Humeur: Faut-il y croire?
Humeur: Faut-il y croire?

À Khénifra, des dizaines d’activistes des droits humains appuyés par des citoyens ont observé un sit-in pour demander la relaxe d’Abdleali Ba Hmad, surnommé «Bouda», poursuivi pour «insultes proférées contre les institutions et ses symboles».
Les forces de l’ordre déployées massivement tentaient d’empêcher les manifestants qui appellent à la libération de tous les détenus d’opinion de se diriger vers le tribunal de Première instance de la ville.

Les images de ce sit-in de la colère ont de quoi marquer les esprits à l’heure où le ministre en charge de la Communication s’évertue à réduire ce qui s’apparente à un «phénomène de société», l’explosion des blogueurs est là pour le confirmer, à une dimension purement pénale.

Sur ce même phénomène est aussi interpellé le ministre d’Etat en charge des droits de l’homme. Un élu de la Fédération de gauche a raison de mettre en équation la question des libertés publiques dans le pays, consacrées qu’elles sont par la loi suprême du pays.
Sans exciper de quoi sera faite la réponse de Mustapha Ramid, avocat dans une autre vie, il est toujours sain de s’interroger sur les avancées démocratiques dans le pays et sur la marche du processus des libertés publiques pour en établir la nature de la trajectoire, régressive et/ou progressive.
L’exercice est des plus salutaires pour un pays où les luttes engagées, hier comme aujourd’hui, pour l’enracinement de l’exercice plein et entier des droits garantis par la Constitution, sont réduites à néant par le rating de bien des ONGs dont les objectifs, à géométrie variable, sont souvent inavoués.

On peut être d’accord ou non avec des contenus qui pullulent, et polluent aussi, les réseaux sociaux sans pour autant chercher à privilégier le moindre tour de vis répressif quand bien même il serait pour l’occasion, habillé en procès avec toutes les garanties d’équité.
La liberté et une et indivisible. Comme l’est son pendant d’opinion et/ou d’expression.
Reste que le défaut congénital de la démarche des pouvoirs publics a trait, lui, à sa forte propension à déserter tous les efforts pédagogiques qui doivent accompagner la maturation du processus démocratique et de l’exercice des libertés publiques.
Les débats sont souvent tronqués et les objectifs qui leur sont assignés se trouvent, in fine, enfouis sous le matraquage d’une novlangue qui passe mal.

Plus, qu’apprend-on aux générations montantes à même les bancs de l’école pour asseoir l’idée cardinale qui rassure tout démocrate, celle qui consiste à souligner que la liberté prend fin là où commence celle d’autrui?
La liberté n’est ni une abstraction, ni une vue de l’esprit lorsque la responsabilité des acteurs qui en jouissent et/ou qui la réclament, est engagée.

La révolution numérique et le nouvel ordre de computabilité vers lequel toutes les sociétés sont condamnées à basculer exige, sans doute aucun, d’engager une discussion aussi large que sereine sur la place que le pays est en droit d’y revendiquer.
Tout cela est mis sous le tapis au motif que d’autres priorités focalisent l’attention des décideurs.
En attendant, le pays continuera à basculer entre les extrêmes: en démultipliant par devers lui les «Bouda» d’un côté, et en faisant résonner, dans la contrition, les échos de «Hamza mon BB». Triste spectacle.

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