La charte nationale de l’environnement vue par Hakima El Haite : Sera-t-on au rendez-vous en 2016 ?

Ca chauffe au ministère chargé de l’Environnement. La volonté de rattraper les retards est palpable et Hakima El Haite s’y active. Dans cet entretien, elle apporte des éclairages intéressants sur les chantiers opérationnels et/ou prévus. Tout un programme !

Perspectives Med : QUELLE EVALUATION FAITES-VOUS DU COUT DE LA DEGRADATION DE L’ENVIRONNEMENT AU MAR OC ?
Hakima El Haite : L’étude réalisée en 2003 avec l’appui de la Banque mondiale et qui est en cours d’actualisation, a évalué que le coût de la dégradation de l’environnement (CDE) au niveau national était de l’ordre de 3,7% du PIB en se basant sur les données de l’an 2000. D’autres études ont été lancées récemment pour évaluer le coût de la dégradation de l’environnement au niveau des secteurs productifs.
A titre d’exemple, le diagnostic environnemental de la production des huiles d’olives a confirmé que le problème majeur de la trituration des olives réside dans le rejet des margines. Elles sont sources de plus de 85% des dommages touchant principalement les domaines du sol et de l’eau et dont le coût s’élève à environ 12% de la valeur ajoutée du secteur, soit environ 66.4 millions de MAD par an. L’étude a également démontré qu’il est possible de résorber en majeure partie cet impact négatif en adoptant un système de production continu à 2 phases. Pour les tanneries, les coûts des dommages sont relativement élevés comparés à la production. Ils s’élèvent à environ 18.5% de la valeur ajoutée du sous-secteur, soit environ 36.5 MAD par an.

COMMENT REPONDRE AUX PROBLEMATIQUES POSEES PAR LA GESTION TRANSVERSALE NOTAMMENT LES RISQUES DE DEFICIT D’HARMONIE DE L’ACTION PUBLIQUE?
H.L.H : Le Maroc dispose d’une Stratégie Nationale de Développement Durable (SNDD), qui n’est pas une stratégie de plus, mais le fil rouge stratégique qui relie nos différents plans sectoriels les uns aux autres dans une perspective de durabilité et dans l’esprit de participation de tous.
Cette stratégie est prévue par la Loi Cadre portant Charte Nationale de l’Environnement et du Développement Durable et devrait être mise en œuvre au niveau national dans un délai de 2 années ; soit en 2016. Les mesures prioritaires préconisées par la SNDD seront scellées dans un pacte de convergence dont la signature est prévue avant fin 2015.

