La contractualisation, effet de mode ?

La contractualisation, effet de mode ?
La contractualisation, effet de mode ?
Allal El Maleh
Allal El Maleh

Les responsables doivent tirer les conclusions qui s’imposent de la crise qui a failli condamner l’année scolaire en cours. Un premier constat qui s’impose est lié au recours de l’Etat aux enseignants dits « contractuels ». Un pis aller, in fine, au regard des besoins pressants exprimés par le système éducatif sous encadré. Pas besoin d’être un clerc pour expliquer pareil choix : combler le vide en ressources humaine et ce quel qu’en soit le prix !

Résultat des courses, à l’heure où le pays a besoin de ressources humaines aussi valables que viables pour mener à bon port la réforme du système éducatif (unanimement décrié pour son inefficacité), l’Etat a opté pour le replâtrage en vue de combler, haut la main, le désert éducatif prévisible depuis la fameuse opération des départs volontaires (fumeux programme dit DVD). Sauf que ledit replâtrage ne répond nullement aux attentes exprimées en termes de compétences. N’est pas enseignant qui veut et le métier, fort exigeant en termes de savoir et de pédagogie, ne s’improvise pas. A moins que l’on cherche plus à donner l’impression de « gérer » la crise en recourant au tout-venant qu’à décider véritablement de ce qui doit être fait pour tirer l’enseignement vers le haut, un processus qui ne saurait être sans enseignants de qualité. Et c’est bien là où le bat blesse… Ni l’Etat ne semble satisfait du résultat des démarches entreprises, via un recrutement au rabais, ni les diplômés recrutés ne sont aux anges pour ce qu’ils considèrent comme une disqualification professionnelle. Le reste, on l’a suffisamment vu et commenté à n’en plus finir : à la colère du personnel « contractuel » répondait le gourdin institutionnel.

Assurément non. Car voilà que l’Intérieur, département naguère réputé pour ses compétences avisées, cherche lui aussi à combler le désert constaté au niveau des collectivités locales par le recours au recrutement massif de… contractuel ! C’est beaucoup dire que d’y voir les manifestations d’un quelconque effet de mode. L’Etat sommé de toutes parts de dégraisser le Mammouth (la Banque mondiale et le FMI sont passés par là !) est obligé de « tricher » en renvoyant tout traitement des recrutements au niveau des régions. Autant dire que le Centre s’empresse de renvoyer ses misères à la périphérie. On ouvre donc en grand les vannes du recrutement hors administration centrale. Une histoire de transfert… Sauf qu’à y voir de plus près, l’Etat ne fait que délocaliser ses propres misères. Qui devaient être gérées au niveau du centre de décisions, là où les stratégies s’établissent pour le présent et le futur du pays. Et s’il y a une réalité que l’on tente d’occulter, histoire de ne pas faire braquer davantage les bailleurs de fonds, c’est bien celle du sous-encadrement endémique dont souffrent toutes les administrations publiques. Sans exception aucune. Voilà où résident nos pires défaillances.

PS :  Dans des salons feutrés qui prêtent aux confidences, il n’est pas rare de voir des diplomates étrangers s’émerveiller (il faut le souligner) des réalisations faites par le Maroc pour rattraper ses retards en infrastructures. Salut et chapeau bas pour une politique qui a réussi, en l’espace de quelques années, à transformer la configuration du pays. Mais, car il y a toujours un mais qui fâche, il se trouve aussi que les mêmes diplomates s’étonnent de voir comment un pays qui réussit dans ses chantiers structurants n’arrive toujours pas à trouver la clé pour assurer ce qui fera la différence : un bon système éducatif et un système sanitaire de choix. Tout récemment, un représentant d’une puissance étrangère sur le départ me confiait que c’est bien d’avoir une ligne TGV. Mais qu’il serait davantage judicieux d’en tirer le meilleur parti en jumelant le trafic passagers et le trafic fret. C’est ce que l’on appelle l’optimisation. Tout simplement. Cette remarque trouvera-t-elle l’écho favorable ? 

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