La traque de la Planète « X » n’en finit pas: Les partisans de Niribu échaudés…

La traque de la Planète « X » n’en finit pas: Les partisans de Niribu échaudés…
La traque de la Planète « X » n’en finit pas: Les partisans de Niribu échaudés…

En matière d’exoplanètes, les découvertes se multiplient depuis celle de 51 Pegasi b, en 1995. Une réalité qui confirme qu’il existe, en théorie, des milliards de superterres potentiellement habitables dans la Voie lactée. Et que dire du Système solaire ? Il faut croire que lois de la mécanique céleste et les effets des perturbations gravitationnelles induites auraient conduit les superterres à être avalées par le jeune Soleil, où à être éjectées vers des orbites particulièrement excentriques et de grandes tailles, plus loin encore de Neptune et Pluton.

Sur de telles orbites, en raison d’une des lois de Kepler – qui veut que la vitesse d’une planète soit d’autant plus faible qu’elle est loin de son étoile – une superterre solaire serait non seulement peu lumineuse du fait de sa distance, mais néanmoins visible dans un télescope, et son mouvement serait si lent qu’on pourrait initialement la prendre pour une étoile. Une discrétion renforcée par le fait qu’elles n’intègrent quasiment pas le plan de l’écliptique comme c’est le cas pour les huit planètes principales du Système solaire. C’est donc en analysant les orbites de plusieurs petits corps de la ceinture de Kuiper grâce aux méthodes de la mécanique céleste les astronomes Konstantin Batygin et Mike Brown du célèbre Caltech (dont le nom est associé à deux prix Nobel de physique, Richard Feynman et Kip Thorne) ont conclu, dans un article, à l’existence d’une planète contenant environ 10 fois la masse de la Terre, en orbite à plusieurs centaines d’unités astronomiques du Soleil. Et quand bien son existence ne soit nullement assurée, d’autres explications peuvent jeter la lumière sur les anomalies orbitales constatées, la chasse à une neuvième planète dans le Système solaire a alors bel et bien été lancée. Les partisans de Nibiru, la planète « civilisatrice » qui a focalisé les travaux de Zecharia Sitchin, ont de quoi être échaudés. En attendant, ils se rongent les doigts…
Le duo fait état de l’hypothèse de l’existence d’une Planète « X » via deux publications disponibles sur Arxiv. Il y a ainsi un long article de revue qui parle également de l’histoire des découvertes de nouvelles planètes dans le Système solaire et qui est consacré à la neuvième planète sous la forme d’un des célèbres Physics Reports. Avec leurs collègues Fred Adams et Juliette Becker, les deux chercheurs font savoir qu’il est maintenant raisonnable de penser que, si elle existe, la nouvelle planète ne contiendrait que cinq fois la masse de la Terre et qu’elle serait un peu plus proche qu’on ne le pensait, soit à environ 400 unités astronomiques.
Dans le second article, les deux astronomes ont examiné à nouveau à quel point les anomalies, à l’origine de l’hypothèse de l’existence de la neuvième planète, pouvaient être un effet du hasard : une chance sur 500…
Pour Mike Brown : « Bien que cette analyse ne dise rien directement sur la présence de la neuvième planète, elle indique néanmoins que l’hypothèse repose sur des bases solides. » De son côté, Konstantin Batygin explique que : « Avec cinq masses terrestres, la neuvième planète devrait probablement ressembler beaucoup à une superterre extrasolaire typique. C’est le chaînon manquant du Système solaire pour la formation des planètes. Au cours de la dernière décennie, l’étude des exoplanètes a montré que des planètes de grandes tailles sont très communes autour d’autres étoiles semblables au Soleil. La neuvième planète serait donc être la plus proche fenêtre observationnelle sur les propriétés d’une planète typique dans notre Galaxie. »
Les deux chercheurs pensent que l’on pourrait découvrir cette superterre d’ici une décennie.
Les deux chercheurs ne sont pas des inconnus ; leurs compétences leur ont valu de devenir membres du célèbre Caltech, l’institut californien où ont enseigné le légendaire Richard Feynman, Murray Gell-Mann (l’un des pères de la théorie des quarks et de la QCD) et Kip Thorne, à l’origine du scénario d’Interstellar.
Brown, en particulier, a découvert Éris en 2003, plus massive que Pluton et laissant penser que d’autres objets similaires existaient dans la ceinture de Kuiper. L’Union astronomique internationale (UAI) s’est alors vue contrainte de définir le terme « planète » pour la première fois de façon formelle, ce qui a conduit à déchoir Pluton de son titre de neuvième planète du Système solaire afin d’éviter une inflation du nombre de corps célestes pouvant prétendre à ce titre. Brown a à son tableau de chasse d’autres objets transneptuniens importants, dont Quaoar, Sedna et Makémaké. Il étudie aussi Europe et son océan.
Konstantin Batygin, d’origine russe, est considéré comme un prodige par ses collègues. À moins de 30 ans, le chercheur a déjà cosigné 45 articles sur la dynamique planétaire. Certains l’ont été avec le célèbre Alessandro Morbidelli, le mathématicien et astronome qui a fait de multiples contributions à la compréhension de la structure et de l’évolution du Système solaire. Avec ses collègues, Morbidelli a bouleversé la conception de la formation du Système solaire en introduisant le fameux modèle de Nice reposant sur des migrations planétaires. Or, comme le rapporte le journal Science, Morbidelli a examiné le papier des deux chercheurs. Il a trouvé que leur travail était solide et plutôt convaincant.
Batygin et Brown ont eux-mêmes commencé par être très sceptiques et ils comprennent parfaitement la réaction de leurs collègues découvrant leur folle hypothèse. Mais, si l’on en croit la fameuse déclaration attribuée à Niels Bohr, l’hypothèse des deux chercheurs est assez folle pour être exacte. Pourtant, tout le monde ne sera sans doute pleinement convaincu que lorsque l’image de la neuvième planète apparaîtra grâce aux capteurs CCD de télescopes. Ceux de Subaru et du W. M. Keck Observatory sont assez puissants pour détecter la planète dans la région de la voûte céleste où elle pourrait se trouver mais cela pourrait bien prendre 5 ans, notamment parce qu’étant donné sa distance, elle bouge très lentement et est donc peu différente d’une étoile faiblement lumineuse.

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