La Banque africaine de développement : change de tête Et de cap !

L’ancien ministre nigérian de l’Agriculture, Akinwumi Adesina, a été élu président de la BAD avec 58,10% des voix, selon les résultats officiels. L’élection du candidat du Nigeria, première puissance économique du continent, brise une règle non écrite qui voulait que la BAD soit dirigée par des pays de petite ou moyenne taille.

Après les six rounds de vote départageant les huit prétendants à la présidence de la Banque Africaine de Développement, le choix s’est finalement porté sur le candidat nigérian, Akinwumi Adesina. Le vainqueur de l’élection du 28 mai dernier, serait le témoin du poids économique et politique croissant pris par son pays. Soutenu dès le premier tour par la majorité des gouverneurs africains, il a obtenu la majorité absolue au grand dam du Tunisien Jelloul Ayed, lâché par l’Algérie et la Libye… Cette élection confirme la volonté de renforcer l’intégration et la coopération des actionnaires africains face aux membres « non-régionaux ». Avec un total d’actifs de 33 Mds $, la BAD est cependant la plus petite des cinq banques multilatérales de développement dans le monde. Ce faible capital ne lui donne évidemment pas les moyens d’être un acteur majeur du développement africain. La Banque n’a investi que 122 Mds $, dont un tiers étant destiné aux projets d’infrastructures. Mais cette institution a tout de même fait du chemin depuis sa création en 1964. Le triplement historique de son capital en 2010 et la confirmation de sa note AAA par l’ensemble des agences de notation en 2012 ont ainsi renforcé sa position en Afrique et surtout sa crédibilité sur la scène internationale. Celui qui hérite du portefeuille de chairman de la vieille institution a sa propre feuille de route qui a influé dans la balance. A. Adesina souhaite améliorer l’inclusion financière du secteur privé, en priorité les PME, en octroyant plus de prêts dans des pays n’ayant peu ou pas accès aux financements de marché. Le diagnostic du nouveau président est intéressant dans le sens qu’il renforce l’évolution en cours dans les schémas de développement classiques appliqués à cette zone. Longtemps focalisée sur les grands projets d’infrastructures (qui reste légitime…), la BAD redressera le cap vers la stimulation du secteur privé, l’amélioration de la gouvernance et le développement de l’entrepreneuriat. Cette évolution résulte d’une nouvelle vision théorique du rapport entre croissance et développement que la Banque mondiale pronostique depuis les années 90. La priorité ira donc au capital humain et aux institutions. Mais la nouvelle orientation s’inspire aussi d’une dynamique de développement propre au continent africain et qui n’avait pas forcément été prévue par les théories de la croissance. Ainsi l’essor du secteur privé est réel, parfois même étonnant dans un environnement institutionnel très dégradé. Il représente aujourd’hui 70% de la production totale et 90% des emplois du continent.
Le projet du nouveau président de la BAD entend épouser les formes de la réalité de la dynamique de croissance africaine au cours de ces dernières années. Celle-ci est évidemment stimulée par l’émergence en cours de la classe moyenne, qui aspire à de nouveaux besoins de consommation. En Afrique comme dans d’autres pays émergents, c’est donc bel et bien la demande qui est en train de créer l’offre… Mais gardons en tête la très grande hétérogénéité du niveau de risque dans les pays du continent qui rend toujours périlleux les discours globalisants sur cette zone.

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