La question saharienne débattue à Paris: Les risques de déstabilisation évalués par A. Chauprade

La question saharienne débattue à Paris Les risques de déstabilisation évalués par A. Chauprade
La question saharienne débattue à Paris Les risques de déstabilisation évalués par A. Chauprade

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En attendant le grand débat prévu le 29 janvier, à Paris, sur l’évolution du dossier du Sahara marocain, animé par les invités des « Bridges Conference » lancé par « Opinion Internationale », nous reproduisons ci-après de larges extraits de l’analyse apportée par le géopolitologue Aymeric Chauprade, géopolitologue et député européen, qui a notamment publié « Chroniques du choc des civilisations », un atlas du monde multipolaire.

D’abord un constat relatif à l’arc de crise saharo-sahélien. L’auteur y voit une « région immense couvrant plus de 8 millions de km2de désert et plus de 3 millions de km2d’un Sahel vide d’hommes. Le relief y est propice au camouflage de petits commandos mobiles et chaque tribu saharienne dispute avec les autres le contrôle des axes de commerce traditionnels. Des populations essentiellement nomades y ont hérité d’une tradition de concurrence pour les maigres ressources en eau et pâturages. Gorgée de ressources comme l’uranium, le fer, le pétrole, la région attise les convoitises des grands acteurs du monde multipolaire, tandis qu’elle est aussi une plaque tournante des flux migratoires clandestins vers l’Europe et l’un des axes principaux du trafic de stupéfiants avec désormais 15% de la production mondiale de cocaïne qui transite par le Sahara. »
Que se passe-t-il dans cette région depuis des décennies maintenant, s’interroge le géopolitologue ? « Dans le but d’accroître leur influence et d’affaiblir leurs voisins jouant un rôle stabilisateur, comme le Maroc et le Mali, d’autres grands Etats de la région, avec la complicité, tantôt naïve tantôt cynique, de certains pays occidentaux, ont favorisé les séparatismes sahraouis et touarègue avec, comme conséquence prévisible, l’accroissement du désordre dans toute la zone. » Un jeu à somme nulle qui a fini par « se retourner contre tous ». La preuve ? « La Libye du colonel Kadhafi, d’abord, a été rattrapée et avec l’éviction de Kadhafi, c’est toute la politique sahélo-sahélienne qui s’est effondrée comme un château de cartes, laissant un vide de puissance qui libère les forces fondamentalistes et dope les trafiquants d’êtres humains, comme l’illustre la tragédie migratoire en Méditerranée avec ses cohortes de disparus. La nouvelle Libye est réduite à une bande côtière coupée en deux blocs séparés par 1000 km de désert, avec la Tripolitaine qui regarde vers Tunis et la Cyrénaïque tournée vers l’Egypte. Plus personne ne contrôle les prolongements sahariens qui sont devenus un nouveau sanctuaire pour les mouvements héritiers d’Al Qaïda et de l’Etat islamique. »
Au-delà, l’analyste souligne aussi que « l’un de ces résultats catastrophiques a été, en 2013, la déstabilisation du Mali. Les Touaregs du MNLA (Mouvement de libération de l’Azawad), de retour de Libye début 2012, ont repoussé l’armée malienne avant de proclamer l’indépendance de la province à forte identité touarègue. C’était sans compter sur la puissance financière des mouvances fondamentalistes, qui ont rapidement pris de vitesse les séparatistes touarègues et dont l’œuvre destructrice en Afrique n’a pu être stoppée que par la décision courageuse de la France d’intervenir militairement dans la zone. »
Pour le géopolitologue, la « rapidité avec laquelle un séparatisme a cédé la place au fondamentalisme, aurait dû nous amener à nous inquiéter du risque de contagion dans le Sahara occidental. »
A. Chauprade s’interroge : « Après avoir failli laisser le Mali à des fanatiques religieux qui ont récupéré le projet séparatiste en un tour de main, est-ce cela que l’on veut pour le Sahara occidental, dans le Sud immense de cet autre grand Etat stabilisateur de la zone saharienne, le Maroc ? » Le géopolitologue n’occulte en rien le rôle du Royaume qui, « dès juillet 2012, de manière visionnaire, appelait à une intervention urgente pour protéger le riche patrimoine du Mali et surtout sa population. Ce Maroc qui depuis des années, et pas seulement contre la menace du séparatisme sahraoui, mais aussi face à toutes les menaces séparatistes, ne cesse d’avertir ses voisins et le monde occidental quant au danger de l’émiettement des Etats-nations… »