QU’EN EST-IL DE L’ETAT D’AVANCEMENT DES PROGRAMMES NATIONAUX DE MISE A NIVEAU ENVIRONNEMENTALE ?
H.L.H :Plusieurs programmes phares ont été lancés. Le Programme National des Déchets Ménagers (PNDM) qui dans sa nouvelle génération s’intitulerait plutôt programme national de valorisation des déchets solides. Aujourd’hui 77 décharges sauvages sont en cours de réhabilitation et concernent plus de 100 provinces et 20 centres de valorisations sont lancés ou en cours de travaux. Lancé en 2007 conjointement par le ministère chargé de l’Environnement et celui de l’Intérieur avec l’appui de la Banque Mondiale, ce programme permettra de professionnaliser la collecte, de valoriser les déchets en créant de nouveaux métiers, d’intégrer dans l’économie formelle plus de 50 000 personnes travaillant actuellement dans des conditions peu appropriées et éliminer les déchets sans impacts sur nos ressources et sur la santé de la population. Le Maroc avait défini lors de la conception de ce plan un objectif stratégique de valoriser 20% des déchets générés à l’horizon 2020. Nous avons augmenté les ambitions et pour certains centres nous sommes entrain de passer à 50% comme taux de valorisation. Demain nous espérons pouvoir éclairer certaines villes à partir de leurs propres déchets. Des filières de valorisation des déchets ont été lancées (batteries, pneus usés, huiles usagées, déchets plastiques agricoles, déchets d’équipements électriques et électroniques et déchets de papier-carton) et d’autres sont en cours.
Pour toutes ces filières, nous avons légiféré en mettant en place le décret des déchets dangereux et le décret du mouvement transfrontalier des déchets, nous avons réglementé en mettant en place les procédures de traçabilité des déchets et de leur valorisation et d’évaluation de leur contribution à la diminution des gaz à effet de serre.
Quant au Programme National d’assainissement Liquide (PNA), des efforts notoires ont été enregistrés au niveau de la prise en charge des rejets des eaux usées en milieu urbain et chaque année, nous connaissons une amélioration du taux de raccordement qui a atteint 73% et du taux de traitement qui sera de l’ordre de 50% après l’achèvement des travaux des stations de traitement en cours de réalisation contre 8% en 2005. Les eaux usées traitées à un stade avancé pour être réutilisées pour l’arrosage est actuellement de 24%. Déjà 61 STEP sont en cours de réalisation dont 14 avec le traitement tertiaire. Les réalisations en milieu urbain permettront d’atteindre les objectifs fixés pour ce programme à l’horizon 2020, soit 100% de taux de raccordement et d’épuration et 50% de volumes réutilisé.
Pour le milieu rural, un programme (PNAR) vient combler les retards d’assainissement en milieu rural. Il est une réalisation du ministère de l’Intérieur en collaboration avec le ministère chargé de l’Environnement, draine un investissement global durant la période 2015-2040 de près de 43 milliards DH au profit d’une population de 15 Millions d’habitants. Un plan d’action prioritaire a été mis en œuvre par le ministère de l’Environnement pour les années 2015-2016 et des projets d’assainissement de communes rurale névralgiques sur le plan environnemental (communes oasiennes) a été lancé.

LA POLLUTION DE L’AIR ATTEINT DES SEUILS CRITIQUES (A TITRE D’EX : POUR LE DIOXYDE DE SOUFRE ON NOTE PLUSIEURS DEPASSEMENTS DE LA NORME ANNUELLE (20MG/M3 ) POUR LA PROTECTION DES ECOSYSTEMES DEPUIS 2004, LA NORME EN TERMES DE POUSSIERES (50MG/M3) A ETE EGALEMENT DEPASSEE DEPUIS 2003), QU’AVEZ-VOUS PREVU POUR INVERSER LA VAPEUR ?
H.L.H :Le Maroc accorde de plus en plus une attention particulière aux problèmes de la pollution atmosphérique, due aux activités industrielles ou au trafic routier intense, à cause de son impact direct et dangereux sur la santé des populations, et en particulier sur les enfants. Pour remédier à cette situation, le gouvernement a pris des mesures de surveillance de la qualité de l’air, de renforcement de l’arsenal juridique et de réduction de la pollution de l’air. Parmi ces actions, on citera la réalisation des études de Cadastre des émissions atmosphériques au niveau des grandes villes. La disponibilité de ces cadastres décrivant la répartition spatiale et l’évolution temporelle des émissions atmosphériques constitue un outil d’informations primordiales pour caractériser la qualité de l’air, et contribuer à fixer les stratégies de lutte contre la pollution. Ces études comprennent la réalisation d’un inventaire des émissions atmosphériques, l’analyse des tendances d’évolution des émissions pour le moyen terme, l’évaluation de l’impact de ces tendances sur la santé des populations et l’élaboration d’un plan d’action, avec un échéancier d’exécution pour réduire la pollution atmosphérique provenant du transport et de l’activité industrielle.
Les Régions concernées sont le Grand Casablanca, Tadla-Azilal, Fès-Boulmane, Gharb Chrarda Bni Hssen et les villes de Safi, El Jadida, Youssoufia, Tanger, Tétouan, Rabat, Salé, Temara, Marrakech, Essaouira, Benslimane, Khouribgua et Settat.
En matière de surveillance de la qualité de l’air, un réseau national de surveillance comptant 29 stations fixes a été mis en place par le ministère chargé de l’Environnement en collaboration avec la Fondation Mohammed VI pour la Protection de l’Environnement, le ministère de l’Intérieur et la Direction de la Métrologie Nationale. L’objectif de ce réseau est de mesurer, prévoir et informer le public, les autorités locales et les décideurs sur la qualité de l’air. Ces stations sont réparties sur les villes suivantes : Casablanca-Mohammedia (13), Rabat (1), Salé (1), Kénitra (1), El Jadida (2), Safi (1), Tanger (1), Fès (1), Marrakech (3), Agadir (1), Essaouira (1), Khouribga (1), Settat (1) et Benslimane (1).
Le ministère a lancé, récemment, une étude permettant de mettre en place un système de modélisation au niveau national. Ce système permettra en effet de mieux connaître les interactions entre les émissions polluantes, les conditions météorologiques et les niveaux de pollution mesurés en zone urbaine ou rurale. Ce sont également des outils incontournables pour évaluer l’efficacité des politiques de réduction des émissions polluantes, par secteur d’activité ou par procédé industriel, la réalisation des cartes de dispersion des polluants atmosphériques.
Le ministère vient de mettre en place deux mesures importantes : la police de l’environnement et le laboratoire mobile de contrôle des émissions. Un projet national de transport propre est en cours de finalisation et sera proposé au chef du gouvernement. C’est un nouveau chantier et nous serons capables de vous en dire plus long d’ici l’année prochaine

