Le général Awad Benawf, ministre de la Défense et vice-président soudanais, a été nommé jeudi 11 avril au soir à la tête du Conseil militaire de transition, a annoncé la télévision d’État. Le chef d’état-major de l’armée, le général Kamal Abdelmarouf a été nommé adjoint du Conseil militaire de transition. Devant la contestation populaire qui ne faiblit pas face à une « usurpation » du pouvoir par l’armée, A. Benawf, lui aussi réclamé par la CPI au même titre que le chef d’Etat déchu, assure que le futur gouvernement sera «un gouvernement civil» Les nouvelles autorités déclarent aussi qu’elles vont dialoguer avec toutes les «entités politiques».

Malgré la série de mesures prises et l’annonce de l’installation d’un Conseil de transition militaire, présidé par le général Benawf, les manifestants sont sortis contester, appelant à une transition démocratique et à un pouvoir civil. Ils entendaient ainsi condamner « les tentatives militaires » de prise de pouvoir.

Les partisans du mouvement « Al Intifadha », porte-voix de ce soulèvement populaire, ont condamné l’annonce de Benawf et appelé les manifestants à sortir dans les rues de Khartoum « jusqu’à la réalisation des revendications légitimes du peuple ». Des expressions comme « Benawf ne nous représente pas » ou « non aux figures de l’ancien régime » fleurissent depuis ce matin sur les réseaux sociaux et dans les slogans des manifestants.

L’association des professionnels soudanais (SPA), épine dorsale du mouvement, a également condamné l’annonce des forces armées et appelé les Soudanais à sortir dans les rues jusqu’à « la chute du régime ». Des manifestations, organisées par la SPA, ont également eu lieu devant l’ambassade soudanaise à Londres.

Le parti Al oumma a quant à lui publié sur sa page Facebook, quelques minutes avant la diffusion du message de l’armée, un communiqué dans lequel il appelle le peuple à refuser toute personnalité émanant du régime déchu. « Nous vous appelons à continuer de manifester jusqu’à ce que nos revendications de liberté, de transition démocratique et de gouvernement civil soient instaurées », écrit-il.

La société civile a continué de manifester après l’annonce des forces armées. Les expressions non aux « Kozz Kozz » (les pro-Béchir), « on ne change pas un Kozz par un Kozz » et « Soudan bela Kezan » (Soudan sans le tyran) ont été criées par les manifestants en réponse aux annonces des forces armées.

Des affrontements ont également eu lieu dans la capitale, entre forces de l’ordre et manifestants qui entendent résister et continuer leur soulèvement. Parmi les mesures annoncées dans la journée par Benawf, un couvre-feu a été décrété dès jeudi soir.

A 62 ans, Awad Benawf, placé à la tête du Conseil militaire de transition est le galonné qui a annoncé, jeudi 11 avril à la télévision, « la chute du régime et le placement en détention dans un lieu sûr de son chef » Omar el-Béchir et  l’instauration d’un « Conseil militaire de transition » pour deux ans. A. Benawf est un pilier du parti du Congrès au pouvoir depuis trois décennies. Après des études militaires en Égypte, il enseigne à l’école militaire de Khartoum. Il monte en grade au sein de l’armée et occupe plusieurs fonctions importantes avant de devenir directeur du service de renseignements. Il joue un rôle décisif dans l’amélioration des relations entre le Soudan et l’Érythrée, puis démarre une carrière diplomatique. A. Benawf devient ambassadeur en Égypte puis au sultanat d’Oman. Il prend la tête de la cellule de crise au ministère des Affaires étrangères. Après cinq ans d’activité diplomatique, il réintègre l’armée.

C’est en 2015 qu’il a été nommé ministre de la Défense avant de cumuler, en février dernier, un autre poste de vice-Président et prendre la tête du haut comité de sécurité créé pour faire face aux manifestations. En 2007, il a figuré sur une liste US de sanctions pour son rôle dans les crimes commis durant la guerre au Darfour.

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