La situation se complique en Algérie : Un coup d’état militaire à la soudanaise est il possible ?

Un coup d'état militaire à la soudanaise est il possible ?
Un coup d'état militaire à la soudanaise est il possible ?

Depuis le 22 février, l’opacité règne au sein de l’Armée Nationale Populaire algérienne (ANP) où plusieurs conflits ont éclaté principalement entre quatre clans d’officiers supérieurs. Chacun des protagonistes croit qu’il est le sauveur du système et de ses privilèges.

La cohérence qui a toujours existé depuis 1962, malgré les clivages, a perdu sa raison d’être. Les Algériens suivent de près cette guéguerre qui devient préoccupante et menace la stabilité et la sécurité de l’Algérie.

L’actuel homme fort, le Général de corps d’armée Ahmed Gaid Salah, a multiplié les sorties dans les différentes régions militaires pour accuser ses adversaires d’être les manipulateurs du soulèvement populaire vécus ces derniers temps. En citant nommément le Général major, Mohamed Mediene, dit Toufik, la tension a atteint un degré sans précédent.

Le commandement militaire composé de vingt généraux soupçonne les cellules dormantes de l’ancien Département de Renseignement et de Sécurité (DRS) de vouloir faire avorter la feuille de route tracée par le commandement militaire sur la base de l’article 102 de la Constitution algérienne stipulant la vacance du pouvoir, un stratagème n’illustrant en fait qu’une tentative de cloner le système de Bouteflika et sauvegarder par la même occasion ses énormes privilèges.

Pour ce faire, A.G. Salah n’hésite pas à sacrifier tous les soutiens financiers, médiatiques, politiques et autres confréries religieuses de l’ancien DRS. Cette opération appelée anti-corruption menée par le pouvoir militaire actuel épargne ses propres appuis dans les divers domaines. L’opinion algérienne qui suit les manœuvres de l’Etat Major n’ignore pas que ledit Général est lui même très corrompu et son patrimoine s’élève à 40 milliards de dollars placés aux Emirats Arabes Unis, en France et dans d’autres paradis fiscaux.

La wilaya d’Annaba, fief de Gaïd Salah et de ses fils, est devenue comme un domaine réservé pour ce  Général avec la wilaya de Taref. Ce n’est pour rien qu’il a été cité dans les dépêches de Wikileaks comme le Général le plus corrompu de l’Algérie.

Le deuxième clan est incarné par l’ex-patron du DRS, alias Toufik, qui a régné en Algérie depuis 1990. Ce dernier est appuyé par une armada d’agents et d’indicateurs sur tout le territoire algérien. Il dispose également de dossiers brulants sur tous les responsables algériens et particulièrement les officiers supérieurs de l’ANP.

La nomination de jeunes officiers de renseignements comme Mohamed Gaidi à la tête du DSS (Département des Services de Sécurité), le colonel Wassini Bouaza, le colonel Boubekeur, dit Bob, à la tête de la sécurité de l’armée (DCA) ne constitue qu’une manœuvre visant à réduire la force de nuisance du DRS au niveau aussi bien de l’armée que de la société civile.

Dépourvu d’une vision claire de la situation, le Général Gaïd Salah voit dans le mouvement populaire qui est sorti dans les 48 wilayas la main de Toufik et essaye de décapiter toutes les personnalités se réclamant de la révolution. Ce duel entre les deux hommes a débuté depuis 2015 date où le démantèlement de cette hydre grâce au soutien des puissances étrangères qui ont pointé du doigt le DRS d’être responsable du massacre de Tiguantourine.

D’ailleurs, le gendre du patron du DRS de l’époque, le général Hassan Ait Ourabi, est toujours incarcéré pour le même motif. Le conflit fratricide entre les deux officiers supérieurs dans une équation de négation réciproque débouchera-t-il sur un putsch à la soudanaise sachant que chacun des deux protagonistes détient des dossiers brulants sur l’autre ? La corruption et le crime contre l’humanité sont souvent cités dans ce duel.

Le troisième clan des généraux en colère contre le commandement actuel est représenté par le général Abdelghani Hamel, ex patron de la DGSN (Direction Général de la Sureté Nationale), le général Menad Nouba, ex-patron de la Gendarmerie Nationale, et les chefs de quatre Régions militaires accusés de trafic de cocaïne. Faut-il rappeler que le Général Hamel avait interpellé l’actuel chef d’Etat Major, Gaïd Salah, en lui rappelant que « le corrupteur ne peut pas lutter contre la corruption » ?

Le dernier clan qui en veut au chef d’Etat Major, se présente sous forme d’électrons libres incarnés par la mafia politico financière, dirigée par Saïd Bouteflika et le général Bachir Tartag.

En conclusion, les différents protagonistes cherchent principalement à pérenniser le système, selon la vision propre à chacun d’eux. L’autre objectif serait de garder leurs privilèges et intérêts énormes. D’un autre coté, leur inquiétude instinctive est d’éviter toute transition démocratique qui permettrait l’arrivée des islamistes, une deuxième fois, au pouvoir, surtout les Frères Musulmans Rachad. Cette organisation n’est autre qu’une composante capitale du parti Oumma qui prône la création du califat et le retour des Ottomans comme leader des musulmans. Et son offre consiste à accorder une l’impunité totale à tous le militaires au pouvoir et à leur famille à condition que les soldats retournent dans les casernes, invite à rompre les relations suspectes avec les Emirats Arabes Unis et, in fine, accompagner les leaders du soulèvement vers une transition libre et démocratique. Ces positions irréconciliables entre les différents clans militaires risquent de déboucher sur le modèle soudanais. Ce K.O imprévisible créera un vide politique à court et moyen termes. C’est l’idéal recherché par les « frérots » toutes idéologies confondues.

Par Abderrahmane Mekkaoui, stratégiste

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