DES ETUDES ECO-EPIDEMIOLOGIQUES ONT MONTRE QU’A CASABLANCA, LA POLLUTION DE L’AIR CAUSE DES dégâts sanitaires. COLLABOREZ-VOUS AVEC LE DEPARTEMENT DE LA SANTE POUR RESOUDRE CES PROBLEMES?
H.L.H :La mise en œuvre de la SNDD en milieu industriel et dans le transport, principales sources des émissions atmosphériques, et la réussite de la mise en œuvre du projet du parc automobile propre au niveau national permettront d’améliorer drastiquement les niveaux des émissions.
Une première convention portant sur un projet de 80 MDH a été signée avec la préfecture de Nouacer pour le remplacement des taxis actuels par des véhicules propres. Le ministère y participe à hauteur de 50%.

QU’AVEZ-VOUS PREVU POUR LIMITER LES REJETS INDUSTRIELS CONCENTREES SUR LE LITTORAL ?
H.L.H :Le ministère chargé de l’Environnement est en cours d’activer la promulgation de la loi relative au littoral et la publication des valeurs limites des rejets indirects dans le réseau d’assainissement et dans l’océan. Des instruments économiques et financiers ont été mis en place pour accompagner les secteurs industriel et artisanal dans la mise a niveau environnemental afin de réduire les impacts négatifs sur l’environnement. Le Fonds de Dépollution Industrielle (FODEP) mis en place dans la cadre de la coopération Maroco-Allemande depuis 1998, est alimenté par un don du Gouvernement Allemand (KfW) de 240 MDH. Outre le Mécanisme Volontaire de Dépollution Industrielle Hydrique (MVDIH) mis en place dans le cadre du programme d’Appui au Programme National d’Assainissement Liquide (PNA) financé par un don de l’Union Européenne. Ce mécanisme est doté d’un budget de 110 MDH entre 2011 et 2015. Afin d’orienter le financement vers les zones sensibles et activités prioritaires, le fonctionnement de ce mécanisme passe à travers des comités régionaux présidés par les Agences du Bassin hydrauliques (ABH). Actuellement, 52 MDH ont été réservés dans le cadre de ce mécanisme pour le financement de 20 projets de dépollution industrielle Hydrique. Le budget restant sera utilisé pour la lutte contre la pollution industrielle notamment les margines des huileries d’olives.
Pour ce qui est du secteur traditionnel et artisanal, 2 guichets ont été crées : un guichet potier qui subventionne à hauteur de 40 % l’acquisition des fours à gaz en remplacement des fours traditionnels et un guichet huilerie d’olive sans margine qui subventionne à hauteur de 40 % l’acquisition des systèmes de trituration écologique à 2 phases avec la mise en place d’un séchoir de grignon, afin d’éliminer à la source la pollution.

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