La tutelle au secours de l’industrie locale : Une première manche de gagnée

La tutelle au secours de l’industrie locale : Une première manche de gagnée
Le 18 mai restera gravé dans la mémoire de l’industrie céramique locale. Ce jour-là, le ministère délégué chargé du Commerce extérieur a ouvert une enquête antidumping concernant les carreaux de céramique en provenance d’Espagne. Considéré comme plutôt frileux par les industriels quand il s’agit de dumping, le département de Hafid El Alamy semble désormais résolu à se protéger des importations « bon marché » qui portent préjudice au tissu industriel national. C’est du moins ce qu’il a affirmé lors d’une rencontre organisée récemment par le CMC. La preuve en est, apprend-on auprès de son département, la multiplication des enquêtes de sauvegarde sur les importations de plusieurs produits et aussi l’ouverture d’enquêtes antidumping sur les importations du Polychlorure de Vinyle (PVC) et aussi de carreaux de céramique. Cependant, les industriels qui estiment que le département relevant du ministère de l’Industrie, du commerce, de l’investissement et de l’économie numérique « n’a commencé à agir qu’après multiplication des pressions » affirment que ces enquêtes concernent des secteurs envahis par les importations qui ont sensiblement augmenté ces dernières années. Quoiqu’on en dise, rien que l’entame de pareilles démarches, laisse les industriels pousser un soupir de soulagement à l’image du président de l’APIC, Mohsine Lazrak, qui ne cache pas sa satisfaction après acceptation de la requête de son association. « La requête a été acceptée par le ministère du commerce extérieur en estimant que les données que nous avons fourni sont assez solides et vont dans le sens, justement, d’un dumping de la part de la partie espagnole», a-t-il confié. Selon lui, l’enquête a bel et bien démarré par l’envoi de « formulaires qui doivent être dument remplis aussi bien par les producteurs nationaux que par les producteurs espagnols qui sont connus pour exporter sur le Maroc».
Cette démarche, faut-il le rappeler, doit obéir aux règles de l’Organisation mondiale de commerce (OMC). Dans cette optique, la tutelle affirme que « l’allégation de l’existence du dumping dans la requête est basée sur une comparaison entre la valeur normale construite du carreau céramique en Espagne, et un prix à l’exportation moyen calculé à partir des devis fournis par des entreprises espagnoles pour la vente à l’exportation vers le Maroc ».
Et comme l’impose les règles de l’OMC, « ces deux prix ont été comparés par le requérant au même stade commercial «sortie usine », précise la même source arguant que « ma marge de dumping, ainsi obtenue par le requérant, dépasse largement le niveau de minimis (2%) et justifient, en conséquence, l’ouverture de l’enquête ». Rappelons dans ce sillage que l’APIC met en avant l’existence d’une contradiction entre les chiffres de la douane marocaine et ceux de la douane espagnole. « Effectivement, il y a eu une différence de 1,8 millions de mètres carrés concernant les statistiques des importations entre la douane marocaine et la douane espagnole », nous a confié M. Lazrak en soulignant que son association a saisi, à ce propos, l’administration des douanes. « Nous avons approché la douane et nous lui avons demandé de s’enquérir de cette différence et de faire un rappel à son homologue espagnole pour voir d’où provient la différence ». D’autant plus que ça représente, d’après lui, « une centaine de conteneurs.
C’est une investigation que nous avons demandée à la douane et nous sommes aussi très curieux de connaître l’exactitude de ces chiffres ». Aussi satisfaisante qu’elle soit pour les producteurs, cette enquête ne semble pas être du goût des importateurs.
Hache de guerre déterrée
Connus pour avoir entretenu depuis des années un rapport de force avec les producteurs locaux, les importateurs, qui ne cessent de dénoncer ce qu’ils qualifient « d’entraves techniques à l’importation» subies par leur profession, considèrent l’enquête du ministère comme « abusive». Le président de l’APISA, Youssef Belkaid, confie que « l’enquête qui vient d’être initiée va prendre du temps ». Avant d’ajouter, admirez la contradiction, qu‘elle « va rapidement déterminer » qu’il s’agit «d’accusations fallacieuses ».
« Nous pensons que c’est une enquête abusive, nous sommes face à une corporation de producteurs locaux qui ont bénéficié de cinq années de mesures de sauvegarde entre 2005 et 2010 et qui s’étaient engagés à exporter. Mais ils n’ont rien fait depuis», ajoute-t-il dit. A sn avis, même avec leur recours à « cet arsenal suprême antidumping contre l’Espagne, vous allez voir, l’enquête va rapidement déterminer qu’il s’agit de charges fallacieuses». Quant aux résultats de l’enquête en question et leurs impacts sur la profession, Y. Belkayd se montre rassuré.
« Nous sommes très sereins quant à l’issue de cette enquête», a-t-il dit en soutenant que les membres de l’APIC cherchent à travers « cette requête abusive un «protectionnisme primaire ». Allusion faite aux clauses de sauvegarde dont ont bénéficié entre 2005 et 2010 les producteurs locaux qui, d’après lui, « s’étaient engagés à exporter et n’ont finalement pas tenu leurs engagements et restent exclusivement sur le marché local ». Cela biaise la donne puisqu’une situation fait que le consommateur se retrouve in fine « pris en otage dans un marché fermé ».
Selon lui, « ils sont victimes et coupables à la fois ». Entre le marteau des importateurs et l’enclume des producteurs espagnols qui ne vont pas ménager d’efforts pour se maintenir sur le marché marocain, les industriels locaux sont dans l’obligation de chercher des solutions innovantes, de se mettre à niveau et d’affûter leurs armes. Car tout promet une concurrence rude dans le secteur.

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