et de s’isoler, ils doivent se faire entendre, sortir de leurs ghettos religieux, sociaux, culturels ou politiques et aller à la rencontre de leur concitoyens. Le discours de ceux qui instrumentalisent la peur a pour objectif de produire ce qu’ils disent combattre : en accusant en permanence les Musulmans de ne pas être intégrés, de s’isoler, d’établir des barrières entre « eux » et « nous » et de s’enfermer dans leur appartenance religieuse considérée comme exclusive, les intellectuels qui mettent en garde contre la « naïveté » des politiciens, « le danger de l’islam » ou de « l’échec » de la société plurielle ou du multiculturalisme sèment la suspicion, créent les fractures et cherchent en fait à isoler les Musulmans. Les citoyens doivent établir une critique rigoureuse de ces discours alarmistes qui cachent mal l’idéologie qu’ils promeuvent : c’est au nom des valeurs des sociétés occidentales elles-mêmes qu’il faut combattre la diffusion d’un discours qui normalise un racisme ordinaire, des traitements discriminatoires et la stigmatisation d’une partie de la population. La vraie loyauté citoyenne est une loyauté critique : il s’agit de refuser d’avoir à systématiquement prouver son appartenance à la société et, en connaissant ses responsabilités, de revendiquer ses droits et d’établir une critique de fond des politiques gouvernementales quand celles-ci trahissent les idéaux des sociétés démocratiques.

Erreur de la base de données WordPress : [Got error 28 from storage engine]
SELECT t.*, tt.*, tr.object_id FROM wp_terms AS t INNER JOIN wp_term_taxonomy AS tt ON t.term_id = tt.term_id INNER JOIN wp_term_relationships AS tr ON tr.term_taxonomy_id = tt.term_taxonomy_id WHERE tt.taxonomy IN ('category', 'post_tag', 'post_format') AND tr.object_id IN (53236) ORDER BY t.name ASC

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrer votre commentaire!
Veuillez entrer votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire le pourriel. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.