La Turquie attaque le Nord syrien: Damas dénonce et compte… riposter
La Turquie attaque le Nord syrien: Damas dénonce et compte… riposter

Comme craint, la Turquie a démarré mercredi ses opérations militaires dans le Nord syrien pour en découdre avec « le fait kurde » assimilé par Ankara à un foyer de terrorisme qui menace sa stabilité.
Le Président Recept Tayyip Erdogan n’aura pas pris en compte ni les menaces US, ni l’opposition de l’Iran et la dénonciation de la Syrie.

Les opérations militaires turques sont menées sur trois fronts allant de Diyar Bakr à Ras El Ain, Tel Abied, Ain El Arab et Jarablous.
Aux raids aériens particulièrement violents se joint un pilonnage des positions supposées occupées par les milices kurdes et leurs caches d’armes.
Tout prête à croire que ce rouleau de feu auquel est soumise la vaste région qui s’étend sur près de 400 Km à l’Est de l’Euphrate intervient en préparation à des opérations terrestres plus larges où l’armée turque serait appuyée par ses milices supplétives.

L’objectif annoncé de cette vaste opération vise à « écraser les kurdes », la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) en l’occurrence, dans la région.
Pour ce faire, sur 400 km de large et 32 km de profondeur, une « zone tampon » sous contrôle turc pourrait voir le jour. Y compris pour y replacer près d’un million de réfugiés syriens aujourd’hui basés en Turquie.

De cette offensive, seule l’administration Trump aurait été mise au courant, malgré les réticences mitigées de Washington.
Moscou, partenaire d’Ankara dans le processus d’Astana, assure ne pas avoir été mis au courant alors que Téhéran avait, la veille, appelé la Turquie à renoncer à toute opération militaire dans le nord syrien et à respecter l’intégrité territoriale de son voisin méridional.

Particulièrement ciblés, les Kurdes en appellent à la Russie pour jouer aux médiateurs avec Damas. Et insistent auprès de leurs alliés d’hier, les USA en l’occurrence, pour faire de la région dans laquelle s’active la chasse turque une « zone d’exclusion aérienne ».
Mais il faut croire que le locataire de la Maison Blanche compte « lever le camp » de Syrie où un corps expéditionnaire US des plus réduits, soutenu par les avions de « la coalition internationale », freinait l’élan de l’armée syrienne pour la reprise en main de vastes étendues contrôlées par les « djihadistes » que les services US encadraient…

Les conjectures vont bon train quant aux nouvelles perspectives que cette opération militaire turque d’envergure ouvre dans la crise syrienne. Si Moscou voit d’un mauvais œil l’aventure turque, rien ne l’empêche de réagir en accordant son « feu vert » à Damas pour tenter de récupérer le dernier réduit des Djihadistes, dans le gouvernorat d’Idlib.
Une riposte qui mettrait à mal Ankara qui n’a pas réussi à honorer ses engagements dans le cadre des accords d’Astana et la forcerait à revoir à la baisse ses prétentions militaires en Syrie.

En tout cas, les dernières manœuvres conjointes russo-syro-iraniennes qui ont eu lieu non loin de Deir Ez-Zor en disent long sur les nouvelles capabilités de cette alliance face aux contingents de djihadistes qui s’activent à Idlib, pour l’essentiel, sans pour autant oublier le danger Daech qui poigne à l’horizon.
Même en ayant perdu son ancrage territorial en Syrie, comme en Irak, ce conglomérat terroriste appelle aujourd’hui à la mobilisation pour faire face à l’invasion turque.

En attendant la réaction syrienne sur le terrain, surtout que les Kurdes qui ont louvoyé lorsque Damas leur tendait la main depuis plusieurs années pour intégrer le giron national et s’inscrire dans la dynamique du dialogue inter-syrien, seraient disposés à reprendre le dialogue après avoir été abandonnés par les Américains.
Un revirement qui a été durement ressenti par Israël, entité hyper-active auprès de certaines factions kurdes dans la région, mais aussi par une bonne partie de l’establishment US.

Mitch McConnell, le chef de la majorité au Sénat s’est fendu d’un communiqué pour dénoncer la décision du président américain.
« Un retrait précipité ne profiterait qu’au régime d’Assad, à la Russie et à l’Iran » écrit-il pour tenter de faire plier Donald Trump, avant d’ajouter « les intérêts américains sont défendus par notre leadership, pas par la retraite ».
Même le très proche sénateur Lindsey Graham a évoqué une décision « irresponsable » de D. Trump et a déclaré cinglant « la défaite de l’EI est le plus gros mensonge de cette administration. J’apprécie le président Trump, j’essaye de l’aider, mais dire que l’EI est vaincu en Syrie, ce n’est pas vrai. »
Même son de cloche chez la numéro trois du parti au Congrès, la représentante Liz Cheney, qui dénonce un abandon des alliés kurdes.

Face à cette levée de boucliers, l’hôte de la Maison Blanche assure que beaucoup d’élus sont de son côté, et soutiennent sa décision. Mais ce lundi, ce sont ses détracteurs qui ont occupé le devant de la scène.
Le président américain, qui avait donné l’impression de lâcher ses alliés kurdes a nuancé sa position lundi, sous la pression internationale et de son propre camp, en mettant la Turquie en garde contre tout excès.
Il a menacé de sanctionner durement l’économie turque si l’armée d’Ankara s’en prenait aux Kurdes, mais en des termes qui laissent perplexe.
Ces représailles seront activées a déclaré le président américain, si les turcs « font quelque chose au-delà de ce qui est humain ».
D. Trump s’est justifié sur sa décision, il a répété que le retrait des troupes de Syrie était une promesse électorale qu’il entendait tenir, il a dit ne plus vouloir écrire aux parents de soldats morts au combat dans des guerres sans fin.

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