Ken Loach sacré à Cannes : Palme à l’engagement…

Ken Loach sacré à Cannes : Palme à l’engagement...
Le Festival de Cannes c’est une overdose de cinéma. Et pourtant, dans ce condensé de paillettes et d’œuvres, les douze jours se sont succédés sans se ressembler. La preuve, Ken Loach a pu décrocher une palme de plus. Pour couronner un cinéma fait de réalisme et d’engagement. La Croisette s’est même transformée en une tribune politique le temps de la remise du prix au cinéaste britannique engagé.
Le Cinéma ne saurait être réduit à la culture de l’image mainstream composée pour l’essentiel des blockbusters produits et promus à grands budgets par Hollywood. C’est aussi un cinéma d’auteurs qui peine à dominer dans un marché où les règles de l’offre et de la demande sont biaisées. Mais nombreux sont les réalisateurs qui ne désarment face à l’empire du dollar. Pour aborder des sujets engagés qui répondent à une attente latente des cinéphiles. Au dernier festival de Cannes, les médias qui se pressaient pour immortaliser les sourires des vedettes et le bling-bling des bêtes de scène ont presque oublié que le 7ème Art est aussi un véhicule d’idées… A rebrousse poils de la culture du convenu, celles des consensus mous et des « idées valise », Ken Loach, réalisateur britannique, a réussi du haut de ses 79 ans, à remettre une couche. D’abord, en signant un magnifique « Moi, Daniel Blake » après avoir tant de fois répété qu’il comptait mettre un terme à sa carrière de cinéaste. Ensuite, en intégrant, par la grande porte, la caste des cinéastes deux fois palmés qui compte dans ses rangs Francis Ford Coppola, Shohei Imamura, Emir Kusturica, les frères Dardenne et même Bille August.
La misère sous projecteurs
Il faut croire que le jury a été emporté par le déroulé d’un réel magistralement rembobiné par Ken Loach. Car « Moi, Daniel Blake » fait état du combat du personnage du film, un prolétaire âgé, amoindri et empêché de travailler par un cœur malade, emporté dans une croisade contre l’univers écrasant d’oppression des politiques d’usure et de ses rouages administratifs aussi absurdes que mortifères. Le déclassement social est à l’œuvre avec son concert de drames. Loach reste fidèle à sa démarche artistique basée sur le portrait social-réaliste de la vie des couches les plus défavorisées de la société britannique. Loach, auteur qui avait signé, il y a plus de quarante ans, quelques œuvres qui ont marqué le Free Cinema britannique (Kes et Family Life), n’est pas un étranger à Cannes. C’est pour la treizième fois qu’il est en compétition, lui qui avait arraché, en 2006, la palme d’or en 2006 pour le Vent se lève, le prix du jury à trois reprises, et une autre brassée de prix œcuméniques. Sur scène, Loach a remercié le jury pour sa gentillesse. Et profité de l’occasion pour dénoncer, dans un discours très politique, les «pratiques néolibérales qui ont précipité des millions de gens dans la pauvreté et nous conduisent à la catastrophe». «Recevoir la Palme, c’est quelque chose d’un peu curieux car il faut se rappeler que les personnages qui ont inspiré ce film sont les pauvres de la cinquième puissance mondiale qu’est l’Angleterre. C’est formidable de faire du cinéma, et comme on le voit ce soir c’est très important. Le cinéma fait vivre notre imagination, apporte au monde le rêve mais nous présente le vrai monde dans lequel nous vivons. Mais ce monde se trouve dans une situation dangereuse. Nous sommes au bord d’un projet d’austérité, qui est conduit par des idées que nous appelons néo-libérales qui risquent de nous mener à la catastrophe. Ces pratiques ont entraîné dans la misère des millions de personnes, de la Grèce au Portugal, avec une petite minorité qui s’enrichit de manière honteuse. Le cinéma est porteur de nombreuses traditions, l’une d’entre elles est de présenter un cinéma de protestation, un cinéma qui met en avant le peuple contre les puissants, j’espère que cette tradition se maintiendra. Nous approchons de périodes de désespoir, dont l’extrême-droite peut profiter.
Certains d’entre nous sont assez âgés pour se rappeler de ce que ça a pu donner. Donc nous devons dire qu’autre chose est possible. Un autre monde est possible et nécessaire.»
Tout est dit, ou presque, à l’occasion de ce festival qui tenu en haleine la Croisette douze jours durant. Ken Loach qui n’ignore pas les vagues de contestation qui ont secoué l’Espagne, la Grèce et maintenant la France, avec Nuit Debout et le concert des protestations contre une loi du travail qui promet le « déclassement », aura signé un film qui épouse l’air du temps.
Défendre les causes justes
Bien plus, au lendemain de son sacre à Cannes, il a marqué de sa présence, à la grande surprise des organisateurs, le lancement du Festival Ciné-Palestine. Une occasion dont il s’est saisi pour réaffirmer, fidèle à son engagement en faveur de la cause palestinienne, son soutien à la campagne Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS) contre Israël. Rien de plus normal puisque Ken Loach est un des parrains du Festival.
Le cinéaste britannique, a pris part à la soirée d’ouverture de l’événement lors de laquelle le film « 3000 nuits », réalisé par la cinéaste palestinienne Mai Masri, a été projeté dans l’auditorium qui affichait complet à l’Institut du monde arabe (IMA). Etaient présents, entre autres, le président de l’IMA Jack Lang ainsi que l’ex- ambassadrice de la Palestine auprès de l’Union européenne Leila Shahid. Ken Loach a souligné, à cette occasion, que le FCP était « aussi important que tous les autres grands festivals ». Bien entendu, son soutien à BDS, clairement réaffirmé, sonnait comme une réponse à Manuel Valls qui, depuis Israël, affirma son opposition au mouvement. Le message du cinéaste, engagé jusqu’à la moelle dans la défense des causes justes, se prêtait bien au thème évoqué par « 3000 nuits », qui met en lumière – non sans émotions – le sort des prisonnières palestiniennes. Le long-métrage, tiré d’histoires vraies parmi les milliers de prisonniers palestiniens dans les géôles israéliennes, a été ovationné par le public. Y figurait Alaa Sharbati, un fils de prisonnier politique condamné à 100 ans de prison et qui a passé 19 ans en détention. Le jeune homme, qui a chaleureusement remercié la réalisatrice pour la qualité de son film, a indiqué qu’il était en master de droit international pour se battre en faveur de la justice pour son pays.
Pour Leila Shahid, il faut rappeler que «tout ce que demande le peuple palestinien est l’application du droit international » et ce film « est une façon de faire entendre les voix ».

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