L’Algérie face à son dilemme : La rupture où la… rupture du système !

L’Algérie face à son dilemme : La rupture où la… rupture du système !
L’Algérie face à son dilemme : La rupture où la… rupture du système !

Les Algériens qui se sont exprimés en masse contre le 5è mandat de Bouteflika ne désarment pas. S’ils ont les yeux braqués sur le Palais El Mouradiya depuis le retour du Président d’un séjour dans une clinique de Genève en prévision d’annonces politiques importantes, bien des milieux alimentent toujours la contestation, à l’image des sit-in observés lundi devant les universités pour dénoncer les vacances imposées par le ministère. Un appel à manifester a été lancé pour le lendemain.

La présidence avait pourtant, via une lettre, tenté de faire des propositions aux manifestants : des élections anticipées et une conférence nationale pour amorcer une transition si Abdelaziz Bouteflika était élu. Mais cette lettre n’a pas calmé les esprits échaudés à l’idée des roueries déployées par le système pour se perpétuer. Devant autant de pression populaire, l’armée est sortie de sa réservé en annonçant « partager » avec le peuple algérien « les mêmes valeurs et principes ». C’était dimanche devant les élèves de plusieurs écoles militaires que le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée algérienne et vice-ministre de la Défense tenait ces propos « conciliateurs » qui tranchent avec les appels au calme fermement tenus par le patron de l’armée pour éviter au pays de sombrer dans « le chaos ».

L’Algérie et l’armée « sont certainement chanceuses d’avoir ce peuple », a estimé le général, dans un discours apparemment plus conciliant que ceux qu’il avait prononcés depuis le début de la contestation. Dimanche, dans le centre d’Alger, où les klaxons – expression de contestation – ont résonné toute la journée, un millier de lycéens, drapeaux algériens à la main ou noués autour du cou, se sont rassemblés durant plusieurs heures en scandant notamment « Hé, Bouteflika, pas de cinquième mandat ! » avant de se disperser dans le calme en fin d’après-midi.

Des défilés lycéens ont été signalés dans divers quartiers de la capitale et dans plusieurs villes du pays, où de nombreux lycées sont fermés ce dimanche, premier jour de semaine en Algérie. Étudiants et enseignants occupent également plusieurs universités du pays, refusant de se plier à la décision des autorités, la veille, d’avancer d’une dizaine de jours à dimanche les vacances universitaires et de les allonger de fait d’autant. Ils sont en grève dans plusieurs universités depuis plusieurs jours. Une décision de fermer les cités universitaires durant ces vacances avancées – ce qui aurait contraint les étudiants, nombreux dans les manifestations contre le cinquième mandat, à rentrer chez eux – a été rapidement annulée face au tollé. Une nouvelle marche étudiante est prévue mardi pour la 3e semaine consécutive. L’affaire est loin d’être mince puisque l’Algérie compte plus de 1,7 million d’étudiants, dont près de 630 000 sont hébergés dans des cités universitaires. L’appel à la grève générale a été diversement suivi dans le pays et dans la capitale. À Alger, aucun train – de banlieue ou grande ligne – ne partait des gares et aucun métro, tramway ou bus ne circulait. Une majorité de magasins du centre commerçant de la capitale n’ont pas ouvert…

Autant de signes qui attestent d’une réalité nouvelle : excédés par le système, les Algériens comptent bien maintenir la pression sur le pouvoir algérien. Une grève générale de cinq jours a débuté dimanche 10 mars à la suite d’un appel lancé il y a quelques jours sur les réseaux sociaux. L’action marque un nouveau tournant dans la contestation contre la candidature du président algérien à un cinquième mandat.

L’Algérie vit un tournant. Reste à savoir comment le pouvoir compte siphonner la colère des citoyens. En tout cas, la grève générale doit durer jusqu’au mercredi 13 mars, date à laquelle le Conseil constitutionnel annoncera les candidatures retenues pour la présidentielle. L’institution jugée inféodée au système pourrait juguler la crise en invalidant la candidature de Bouteflika ou au contraire l’amplifier.

En déphasage, les partis politiques peinent à suivre le mouvement. Plusieurs leaders de l’opposition demandent le report du scrutin alors que le régime essuie déjà des défections dans ses rangs. Jeudi 7 mars, ils se sont réunis à l’initiative d’Ali Benfils pour trouver une issue politique aux mouvements de contestation sans pour autant s’accorder sur le mode d’action. Faut-il ou non négocier avec le régime ? « Beaucoup disent qu’il faut débattre, négocier avec ceux qui sont en place, pour une transition, pour des réformes constitutionnelles et aller vers un autre processus électoral sur de nouvelles bases constitutionnelles et légales », a déclaré Abderrezak Makri, le chef du parti islamiste du MSP.

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