La crise syrienne à la croisée des chemins: Astana, une dernière chance ?

La crise syrienne à la croisée des chemins: Astana, une dernière chance ?
Après presque 6 ans d’une ravageuse guerre, les délégués du gouvernement syrien et les principaux groupes rebelles (exception faite de Fath al-Cham, ex-Al Nosra et Daech, toutes deux considérées comme organisations terroristes, et sur insistance d’Ankara les forces kurdes du Parti de l’Union démocratique (PYD) qui, soutenus par les Américains, combattent Daech) devraient se réunir le 23 janvier courant à Astana. Russie et Iran ont travaillé dur pour amener le principal parrain de l’opposition, la Turquie d’Erdogan, à s’inscrire dans une dynamique de paix plutôt que de persister dans les débordements bellicistes. A Moscou, on table beaucoup sur l’étape kazakhe pour tenter de dégager une solution politique à une crise qui menace de déborder le fragile équilibre de l’espace arabe en proie à de multiples foyers de tension. La nouvelle administration US a été conviée à ce rendez-vous. Et il n’est pas étonnant que l’Egypte soit aussi de la partie, « la sécurité en Syrie relevant de la sécurité de l’Egypte» a toujours souligné le Président Al-Sissi qui signerait-là un retour en force sur la scène proche-orientale.
«Tous les groupes rebelles y vont. Tous ont donné leur accord», avait affirmé Mohammad Allouche, un dirigeant du groupe rebelle Jaich al-islam (l’Armée de l’islam), actif essentiellement dans la banlieue de Damas. Nul besoin de rappeler ici que les mêmes protagonistes présents à Genève se retrouveront face-à-face. Encore faut-il préciser que le processus d’Astana donne raison au Président syrien qui avait annoncé que l’après victoire d’Alep inaugurerait d’autres perspectives. Fragilisée par sa défaite à Alep, la rébellion armée ne pouvait se permettre de boycotter ces négociations au risque de s’aliéner le soutien « vital » de la Turquie. Les discussions porteront exclusivement sur des questions militaires et viseront à établir un cessez-le-feu durable. Pas question donc de négocier un quelconque compromis politique avec une opposition toujours qualifiée de « terroriste » par Bachar al-Assad et sérieusement diminuée.
En organisant des négociations le 23 janvier, trois jours seulement après l’investiture du 45e président américain, Moscou, Téhéran et Ankara seraient tentés de mettre Washington devant le fait accompli. Mais les Turcs, dont les relations avec l’administration Obama se sont largement refroidies ces derniers mois, attendent beaucoup du futur locataire de la Maison-Blanche, beaucoup moins enclin que son prédécesseur à critiquer les dérives du président Erdogan. Pour Ankara, la présence US permettrait de rééquilibrer la balance, alors que, dans le cas contraire, la Turquie se retrouverait seule face aux deux alliés du régime syrien. Les Iraniens seraient sous pression en cas de présence américaine à Astana. Si la stratégie de Donald Trump en Syrie reste peu lisible si l’on excepte l’engagement d’éradiquer Daech, un point semble mettre toute la future équipe dirigeante d’accord : limiter l’expansion iranienne au Moyen-Orient. Le retour du Caire sur la scène pourrait constituer un gage dans ce cadre-là. Alors que du côté saoudien, en froid avec l’Egypte, rien ne semble avoir été définitivement acquis dans la crise syrienne. Comme le laisse croire le chef de la diplomatie saoudienne, « la prise d’Alep peut être vue comme un revers momentané pour l’opposition modérée, mais c’est une bataille dans une guerre longue et cette guerre se poursuit ». Pour Adel al-Jubeir, dont le pays soutient l’opposition armée syrienne à coups de milliards de dollars, les paramètres d’un règlement de ce conflit n’ont pas changé. C’est ce qui transparaît d’ailleurs sur le terrain où Daech maintient une pression militaire des plus fortes sur Deir Ez-Zor, la branche d’Al-Qaida en Syrie guerroyant pour priver la capitale de l’eau potable… Et last but not least le réchauffement du front limitrophe au Golan, avec une bénédiction israélienne apportée à la rébellion. Cela sans parler des convois d’armes et de véhicules qui continuent à affluer vers Idlib à partir de la Turquie.
Si la crise syrienne est à la croisée des chemins, comme l’envisage Moscou qui s’accroche à la réussite de la rencontre d’Astana, il n’en reste pas moins que les armes fument toujours sur nombre de fronts syriens.

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