L’armée algérienne secouée par des divisions internes
L’armée algérienne secouée par des divisions internes

Après l’opération « mains propres » initiée par le commandement de l’Armée nationale populaire (ANP), tous les symboles claniques qui constituaient une menace sérieuse pour la feuille de route telle que le prévoit l’article 102 de la Constitution algérienne, ont été incarcérés.

Force est de rappeler que le clan militaire actuel est constitué de 22 généraux-major, dont Ghali Belksir, commandant de la gendarmerie, les 6 puissants chefs des régions militaires, les chefs de corps de l’état-major,  de l’armée de l’air, de l’auto-défense, de la marine, de l’armée de terre… Cela sans oublier les sécuritaires représentés par le chef de la DCA sûreté de l’armée dirigée par « bob », Mohamed Gaidi, chef de la DSS, colonel Bouazza patron de la sécurité intérieure, et Mohamed Wassini de la sécurité extérieure.

Telle est la configuration du PC qui de facto dirige tous les autres pouvoirs, exécutif, judiciaire et économique. Le Président intérimaire Abdelkader Bensalah, Noureddine Bedoui, chef du gouvernement, sont aux abonnés absents et se contentent de recevoir les injonctions du chef d’état-major, le général de corps d’armée Ahmed Gaid Salah.

Après le 12è vendredi de protestation populaire massive, le peuple algérien a interpellé directement le chef d’état-major, le considérant comme véritable chef de « l’association de malfaiteurs » qu’il a lui même dénoncée… Le hirak a également fustigé une justice expéditive qui prend la forme de véritables règlements de compte entre clans politiques et militaires. Les fissures commencent à se faire jour et poussent à la surface trois noyaux durs. Les vieux généraux-major ayant profité du système s’inquiètent de voir l’opération assainissement se rapprocher d’eux pour les happer dans son engrenage, chacun parmi eux parrainant un ou plusieurs hommes d’affaires, disposant d’un ou plusieurs ports-secs, outre la multiplicité de relais représentés aussi bien par les réseaux d’hommes politiques et médiatiques, que des affidés parmi les walis et chefs de Daira. Ces vieux briscards poussent G. Salah à ne pas céder aux exigences du hirak et aux revendications de la population en maintenant intacte la feuille de route qui conduit à la présidentielle de juillet. Une opération qui consisterait, en fait, en un recyclage du système, en coupant toutes les branches mortes qui ne sont autres que leurs adversaires. L’exemple du maréchal al-Sissi en Egypte est appelé à être dupliqué par les anciens généraux qui traînent derrière eux tout un convoi de casseroles. Déjà, le général Ghali Belkssir, commandant de la gendarmerie, dénoncé pour ses excès et sa corruption par la population, a demandé à ses collègues d’épargner l’ex-ministre de la Justice, Tayeb Louh qui avait des ambitions présidentielles.

L’autre partie des généraux, minoritaire, essaie de rationaliser la panique qui s’est saisie des vieux et propose des scenarii politiques beaucoup plus adaptés à la situation de crise que traverse le pays. Ces derniers ne disposent pas de pouvoir de décision au sein du conclave. L’impasse et la lutte générationnelle au sein du commandement se font sentir à travers les communiqués et discours de G. Salah. Dans ce sillage, plusieurs observateurs militaires occidentaux s’inquiètent de cette tension militaire en sourdine au sein de l’état-major algérien et n’excluent pas le sacrifice des parrains généraux pour sauver la mise et éviter à l’Algérie la radicalisation du mouvement populaire.

L’autre dossier brûlant qui ébranle l’état-major de l’ANP est lié, lui, à la transaction colossale passée par le groupe US Anadarko et le français Total concernant la concession d’un grand gisement pétrolier et gazier à Elisi, dans le sud-est algérien. Sans le consentement du pouvoir militaire occupé à gérer les miasmes de la crise. Cette transaction entre les deux géants qui a coûté 8,8 milliards de dollars n’a pas donné l’occasion à l’Algérie d’appliquer le droit de préemption. Mais les jeunes généraux accusent les grands d’avoir avalisé cette opération profitable à la France en échange de la validation de la feuille de route de G. Salah. Même leurs mentors saoudiens et émiratis ont laissé faire les géants des hydrocarbures. Force est de constater que Total aura, en plus du pétrole et du gaz de cette région, un océan de gaz de schiste évalué à plusieurs milliards de mètres cubes et une nappe phréatique dont les eaux transcendent les frontières jusqu’en Libye, à Sebha.

Ces enjeux rappellent que les exportations de l’Algérie sont à 98% constitués d’hydrocarbures. Total a une autre ambition : racheter toutes les parts des autres gisements exploités par les Italiens et les Espagnols. Le monopole recherché par Total inquiète les économistes algériens qui prévoient la crise cardiaque de l’économie algérienne en 2020.

En conclusion, l’incarcération du général Hossein Benhdid, suivie de celle de Louisa Hanoune, Secrétaire générale du Parti du Travail, n’est que le symptôme de cette fracture qui secoue le commandement général de l’ANP. Un séisme qui, craignent nombre d’observateurs, y compris locaux, risque de déboucher sur l’irréparable.

 

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