Pour l’eurodéputé, Alger assure un rôle dans le délitement que vit la région. « Cela fait maintenant trop longtemps que les services algériens jouent au pompier-pyromane avec le fondamentalisme islamique. Pour « éteindre » le FIS, il ont d’abord favorisé les crimes atroces de GIA ce dans le but de décrédibiliser l’islam politique aux yeux du peuple algérien, avant d’encadrer et d’accompagner dans toute la zone saharienne la mutation de ces GIA en GSPC (Groupement salafiste pour la prédication et le combat) et autre AQMI (Al Qaïda du Maghreb islamique), dont ils ont fait une arme d’influence indirecte (en se rendant justement indispensables pour éteindre les incendies allumés par les islamistes). En soutenant de même le séparatisme du Polisario, mouvement lui-même contaminé par l’islam radical, ils jouent contre la possibilité d’une paix durable et bénéfique dans le Maghreb, condition préalable à tout mouvement d’intégration économique et politique de l’UMA (Union du Maghreb arabe). »
Dès lors, « chacun sait que les populations sahraouies sont travaillées par ces mêmes forces fondamentalistes comme l’ont été les populations touarègues, fait qu’en 2005 déjà le chef du Polisario reconnaissait lui-même dans les colonnes d’un journal algérien. Par quel miracle le Polisario aurait-il échappé à la dérive mafieuse et fondamentaliste que connaissent toutes les populations nomades du Sahara depuis deux décennies au moins ? » La réponse coule de source. Et c’est pourquoi l’analyste invite les élites algériennes a avoir « l’honnêteté de le reconnaître, pas seulement par devoir de vérité mais parce que le temps approche où le séparatisme sahraoui va se retourner contre eux de manière cauchemardesque : l’idéologie du Polisario ne repose sur aucun fondement historique et géopolitique susceptible de conférer une légitimité à un projet d’Etat sahraoui indépendant. Il s’agit d’une construction idéologique artificielle née des circonstances de la guerre froide. »
Pour l’analyste, « la région a besoin à la fois de justice et de pragmatisme, et ces deux mots sont bien la clé d’un retour à la stabilité. » Pour être clair, « la justice, c’est la reconnaissance des spécificités des uns et des autres, c’est à dire le cadre autonome que propose le Maroc depuis 2007 (l’autonomie dans la souveraineté). Le pragmatisme, c’est la consolidation des Etats tels qu’ils existent aujourd’hui. Nous avons besoin, en effet, de consolider les souverainetés du Maroc, du Mali, du Niger, de l’Algérie, de la Libye, et nous ne pouvons le faire qu’en aménageant des autonomies pour les sahraouis comme pour les touarègues. L’avenir, c’est donc « l’autonomie dans la souveraineté » mais certainement pas l’émiettement et l’affaiblissement des Etats. » Le Maroc a fait le pas en 2007. A charge pour les autres de revoir leurs tablettes. « Les grandes puissances attachées à la défense de l’intégrité territoriale et de la souveraineté, je pense à la Chine, à la Russie, à l’Inde, au Brésil, à la Turquie et à bien d’autres, doivent peser, elles aussi, de tout leur poids afin qu’une solution juste et réaliste soit enfin apportée à ce conflit. Elles comprennent déjà sans doute que la validation d’un nouveau séparatisme aurait des conséquences internationales néfastes » rappelle l’auteur. Ce dernier étant convaincu que « les populations sahraouies du Sud du Maroc ont le droit à un avenir stable et au développement. Elles ont compris, dans leur très large majorité, que le Maroc pouvait offrir cet avenir. Il est donc du devoir des Nations unies d’entendre ces populations qui veulent construire leur avenir dans un Etat moderne, respecté, écouté, et stabilisateur pour l’Afrique. »

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